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Rampart: plus dur sera la chute…

Rampart: plus dur sera la chute…

rampartRampart n’est pas un film à charge. Encore moins un pamphlet politique contre une institution – la police – et ceux qui sont censés la représenter. Dans la forme il s’agit d’un portrait aussi fort qu’implacable d’un flic dans son inexorable descente aux enfers. Ainsi, le flic ne se dissocie plus de l’homme, l’indistinct prenant le pas sur toute idée socio-politique qui se serait risquée à expliquer les actes d’un être continuellement à la lisière de la moralité.

Dave Brown patrouille dans les rues de Los Angeles depuis vingt ans. Et depuis vingt ans il emploie des méthodes plus que limites, franchissant régulièrement la ligne jaune. Jusqu’au point de non-retour.

Scénarisé par l’immense James Ellroy (L.A. Confidential, Le Dahlia noir), Rampart, d’Oven Moverman, ne s’attache donc pas à décrypter avec minutie documentaire les événements qui ont conduit la LAPD (police de Los Angeles) à une série de scandales au début des années 2000. En somme Rampart n’est pas un polar. Mais un film noir. Pour son humanisation exacerbée, son absence de moral, de conclusion formatée, de rédemption absurde. Certains pourront regretter ce parti-pris scénaristique (on ne voit, pour ainsi dire, qu’un seul flic durant tout le film en la personne de Dave Brown). Reste qu’il est  assumé et plutôt bien mis en image, malgré quelques tentations esthétisantes floutant l’aspect réaliste d’un long-métrage saisissant.

L’environnement est utilisé en toile de fond, légitime en partie le comportement de Dave Brown, ne l’excuse jamais, lui le flic violent, machiste, corrompu, incapable d’assumer complètement ce qu’il est. Pour sa deuxième réalisation (après l’inédit The Messenger) Oren Moverman nous offre un drame humain fonctionnant en vase clos, l’hermétisme de Brown aux autres comme aux siens (femmes, filles) dans sa déchéance programmée et qui est, faut-il le souligner, acceptée, ne peut jamais être détaché d’un environnement anxiogène, complexe, aussi castrateur (il est le fils de) qu’ingrat (métier de flic).

Woody Harrelson porte sur ses épaules comme jamais depuis son interprétation de Larry Flint dans le film éponyme de Milos Forman (1996) un Dave Brown tout en frustration rentrée. Il en impose, est remarquable de bout en bout, n’en fait jamais de trop et transporte dans son sillage un casting de seconds rôles haut en couleur (Sigourney Weaver, Steve Buscemi, Robin Wright, Ned Beatty, Ben Foster ou encore Anne Heche). Bref, il est parfait en vrai sadique se transformant en clown triste à mesure que les aléas de la vie le rattrapent.

Geoffroy Blondeau

Note: 3/5

Rampart. Un film de Oven Moverman. Sortie le 3 juillet 2013.

Durée. 1h47

Avis publié sur ecrannoir.fr

Parker: « actionner » de trop pour Statham…

Parker: « actionner » de trop pour Statham…

parkerQuitte à découvrir sur grand écran les aventures de Parker, célèbre cambrioleur professionnel créé sous la plume du feu Donald E. Westlake (pour l’occasion il signait sous le pseudo, Richard Stark), mieux vaut se (re)faire Le Point de non-retour de John Boorman avec Lee Marvin (1967) ou Mise à sac d’Alain Cavalier avec Michel Constantin (1967).

Car le tout  nouveau Parker, premier du nom au cinéma depuis qu’Hollywood en a récupéré les droits, ne vaut pas tripettes, même sous les traits du sympathique et athlétique Jason Statham. Tout ou presque ronronne une bien mauvaise mécanique. Atone, soporifique ou par moments inepte, le film est surtout facile. Pour ne pas dire carrément fainéant. Pour preuve, il déroule un scénario ultra-balisé axé sur la vengeance et uniquement la vengeance.  Du coup, le réalisateur qui ne s’arrête jamais sur la spécificité du personnage dans sa dimension de monte-en-l’air, plombe le seul intérêt d’un projet cinématographique plutôt inoffensif. Comble de l’ironie, Parker laisse ses « anciens petits copains » d’un casse qui a mal tourné, faire le boulot. Lui, il attend. Et nous, on s’emmerde.

Si la belle Jennifer Lopez ose, à 43 ans, un petit dénudé affriolant en petite culotte, son rôle ne sert de toute façon à rien. D’où le dénudé, peut-être. Comme cette scène de baston – super bien branlée au demeurant – en plein milieu du film. A ce stade, on se demande à quoi bon. Et puis on laisse tomber puisque le film ne propose rien sur la psychologie d’un homme visiblement fatigué de mener cette vie. Statham fait alors du Statham. À la lettre. Sans sourciller ni chercher à proposer autre chose que les sempiternelles « actionners » qu’il affectionne visiblement.  Nous avons connu Taylor Hackford légèrement plus inspiré (Contre toute attente, Dolores Claiborne, Ray…).

Geoffroy Blondeau

Note: 1/5

Parker. Un film de Taylor Hackford. Sortie le 17 avril 2013.

Durée 1h58

Du plomb dans la tête: laisse béton Sly…

Du plomb dans la tête: laisse béton Sly…

Il faut toujours se méfier des (re)chutes. Surtout à 66 ans. Le choix de Stallone, en acceptant de tourner sous la houlette de Walter Hill, vieux briscard responsable de quelques polars musclés des années 80 (48 heures, les Rues de feu, Double détente…), n’a rien d’original, ni de très risqué. Après son come-back réussi avec des films comme Rocky Balboa (2006), Rambo 4 (2008) et, dans une moindre mesure, les deux épisodes d’Expendables (2010, 2012), on se demande pourquoi il a accepté un tel rôle dans un polar dont le registre est usé jusqu’à la corde.

Avec du Plomb dans la tête nous sommes très loin de la réactualisation iconique opérée par Stallone sur ses personnages.  L’identification, même old-school (on pense aux Expendables), n’opère jamais dans ce polar mollasson, arc-bouté sur un jeu de caricatures éculées préférant la posture à la rupture. L’imposture, quant à elle, s’impose à mesure que le film accumule tous les poncifs du genre.

Mais là n’est pas l’essentiel puisque Walter Hill répond à son cahier des charges, règlements de compte à l’appui. Ce qui fâche, et désespère, c’est l’inamovibilité d’un Stallone encore prompt à nous pondre l’archétype de l’antihéros made in 80 ‘s, justicier solitaire au grand cœur. Pour information, le Cobra de George P. Cosmatos, est sorti en 1986.

Si vous voulez voir le dernier Stallone sachez qu’il y aura des combats à mains nus, un sein dévoilé pour la bonne cause, des flics corrompus, un duo atypique qui ne fonctionne jamais, de la pyrotechnie, Christian Slater en guest star ultime, et Stallone, le vrai, celui au regard de chien battu, au physique affûté, marchant au ralenti pour mieux sortir ses mécaniques. Le tout emballé dans un faux rythme pesant proche du mauvais téléfilm friqué.

Un direct to vidéo s’imposait. Les derniers succès de mister Stallone en ont voulu autrement. Vous êtes prévenus.

Geoffroy Blondeau

Note: 0/5

Du plomb dans la tête. Un film de Walter Hill. Sortie le 27 février 2013

Durée: 1h31

Looper: rencontre entre deux Joe…

Looper: rencontre entre deux Joe…

Looper est un film sous référence tiré vers le haut par un scénario habile. Reprenant le concept du voyage dans le temps, le troisième long-métrage de Rian Johnson (peu connu chez nous mais responsable, en 2009, d’Une arnaque presque parfaite plutôt sympathique) s’inscrit dans la lignée des « petits » films de genre surprenant façon District 9 (Blomkamp), Moon ou Source Code (Ducan Jones). « Tout de go » nous nous disons qu’il est malin, bien réalisé et suffisamment original pour enlever l’adhésion malgré une trame narrative par moment atone. A l’image du dernier acte, beaucoup plus visuel dans son approche scénique, sorte de conclusion infaillible un brin moralisateur.

Mais ne boudons pas notre plaisir autour de ce spectacle savamment orchestré ou futur, passé et présent s’imbriquent dans le désordre d’un monde ou tout peut encore changer. Car la petite histoire, celle de Joe, tueur à gages – dit « looper » –, employé par la mafia en 2044 afin de liquider des témoins gênants envoyés du futur, va rencontrer la grande histoire au détour d’un beau raté. En n’arrivant pas à tuer sa dernière victime, qui s’avère être son moi du futur, il va déclencher une réaction en chaîne dont l’issue pourrait bien bouleverser l’ordre du monde. Par ce canevas des plus astucieux, Rian Johnson bricole un film polymorphe ou se succède, tour à tour, des sous-genres tels que le film noir, le thriller urbain, l’essai d’anticipation ou le manga. Proche, en réalité, du Terminator de Cameron (quelqu’un du futur se retrouve dans le passé pour éliminer une menace potentielle), Looper affirme son identité dans le mélange des genres, sorte de feux de paille lancés pour construire une ambiance particulière portée par un visuel réaliste et froid. En dehors du concept de base anticipant ce que pourrait devenir notre civilisation dans un avenir proche, le réalisateur se moque des vraisemblances inhérentes à tout paradoxe temporel et s’oriente sans détour vers une épure narrative marquée par un twist final bouclant la boucle.

L’équilibre entre action et réflexion, cinéma populaire et vraie proposition de genre est tenu. Mieux, en proposant une rencontre inédite entre les deux Joe, suite à la décision du jeune Joe (Joseph Gordon-Levitt épatant) de ne pas appuyer sur la gâchette, Rian Johnson ne commet plus d’erreur, sacrifie son spectacle de série B pour en faire un grand film de SF interrogeant les concepts de jouissance, de finitude, de vie, de mort, de bien et de mal. L’apparente complexité scénaristique du film tombe (un peu comme dans Matrix des frères Wachowski dès que la pilule est absorbée par Néo) à partir du moment où les deux Joe se retrouvent dans le même espace-temps. Sur ce point le scénario est brillant. Il évite les pièges basiques de la vengeance aveugle, de la rébellion unique contre une mafia omnipotente, du revirement facile ou de la complicité contre nature. La confrontation étonne. Identitaire, elle deviendra philosophique. Si le vieux Joe (Bruce Willis plus en forme que jamais) motive son arrivée dans le passé, perturbant par la même occasion l’existence de son incarnation plus jeune, il ne peut concevoir autre chose que la mission qu’il s’est confié en quittant son présent. Or, le jeune Joe est, quant à lui, dans son présent. Soit dans un temps modulable, changeant, ou chaque perturbation peut remettre en cause une vision de l’existence. Du thriller urbain futuriste de départ plutôt stylisé et mécanique dans son cheminement d’évènements, nous passons au récit d’anticipation existentiel via un face à face abrupt questionnant les thèmes liés à l’identité, le libre arbitre, le sacrifice ou la résolution du mal par la violence.

Pour réussir ce pari, le réalisateur a décidé de ne pas recourir à un artefact de pixels capable de représenter artificiellement l’un ou l’autre des Joe. Joseph Gordon-Levitt s’est grimé en jeune Bruce Willis, nez refait, lentilles bleues, accent à l’appui. Le mimétisme est parfait. La sensation d’avoir à faire à la même personne aussi. Et puis l’imaginaire du spectateur fait le reste. L’affiche, de ce point de vue, n’est pas trompeuse. Au contraire. Elle résume assez bien les enjeux finaux d’une histoire huilée pour un final tétanisant à plus d’un titre. Sur ce point le réalisateur nous réserve un dernier changement d’arc narratif. Le western est alors convoqué dans un mixte étrange entre les films de Ford, le Witness de Peter Weir et le Signs de M. Shyamalan. Est-ce celui de trop ? Sans doute ! Si le confinement par-delà la ville dans une ferme isolée où vit Sarah (Emily Blunt toujours impeccable) et son fils Cid, enfant aux pouvoirs cachés, sied bien à la dramaturgie voulue par le cinéaste, l’artifice scénaristique peut paraître grossier dans la préparation du twist final. Même si celui-ci surprend. À ce titre, les fans de manga ne seront pas déçus…

Looper est un film à scénario – comprenez par là que la mise en scène, pourtant agréable, a du mal à exister pour elle-même –. Un peu à la façon d’Usual Suspects, même si les pistes évoquées ne trouvent pas toujours de réponses. Mais les questions demeurent. Et elles sont affolantes dans leur dimension humaine, existentielle, intime. Comme d’éternelles interrogations que la fin d’un cycle temporel n’efface pas totalement.

Geoffroy Blondeau

Note: 3/5

Looper. Un film de Rian Johnson. Sortie le 31 ocotbre 2012

Durée 1h50.

Avis publié sur ecrannoir.fr

L’irlandais: enquête à l’ancienne…

L’irlandais: enquête à l’ancienne…

 

 

 

 

 

 

 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le Connemara, paysage typique, c’est-à-dire froid et pluvieux, de l’Ouest de l’Irlande, le film de John Michael Mcdonagh est fait pour vous. Le réalisateur, lui-même irlandais, nous propose un premier film malin et maîtrisé, sorte de relecture plutôt sympathique du polar au même titre que Bon Baisers de Bruges dont il porte la filiation. Le côté burlesque en moins.

Loin des canons du polar « premier degré » en vogue dernièrement, l’Irlandais cultive l’art du décalage. Faux rythme savamment élaboré, mise en scène carrée sans esbroufe ni mauvaise prétention, dialogues concis pour des personnages parfois évasifs, chocs des cultures (toutes anglo-saxonnes) saupoudrés par une bonne dose de cynisme, rencontre de deux visions du monde, a priori contraire, pas forcément contradictoire. Vous mélangez le tout en l’inscrivant dans cette géographie du bout du monde et vous obtenez un petit film décalé, jouissif, libre et, cerise sur le gâteau, formidablement bien interprété.

L’histoire est simple. Presque basique. Déjà abordée maintes fois au cinéma. Ce n’est pas grave quand elle fonctionne. Ce qui est le cas ici. Nous suivons, patiemment, le travail du flic du coin, Boyle, dans la ville de Limerick. Vieux garçon bedonnant, bourru, porté sur la bouteille et les putes, il parle franchement, met en pratique ses méthodes peu orthodoxes et ne supporte pas beaucoup qu’on l’emmerde. Surtout si l’on vient de Dublin, la capitale. Sur ce point le cinéaste ne prend aucun gant. Les gens du coin sont racistes, xénophobes, fermés à toute ouverture. L’Europe semble loin dans cette région où l’on parle couramment Gaélique. Lorsqu’un agent du FBI (Don Cheadle), de couleur de surcroît, débarque à Limerick pour enquêter sur un réseau de trafic de drogue international, l’accueil n’est pas n’est pas vraiment amical.

La collaboration entre les deux hommes sera à contre-courant des habituels buddy-movie. Nous sommes bien plus proches d’un hommage en forme de clin d’œil au film de Norman Jewisson, Dans la chaleur de la nuit (1967), que d’un copier-coller irlandais de l’Arme fatale (Donner, 1987). L’enquête devient un prétexte. Elle sert de moteur au ton décalé d’une œuvre se construisant a contrario pour mieux prêcher les dangers du repli identitaire et des préjugés. D’où qu’ils viennent. La parodie ne prend jamais puisque le réalisateur préfère nous brosser une galerie de personnages oscillant entre le cliché de carte postale et la vérité d’une situation socio-économique parfois écrasante. L’humanité pointe le bout de son nez à de multiples reprises, faisant de l’Irlandais un polar atypique car ancré dans une réalité prégnante même si réalisé un peu sur le mode du western fauché façon Fassbinder. Les personnages représentent une lecture simplifiée mais juste d’une sociologie poétisée par le cinéma, des flics aux truands, de l’agent du FBI aux putes de Dublin.

Dans ce registre, saluons la performance de Brendan Gleeson, parfait en flic rustre franc du collier dont l’œil pétille encore un peu. Il impose sa stature, son phrasé, sa bouille, son irrévérence brute. Il est tout entier cet irlandais un brin désabusé, aussi mélancolique que terre à terre, profond que superficiel. En fin de compte et malgré les apparences, Boyle il l’aime bien cette terre du Connemara.

Geoffroy Blondeau

L’irlandais. Un film de John Michael McDonagh. Sortie le 21 décembre 2011.

Durée 1h36