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Mise sur orbite réussie pour Gravity…

Mise sur orbite réussie pour Gravity…

gravity-photo-51f23e6deae3eAvec Gravity la Warner réédite le succès surprise de The great Gatsby. La qualité en plus. Porté par un buzz énormissime et des critiques US itou, le film de S-F avec Sandra Bullock et George Clooney vient de réaliser le meilleur démarrage pour un mois d’octobre avec 55,5 millions de dollars. Son budget « raisonnable » de 100M$ lui offre déjà un destin des plus prestigieux surtout si l’on en croit un bouche à oreille au diapason.

En dehors de ce remarquable succès, Gravity signe enfin le retour sur le devant de la scène d’une S-F originale – je mets donc de côté Star Trek : Into the Darkness et ses 228M$ –  plombée cette année par une série d’échecs à répétition. Oblivion (89M$), After Earth (60M$), Elysium (92M$) et Pacific Rim (101M$) n’ont jamais été à la hauteur de l’attente à la fois critique et public. Tout le contraire pour le nouveau bébé d’Alfonso Cuaron (Les fils de l’homme). Les 100M$ seront balayés et les 200M$ dans le viseur.

Il faut saluer Alfonso Cuaron pour avoir osé proposer une expérience particulière, technologiquement assumée, permettant à la salle de cinéma de retrouver aussi bien son sens premier que son éclat. Quand l’intelligence supplante le remplissage, des surprises sont toujours envisageables. Gravity est de celles-là.

Geoffroy Blondeau

Riddick: sacrément badass…

Riddick: sacrément badass…

riddick-3-vin-dieselVin Diesel a mis beaucoup de lui-même pour faire revivre dans un troisième volet attendu par des millions de fans, les aventures du célèbre furien. Jusqu’à, parait-il, hypothéquer sa maison. Après l’échec public du grandiose Les Chroniques de Riddick, il aura fallu attendre neuf ans pour la mise en boite de cette suite, toujours avec la complicité du réalisateur et ami David Twohy. Ce n’est pas dévaloriser l’entreprise que de dire qu’il s’agit d’un retour aux sources burné, carré, puissant, jouissif mais estampillé série B de luxe, du budget (38 millions de $ là ou, par exemple, Star Trek Into the Darkness en a couté 190 millions de $) à son esthétique de genre.

De fait, les velléités d’un Space Opéra à la sauce « Chroniques » ont disparu. La destinée du nouveau Haut-Commander de l’Empire Necromonger, que l’on espérait grandiose, ne sera pas. Faute de moyens comme de support artistique d’un grand studio. Mais l’amour du personnage transpire à chaque plan. Son charisme reste intact, peu importe le traitement décidé par le couple Diesel/Twohy. Comme en témoigne cette longue introduction en terre hostile où Riddick, laissé pour mort par des nécromongers revanchards, va devoir lutter pour sa survie.

S’ensuit une plongée abrupte dans un monde peuplé de bêtes plus voraces les unes que les autres. Le survival domine, avant-goût aride balisant l’arrivée de chasseurs de primes bien décidés à se faire la tête du furien. Il ne faut pas chercher plus loin puisque Riddick se dévoile tout entier pour ce qu’il a toujours été. Un guerrier ultime qu’il ne faut pas chatouiller de trop près. Et le spectateur – fan ? – en a pour son argent. C’est violent, costaud, sanglant, poisseux, totalement assumé. Le film rivalise de bons mots dans un univers de mâles en demande de sensations fortes. Ils seront servis et encore plus lorsqu’une menace extérieure faite de monstres dévorants surgira de nulle part.riddick-tt-width-604-height-403

Certains pointeront l’aspect succinct d’un scénario atone un peu « con » mais tellement badass qu’il en devient réjouissant. À cela David Towhy répond par la mise en scène. Fluide, énergique, inventive, remarquablement bien découpée, elle met une claque à la plupart des blockbusters estivaux aussi lisses que brouillons. Si les décors n’ont pas la classe de productions plus chères, l’environnement très 70-80’s sied parfaitement à ce cinéma d’un autre âge préférant le sens du rythme à celui, plus facile, du remplissage visuel.

Avec ce troisième opus efficace, David Towhy et Vin Diesel nous prouvent que les antihéros de la trempe de Riddick ne sont pas près de mourir.

 Geoffroy Blondeau

Note: 3/5

Riddick. Un film de David Towhy. En salles depuis le 18 septembre 2013

Durée. 1h50

Star Trek Into Darkness: bis repetita…

Star Trek Into Darkness: bis repetita…

star-trek-into-darkness-2J.J. Abrams est un conteur malin doté, il faut le reconnaître, d’un indéniable talent. Mieux, le créateur de Lost est en passe de devenir, depuis sa « nomination » au poste très convoité de réalisateur du prochain épisode de Star Wars prévu pour 2015, le digne héritier des wonder-boys cinés en herbe qui, durant les années 70-80, auront mis sur orbite les fameux blockbusters issus du nouvel Hollywood et son entertainment carnassier.

Abrams ne s’en cache  pas, d’ailleurs, puisque son Star Trek répond, sans l’ombre d’un doute, à l’objectif premier de divertir le plus grand nombre, quitte à faire quelques entorses au monde créé par Gene Roddenberry. De toute façon, Into Darkness n’est pas conçue comme une suite au sens classique du terme. Il s’agit, tout au plus, d’une deuxième introduction avec plus d’action, plus de Starfleet, plus de Kirk, plus d’Enterprise et de rebondissements censés clore la maturation d’une équipe enfin prête à explorer des mondes étrangers et nouveaux. Surprenant ? Pas vraiment, surtout lorsque l’on connaît l’engouement du réal autour de la série originale…

À quelques nuances près, la trame narrative est identique à celle du premier opus, phase de présentation des personnages principaux en moins. Si nous retrouvons, ici où là, des thématiques propres à l’univers de la saga (amitié, altruisme, libre arbitre, sacrifice…), le scénario manque terriblement d’incarnation, laissant l’enchaînement des événements (une chasse à l’homme sur fond de revanche aveugle) imposer son tempo sur des individualités ayant, pour le coup, du mal à affirmer leur complexité. J.J. Abrams lance bien quelques pistes intéressantes – l’action terroriste pour justifier une guerre en serait la plus pertinente –, afin de donner l’illusion d’un film âpre, dense, menaçant. Mais rien n’y fait, le scénario fait du surplace, devient vite linéaire, prévisible voire carrément léger dans son dénouement.

star-trek-into-darkness-3Pire. Nous avons l’impression que le réalisateur – et contrairement à ce qu’il affirme – ne peut couper les ponts au point de proposer du neuf avec du vieux, abstraction faite des effets visuels vraiment réussis. Au lieu de laisser filer l’Enterprise dans l’espace pour une aventure en tout point nouvelle, intrigante, palpitante, Into Darkness recycle un ancien méchant en la personne de Khan, oublie, au passage, le docteur McCoy, édulcore la menace Klingon, réaffirme les problèmes d’autorité de Kirk et ceux, émotionnels, de Spock. Tout un programme déjà vu lors du précédent numéro, la 3D en moins. Peu importe, alors, que le plumage (beauté esthétique du film) ne se rapporte au ramage (qualité du script). Il faut bien justifier les 190 millions de dollars investis.

Nous avons dit que J.J. Abrams est un véritable conteur. En effet, si une certaine idée du cinéma de divertissement transpire à travers ses réalisations – que dire de Super 8, sinon qu’il s’agit d’une petite merveille d’émotion cinéphile – celui-ci semble écrasé, qu’on le veuille ou non, par la frénésie d’images lapidaires censées pourtant (re)iconiser des personnages appartenant à la culture populaire anglo-saxonne (Star Trek reste l’une des sagas les plus aimées et les plus influentes Outre-Atlantique depuis presque 50 ans). Si bien que la portée référentielle du film n’apparaît presque pas ou alors par petites touches que seuls les fans pourront déceler entre satisfaction et frustration mêlées.

J.J. Abrams n’a pas souhaité apporter à son / ses Star Trek une relecture assumée issue d’un matériau d’origine. Il le modernise, en explore quelques possibilités, mais passe à côté de la dimension « philosophique-popcorn-compatible » d’un univers pourtant très riche. Il n’a laissé aucune place à la dramaturgie, la vraie, celle d’une mythologie contemporaine où se débattent quelques héros fragiles jouant avec maestria et effronterie avec la mort.

Geoffroy Blondeau

Note: 2/5

Star Trek Into Darkness. Un film de J.J. Abrams. En salles depuis le 12 juin 2013.

Durée. 2h10

Avis publié sur ecrannoir.fr

BO US: le calme avant la tempête…

BO US: le calme avant la tempête…

CAGED_009H_G_ENG-GB_70x100.inddDepuis le 8 mars dernier et la sortie en fanfare d’Oz de Sam Raimi – 79 millions de dollars pour son premier week-end d’exploitation –, le box-office US est plutôt terne. Seuls La famille Croods (163M$) et G.I. Joe : Conspiration (116M$) ont réussi à dépasser les 40M$ lors de leur lancement. Oblivion, tout en réalisant un score honnête, a scoré à 37M$ et aura bien du mal à dépasser les 100 millions de dollars en fin de carrière. Le dernier week-end confirme cette tendance, logique en cette période de pré-sortie estivale, mais surtout retient son souffle avant la déferlante Iron-Man 3 de Shane Black. Déferlante qui a déjà envahi le monde entier. Avec 198,5M$ dans 42 territoires (hors Allemagne, Russie et Chine), il obtient le 8ème meilleur démarrage de tous les temps hors inflation juste derrière les 199M$ du dernier Twilight.

Le film est déjà un hit, écrase les scores des deux premiers opus (266M$ et 311M$ en fin de carrière) et devrait filer vers les 600-650 millions de dollars à l’international. C’est simple, le film performe un peu partout faisant de Iron Man un super-héros aussi populaire que les Avengers, Spider-man ou encore Batman. Son score US est, à ce titre, très attendu. Si les pronostics vont bon train, un résultat au-delà des 150M$ pour son premier Week-end est plus que probable. D’autant qu’il n’aura aucune concurrence à affronter avant la suite de Star trek programmée deux semaines plus tard.

A n’en pas douter, l’été sera chaud bouillant. Remplit, une fois n’est pas coutume, de suites, de préquelles, ou de remakes en tout genre. Si les films de super-héros tiennent encore une fois la corde (en plus d’Iron-Man il faut rajouter Man of Steel, la suite de Wolverine et celle de Thor) 2013 sera l’année de la S-F. Oblivion, Star trek, After Earth (avec Will Smith), Pacific Rim (Guillermo Del Toro), Elysium (de Neill Blomkamp avec Matt Damon) ou encore le troisième opus de notre Riddick préféré. Bon, à part Star Trek – et encore – , je ne vois pas comment ils pourront faire tomber le milliardaire au sourire enjôleur…

Mes pronostics concernant Iron-Man 3

USA : 380-400M$

International : 600-650M$

Monde : plus d’un milliard de dollars

Geoffroy Blondeau

Gérardmer 2013 : une édition anniversaire du 30 janvier au 3 février…

Gérardmer 2013 : une édition anniversaire du 30 janvier au 3 février…

Le festival des Vosges fête déjà ses 20 ans. Sans doute pas assez reconnu ou médiatisé comme il le faudrait (à ce titre Avoriaz l’était beaucoup plus), Gérardmer reste néanmoins Le rendez-vous fantastique de chaque début d’année en France. Son credo, surprendre. Son but, attirer les curieux venus d’horizons divers afin de célébrer dans la bonne humeur un cinéma riche, souvent ingénieux, toujours palpitant.

Comme de coutume, les différentes sélections regorgent de premiers films, d’avant-premières, d’hommages ou de rétrospectives alléchantes. D’autant que le jury, exclusivement composé d’artistes français, aura à sa tête notre Christophe Lambert national. Il sera accompagné, donc, par Marc Caro, Nicolas Boukhrief, Pascal Laugier, Xavier Gens, Pitof, Xavier Palus et Marina de Van qui, au demeurant, se trouve être la seule femme du jury.

Question sélection ça envoie du lourd avec, pour ce qui est de la compétition officielle, neuf films au programme. Pas un seul film français n’a été sélectionné. Dommage !

Le film d’ouverture, en compétition, sera assuré par the Complex, nouveau film du réalisateur japonais Hideo Nakata responsable de Dark Water et président du jury 2006. Mamá, d’Andres Muschietti, dernier succès horrifique US en date produit par Guillermo Del Toro avec Jessica Chastain dans le rôle-titre, sera particulièrement attendu. Tout comme le dernier film de Barry Levinson (Le Meilleur, Good Morning Vietnam, Rain Man ou Bandits), the Bay, film sur une épidémie meurtrière. The End, découvert à Toronto, sera à suivre, tout comme l’intriguant the Crack, long-métrage sur un huis clos familial proche de la folie. Si You’re next de Adam Wingard promet quelques bons moments de frayeur pour ce home invasion à l’allure sanglante, nous sommes curieux de découvrir Remington and the curse of the Zombadings, ovni philippin très prometteur sur le papier.

Les films hors-compétition, au nombre de vingt, nous feront voyager de la Lituanie à l’Indonésie. Hormis les attendus Cloud Atlas des frères Wachowski,  Hansel & Gretel avec Jérémy Rener et le film d’animation produit par Sony Hôtel Transylvanie, quelques pépites sont à prévoir. Comme toujours. Citons Citadel, Grabbers ou encore Modus anomalie, le réveil de la proie.

Cette année l’hommage sera rendu à l’acteur britannique Simmon Pegg présent pour l’occasion. Le festival proposera au public de (re)découvrir trois films de l’acteur dans le domaine du fantastique : Shaun of the dead (2004), Star Trek (2009) et Paul (2011).

Pour tout savoir et plus encore sur le 20ème festival international du film fantastique, rendez-vous ici :

www.festival-gerardmer

Unstoppable: Quand est-ce que ça s’arrête…

Unstoppable: Quand est-ce que ça s’arrête…

Que dire du nouvel opus de Tony Scott ? Pas grand-chose, hélas. On pourrait, façon de combler à peu de frais cette chronique, lâcher un « navrant » ou esquisser un rire bien gras. C’est au choix. Car le réalisateur ne ronronne même plus sa mise en scène stéréotypée, il l’a bâcle, la régurgite, la condamne au pilori. Unstoppable est une caricature sur rail, un mauvais film ferroviaire à 100 millions de dollars, fondamentalement con, mécanique à en pleurer, linéaire, sans surprise, chiant, pompeux…

Même tiré d’une histoire vraie, un film comme celui-là se doit d’éprouver le spectateur en « fictionnalisant » le récit, de son épicentre à sa périphérie. Et bien c’est raté ! Car à trop vouloir nous vendre du train fou fonçant droit vers la catastrophe annoncée, Scott s’empale dans la mauvaise caricature du film à pitch, les poncifs habituels du genre en plus : des dirigeants à la ramasse totalement irresponsables, un conducteur de train expérimenté en phase de licenciement mais héroïque en diable (Denzel Washington en mode mimiques), un jeune pistonné à la morale vacillante (l’inexpressif Chris Pine vu en Capitaine Kirk dans le Star Trek de J.J Abrams) , un belle coordinatrice réseau pleine de bonne volonté, une mère au foyer en larmes, une couverture médiatique pour la forme… Rien de neuf sous le soleil du blockbuster automnal si ce n’est que c’est du déjà vu en mieux. Et ce n’est pas ces mouvements de caméra circulaires autour des différents trains qui changeront la donne. Intéressants au départ, ils deviennent répétitifs au point d’alourdir le propos et le dénouement d’un métrage au climax digne des moins bons Disney. Seul le passage du « virage » nous crispe à notre siège pendant une dizaine de secondes. Plutôt mince.

Pour le reste, c’est morne plaine. A commencer par l’incapacité, ou le non vouloir, de Tony Scott à « contextualiser » efficacement son long-métrage. Celui-ci ne crée aucune empathie envers des personnages figés dans une mécanique scénaristique n’accordant aucune mise en perspective. De fait, Scott nous sert le discours, ressassé, d’individus (pour la plupart professionnels du secteur ferroviaire) confrontés à un danger qu’il faut endiguer sans que celui-ci ne soit ramené à sa fonction première : un fait divers qui aura troublé la routine d’une ville et de ses habitants. Son credo, l’épure psychologique privilégiant l’héroïsme primaire, le courage simple, la tension factuelle. Son corollaire, l’extrême indigence d’un enjeu au final très mal exploité dans sa dynamique cinématographique. La ligne droite peut être l’ennemi du suspens, de la tension et, plus grave encore, de l’adhésion. Unstoppable est un film bourrin sans saveur, aussi froid que son tas de ferraille sur rail.

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La 3D relief ou la révolution marketing…

La 3D relief ou la révolution marketing…

Alors que le quatrième opus de la saga des Resident Evil est sorti sur les écrans mercredi, une question nous taraude : Irons-nous le voir pour son contenu ou bien parce qu’il nous est proposé en 3D ?

Roger Ebert, célèbre critique américain du Chicago Sun-Time, nous rappelle, dans un article à charge contre la 3D relief publié le 10 mai dernier sur le site de Newsweek, qu’à « chaque fois qu’Hollywood s’est senti menacé, il s’est tourné vers la technologie ». Hasard du calendrier, le retour au cinéma en 3D qui, ne l’oublions pas, fit une percée infructueuse dans les années 50 avec deux films phares (L’étrange créature du lac noir de Jack Arnold et Le crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock tous deux sortis en 1954), coïncide précisément avec l’une des crises les plus délicates qu’Hollywood aura eu à gérer entre la grève des scénaristes (2007), la crise financière mondiale (2009) et l’avènement, en 2010, du Home Cinéma Haute Définition.

Sans prendre part au débat du pour ou contre la 3D soyez sûrs d’une chose : on n’y échappera plus ! Et oui, les studios l’ont que trop bien compris, eux qui, pour l’heure, n’ont qu’une seule idée en tête : redonner à la « salle » son attractivité originelle pour que le cinéma redevienne une expérience unique à même d’attirer les foules. Si la démarche est louable, les procédés pour y parvenir le sont beaucoup moins.

L’explosion d’une 3D spectacle…

Hollywood peut dire un grand merci à James Cameron lorsque celui-ci prit la décision de réaliser un film en 3D relief, Avatar. L’avancée fut considérable puisqu’elle entérina sur disque dur – et non plus sur pellicule – la validité artistique et financière d’un procédé balbutiant quelques mois plus tôt des images erratiques dans des productions horrifiques sans consistance (My Bloody Valentine 3-D, Destination Finale 4…). Le basculement opère sa marche forcée, charriant avec lui son lot d’espérance nouvelle, d’euphorie passagère, d’investissement retrouvé. Le passage vers la 3D de masse serait-il enfin crédible ?

Ereinté par des années d’une politique de recyclage privilégiant le confort de la franchise (Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Twilight, Pirates des Caraïbes, les films de super-héros, etc.) à celui du risque, Hollywood ne pouvait pas laisser filer l’extraordinaire potentiel d’une technologie en phase avec les modes actuels de consommation d’un cinéma grand spectacle savamment orchestré  : projections numériques de blockbusters ou de films générationnels dans des multiplexes frôlant l’indigence programmatique. Et encore moins depuis les 2,9 milliards de dollars récoltés par Avatar. Avec une telle pépite entre les mains, l’industrie cinématographique joue son va-tout dans un effort d’investissement sans précédent. En effet, pas moins de 60 films en 3D Relief sont d’ores et déjà programmés, la  production passant de 4 films en 2008 à une trentaine pour la seule année 2012.

Dès lors, les majors n’ont plus aucune raison de faire la fine bouche ou de jouer les saintes-nitouches. Considérée, sans doute à raison pour le moment, comme le nouveau rempart marketing – et accessoirement artistique – contre le piratage et le home cinéma, la 3D offre une alternative aux longs-métrages « traditionnels » quand il ne s’agit pas tout bonnement d’en assurer la relève. Chaque studio met la main à la pâte, propose son fer de lance en relief (Tron Legacy pour Disney, Spiderman 3D pour Sony, Alvin et les Chipmunks 3 pour la Fox…) poussant, de fait, les exploitants à s’équiper en numérique puis en salle de projection 3D Relief. La machine est en route, les billets verts pleuvent à flots tandis que la prochaine étape se rapproche à grands pas : proposer un film uniquement dans sa version 3D.

La 3D Relief, au même titre que, jadis, le parlant (Le Chanteur de Jazz, 1927), la couleur (Becky Sharp,1935), le CinémaScope (La Tunique, 1953), le son Dolby Stéréo (1976) ou les premières images assistées par ordinateur (Tron, 1982), est donc en passe de devenir le nouveau « produit » phare d’une industrie du divertissement censé endiguer la désertification, supposée inévitable, des salles de cinéma. Quitte à aggraver une fois encore le déséquilibre entre les petits exploitants et les multiplexes suréquipés.

… hyper marketée…

Au cours des six derniers mois, trois films en 3D auront dépassé le milliard de dollars dans le monde (Avatar, Alice au pays des merveilles, Toy Story 3). Du jamais vu. Une telle performance est à saluer même si l’augmentation du prix de la place (5 à 7 dollars aux Etats-Unis, 3 euros chez nous) peut en expliquer les raisons. Sachant que le surcoût de production pour un film en relief est de l’ordre de 20%, le procédé n’a aucun mal à être rentable. D’où l’inflation du nombre de films en 3D lancés un peu à la va-vite, le but étant d’engranger un maximum d’entrées tout en consolidant l’offre et son corollaire : l’addiction. Les avancées techniques à venir achèveront d’en faire une poule aux œufs d’or incontournable pour l’industrie cinématographique.

Dans ces conditions, peu importe la qualité du film. En effet, si un mauvais film en « 2D » bien marketé parvient à engendrer des bénéfices, un mauvais film en 3D lui aussi marketé sera potentiellement plus rentable. Du coup, l’angle marketing se déplace pour faire de la 3D un support de promotion aussi alléchant, si ce n’est plus, que le film lui-même. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous sommes passés d’une 3D expérimentale à une 3D marketing, l’apport artistique s’avérant, au final, secondaire.

En témoigne cette campagne de promotion londonienne originale, lancée en février dernier par la Fox en partenariat avec Clear Channel, autour du film : Percy Jackson et le voleur de foudre. L’idée, toute simple, consiste à remplacer les bonnes vieilles affiches de certains abribus de la capitale par la bande-annonce du film projetée en 3D grâce à un système de rétroprojection ne nécessitant pas le port de lunettes. L’effet proposé, visuellement impactant, dépasse le concept du gadget technologique puisqu’il sort le procédé de la salle de cinéma pour investir de nouveaux lieux et conquérir de nouvelles cibles. Faire la promotion par la 3D d’un film qui n’est pas en 3D (Percy Jackson, bien qu’il possède des artifices numériques, n’a pas été filmé en relief), c’est déplacer l’utilisation conventionnelle d’un procédé en nous « vendant » les contours alléchants d’une nouvelle norme de diffusion grand public.

… qui nous dupe allègrement…

« La 3D c’est de la merde. J’étais présent lors de la première vague 3D relief au cours des années 50. C’est juste un procédé pour vous faire dépenser davantage votre argent…un simple gimmick. »

Cette attaque en règle, que l’on doit au célèbre réalisateur américain John Carpenter présent au salon de l’E3 (salon du jeu vidéo de Los Angeles), est loin d’être isolée. Plusieurs cinéastes Hollywoodiens dont J.J. Abrams (Lost, Star Trek) et Jon Favreau (Iron-Man) ont, eux aussi, marqué publiquement leur hostilité vis-à-vis de la 3D au cours du Comic-Con de San Diego en juillet dernier. Ils reprochent l’utilisation abusive (entendez par là commerciale) d’une technique n’apportant pas ou peu de plus-value narrative aux films qui en bénéficient. Sans oublier les difficultés de tournage, de rendu, de postproduction, voire d’intérêt propre. Christopher Nolan lui-même aurait refusé que son Inception soit converti en 3D. Cherchez le malaise…

Deux exemples fâcheux viennent corroborer l’ire des cinéastes cités dans le paragraphe précédent :

Alice au pays des merveilles de Tim Burton. Contrairement à l’aspect général dégagé par le film, seuls 20% des images ont été filmées en 3D relief. C’est peu pour un
long-métrage vendu comme une expérience 3D novatrice. En l’état, nous pouvons affirmer que le film n’a pas été pensé en 3D. Ce qui, pour ne rien vous cacher, ressemble à une belle petite arnaque planétaire.

Le choc des Titans de Louis Leterrier et le Dernier maitre de l’air de M. Night Shyamalan. C’est la Warner Bros. qui dégaine en premier. Filmé en 2D, le Choc des Titans est subitement « gonflé» en 3D relief par la Compagnie Prime Focus. Les raisons invoquées sont simples : pouvoir diffuser le film dans des cinémas équipés en projection 3D. Hélas pour le consommateur, le résultat est catastrophique (j’ai pu tester les deux formats et la 2D gagne par KO au premier round). Les couleurs sont pâles et la nouvelle perspective ne colle pour ainsi dire jamais à la mise en scène du réalisateur français. Même constat pour le film de Shyamalan qui, plus étonnant encore, a vu sa sortie française repoussée d’une semaine pour cause de conversion non finalisée.

… et dont l’avenir ne se jouera pas qu’au cinéma

L’interaction entre la 3D relief et le cinéma est une longue histoire. De spécifique, elle devient partagée. La donne change de nature même si la victoire de la 3D au cinéma est enfin consommée, du moins dans l’immédiat. L’enjeu à long terme : sa pérennité. Et là, plus question de raisonner 3D-cinéma / cinéma-3D. La mondialisation est passée par là, invitant désormais la 3D un peu partout,  dans le jeu vidéo, les concerts filmés, le sport, l’industrie vidéo avec la sortie des tous premiers écrans 3D (avril 2010) et le porno. Le champ d’application s’élargit au profit d’une 3D multiple prête à devenir le nouveau standard de demain.

Alexandre Aja, jeune réalisateur français responsable de Piranha 3D (actuellement sur les écrans), estime que le succès de la 3D en salles pourrait bien être épisodique. A moins que les autres formes d’expression investissent véritablement notre salon. L’avènement de la 3D comme norme universelle serait alors inévitable. Nous n’en sommes pas encore là, mais la révolution marketing du procédé 3D relief est bel et bien en marche.

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