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Les Fauvettes. Ouverture d’un nouveau cinéma dans la capitale

Les Fauvettes. Ouverture d’un nouveau cinéma dans la capitale

les fauvettes Les Fauvettes ont ouvert leurs portes à Paris dans le XIIIème arrondissement le 06 novembre dernier,. Ce tout nouveau cinéma exploité par Gaumont Pathé tient son originalité dans sa programmation de films restaurés numériquement en version originale. Situées en face de la Fondation Pathé, les 5 salles de 99 à 199 places (646 fauteuils au total) diffuseront tout type de films venus du monde entier. Ce qui fait des Fauvettes un complexe unique en son genre puisqu’il ne s’agit pas d’une cinémathèque ou d’un cinéma d’art et essai.

L’engouement véritable pour les films restaurés dans les festivals ou dans certains cinémas accompagnant les sorties DVD/Blu-ray aura sans doute décidé Jérôme Seydoux (Co-président de Pathé), de se lancer dans une telle initiative. Pour ce faire, la programmation se veut la plus éclectique possible, aussi populaire qu’exigeante pour les plus grands comme pour les plus petits.

Les deux façades numériques pixellisées des Fauvettes attirent indéniablement le regard et animent l’avenue des Gobelins fière d’arborer ce nouveau lieu de culture. Pour son inauguration, les Fauvettes propose d’ores et déjà un cycle Wong Kar Wai, une rétrospective Pixar, la trilogie des Retour vers le futur, Blade Runner en version director’s cut, le Corniaud en présence de Danièle Thompson ou encore Jusqu’au bout du monde en version inédite de 5 heures en présence de Wim Wenders.

Geoffroy Blondeau

Programmation complète ici

L’étrange festival fête ses 20 ans…

L’étrange festival fête ses 20 ans…

140716_EFXXaffDu 4 au 14 septembre 2014, l’étrange festival vient fêter son anniversaire au Forum des Images de Paris pour, dixit l’édito du festival, chercher à nous surprendre, nous troubler, nous bousculer, nous enthousiasmer. Chouette alors!!

Chaque année on en redemande de ce ciné hors frontière, rempli de pépites, de trouvailles, d’ovnis, d’étrangeté…

Pour ce 20ème anniversaire, le festival a mis le paquet. Pour ce faire, et au-delà des compétitions internationales et du court-métrage, des cartes blanches forcément intrigantes proposées à Jacques Audiard, Sono Sion et Godfrey Reggio, des inédits  et autres pépites de l’étrange, vingt films retraceront les 20 ans d’un festival unique en son genre.

Sans oublier les longs-métrages en avant-première dont le seul Near death experience de Benoît Délépine et Gustave Kerven avec Michel Houellebecq dans le premier rôle suffit à remplir notre soif de curiosité.

La proposition cinématographique en cette rentrée des classes sonne déjà comme une récréation des sens qu’il convient de savourer.

Bon festival à tous!

Geoffroy Blondeau

Programme et détails du festival c’est ici

Le quartier République se dote enfin d’un complexe ciné…

Le quartier République se dote enfin d’un complexe ciné…

mk2

 Et c’est le réseau MK2 qui va ouvrir une nouvelle salle de cinéma située rue Volta dans le IIIème arrondissement de Paris, à quelques encablures de la place de la République.

Réalisée par l’architecte italien de renommée mondiale, Andrea Branzi, le complexe, qui tranchera assurément des cinémas habituels, s’inscrira au cœur d’un concept unique où des commerces de bouche vont être conçus par 35 designers.

Après le réaménagement de la place de la République, le quartier s’embellit donc, et enfin pourrais-je dire, d’un beau projet de salles de cinéma dont l’ouverture est prévue en 2015.

Geoffroy Blondeau

Source Le Figaro

2e Champs-Elysées Film Festival: du 12 au 18 juin 2013

2e Champs-Elysées Film Festival: du 12 au 18 juin 2013

champs_elysees_film_festival__13_ncCréé en 2012 par la productrice et distributrice Sophie Dulac, le Champs-Elysées Film Festival tient sa deuxième édition du 12 au 18 juin sous la co-présidence de l’acteur Olivier Martinez et de l’actrice Julie Gayet.

Programmé dans les innombrables salles que propose la plus belle avenue du monde, le CEFF se décline sous différentes sélections :

–  Une compétition officielle de 8 films indépendants américains récompensés par le prix du public :

Any Day Now (Prix du public à Tribeca 2012)

Hide your smiling Faces

 Blood Pressure

 Decoding Annie Parker (avec Helen Hunt)

Coldwater

How to make money selling drugs (avec Susan Sarandon)

 I am I

Thanks for sharing (avec Mark Ruffalo et Gwyneth Paltrow)

 It felt like love

– D’innombrables avant-premières françaises et américaines dont le World War Z avec Brad Pitt, Moi moche et méchant 2, Belle du Seigneur, The Bay, Massacre à la tronçonneuse 3d, Elle s’en va (avec Catherine Deneuve)…

– Les Incontournables TCM Cinéma (films, documentaires, grands classiques restaurés) seront présentés au public. Le Prix des lycéens sera remis à l’un d’entre eux.

– Trois Master Class en présence de Costa-Gavras, Cédric Klapisch et Frederick Wiseman (documentariste américain).

Près de soixante films seront présentés dans sept cinémas des Champs-Elysées : le Balzac, Gaumont Champs-Elysées, Lincoln, Publicis Cinémas, UGC George V et MK2 Grand Palais.

2e Champs-Elysées Film Festival – du 12 au 18 juin 2013

Infos du site

Geoffroy Blondeau

Le Louxor, cinéma mythique de Barbès, rouvre enfin ses portes…

Le Louxor, cinéma mythique de Barbès, rouvre enfin ses portes…

LouxorLe Louxor, ancienne fierté culturelle du quartier de Barbès fermée définitivement en 1987 – même si son activité autour du cinéma s’arrête en 1983 –, a rouvert ses portes le 18 avril 2013 à la plus grande joie de ses habitants. Les associations locales auront lutté de longues années pour voir la réhabilitation de ce lieu classé « Art et essai », figure de proue du cinéma dit de quartier. En rachetant les murs en 2003, la mairie de Paris et Bertrand Delanoë ont joué le jeu. Pas moins de 25 millions d’euros ont été investis par la municipalité pour un résultat unique puisque le cinéma a été restauré à l’identique, c’est-à-dire en reprenant le style néo-égyptien avec ses mosaïques, ses hiéroglyphes ou encore ses masques de pharaons en relief. Splendide, je vous dis !

D’une seule salle de 1 100 fauteuils en 1921, le Louxor 2013 passe à trois salles. La grande salle Youssef-Chahine, en hommage au réalisateur égyptien, possède une capacité de 340 fauteuils répartis sur trois niveaux (orchestre, balcon, poulailler). Les deux nouvelles salles de 140 et 74 fauteuils ont été aménagées dans les sous-sols du cinéma. Le bâtiment offrira en plus un espace d’exposition ainsi qu’un café-club. Avec ce rachat, la ville de Paris possède désormais trois salles de cinéma. Les seules de Paris.

Situé au 170 Boulevard Magenta 75010 Paris, le Louxor est à la confluence du 9e et 18e arrondissement dans un quartier cosmopolite par excellence, au pied du métro aérien de la ligne 2, à quelques pas de la Goutte-d’Or et de l’enseigne Tati. Au-delà de l’attente, un tel lieu culturel est assurément un challenge. Qu’il fallait, de toute façon, relever. La programmation va dans ce sens. Elle sera « de quartier » avec des tarifs attractifs, une ouverture aux jeunes publics, au cinéma du Sud, loin de la programmation de multiplexes impersonnels. Signe de son inscription sur le territoire, le Louxor initiera une Université populaire du cinéma où, régulièrement, une personnalité du monde de la culture (historien, homme politique, réalisateur…) fera découvrir son amour du cinéma aux non-cinéphiles.

© crédit photo : DR

Geoffroy Blondeau

Le Louxor. 170 boulevard Magenta 75010 Paris.

La fin du monde au Forum des images (12 décembre 2012 – 6 janvier 2013)

La fin du monde au Forum des images (12 décembre 2012 – 6 janvier 2013)

Nous avons survécu au 12-12-2012. La cagnotte du loto a même été remportée. C’est dire! Mais alors, quid de la fin du monde ? Pour répondre à cette question, il faut vous rendre sans plus attendre au Forum des images de Paris (métro les Halles), épicentre d’un cycle de quatre semaines sur l’Apocalypse qui a débuté hier.

Au programme, plus de 80 films sur cette thématique ô combien cinématographique. Un arc d’apocalypse est ainsi reconstitué, allant de La fin du monde d’Abel Gance (1931) au dernier film d’Abel Ferrara (présenté hier en avant-première) 4h44 dernier jour sur terre qui sort le 19 décembre prochain.

Comme souvent au Forum des images, le cycle s’avère riche, dense, pertinent. Il y en aura pour tous les goûts ou presque. Attaque extra-terrestre, explosion nucléaire, tsunami géant, virus pandémique, astres s’aspirant, Terre dévastée…

Beaucoup de films récents, signe d’une réelle fascination contemporaine (Blindness de Meirelles (2008), Melancholia de Lars Von Trier (2011), Le cheval de Turin de Bela Tarr (2011), Take Shelter de Jeff Nichols (2012) ou encore le virus Contagion de Soderbergh (2012)), côtoieront des grands classiques du cinéma tels que Docteur Folamour de Kubrick (1964) Mad Max de George Miller (1979), Le Sacrifice de Tarkovski (1986) ou bien Pluie noire de Imamura (1989).

Comme un signe qui ne trompe pas, le Forum met au programme le 28 décembre une soirée spéciale John Carpenter sous la forme d’une trilogie de l’apocalypse. Au menu, The Thing (1982), le Prince des ténèbres (1988) et l’Antre de la folie (1995).

Enfin pour ceux dont l’horreur façon Zombies (Romero, 1978) ne tente toujours pas, des films rares plus réalistes dans leur approche seront proposés dont le Point Limite de Sidney Lumet (1964).

Le cycle se terminera par un Week-end catastrophe nucléaire avec l’excellent film de Ranald MacDougall Le monde, la chair et le diable (1959) et Harry Belafonte comme tête d’affiche.

Pour tout savoir sur le cycle l’Apocalypse du Forum des images :

www.forumdesimagesapocalypse.fr

Geoffroy Blondeau

Hugo Cabret: le retour de Martin Scorsese

Hugo Cabret: le retour de Martin Scorsese

 

Le nouveau film de Martin Scorsese est en tout point surprenant. Surtout lorsqu’un réalisateur de sa trempe n’hésite pas à modifier, pour l’occasion, la cartographie habituelle de ses œuvres précédentes. À dire vrai, Hugo Cabret nous déroute dans sa capacité à surprendre là ou on ne l’attend pas. Il nous séduit aussi pour cette raison. Mieux, il nous envoûte, capture notre sensibilité pour atteindre un résultat palpitant, merveilleux, intelligent. Car sous des airs feutrés de conte pour enfants, Hugo Cabret est bien plus que cela. Il s’agit d’un formidable hommage au 7ème art, sorte de déclaration d’amour pour le cinématographe, sa magie et les précurseurs du siècle dernier qui lui ont donné vie.

Tout commence donc dans le Paris des années 30, gare Montparnasse. Ce Paris, formidablement bien reconstitué, ressemble à celui de Jean-Pierre Jeunet dans le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain : idéalisé, mélancolique, bariolé, un peu cliché tout de même, mais fourmillant de mille détails cinéphiles. Dans un décor qui s’ouvre à nous par l’intermédiaire d’une première séquence immersive à la technicité bluffante, l’utilisation de la 3D vaut le détour. Pourquoi ? Parce qu’elle est au service de l’histoire en devenant un véritable point d’appui au propos qui, petit à petit, se dévoile. Entre ses mains, la 3D n’est pas un artefact mais bel et bien un nouvel outil narratif à même de prolonger le cycle des innovations qui ont jalonné l’histoire du cinéma.

La rencontre, presque anodine, entre Hugo (Asa Butterfield) et papa Georges, vieux marchand de jouets installé dans une des galeries de la gare Montparnasse (Ben Kingsley, incroyable de justesse), va déclencher une réaction en chaîne des plus improbables. De cette première rencontre forcée naîtra une deuxième rencontre. Elle sera le moteur de l’action puisque c’est par elle que la quête proposée par Scorsese prendra définitivement son envol. Notre couple, formé de l’orphelin Hugo et de la fille de papa Georges, Isabelle (talentueuse Chloé Grace Moretz) partira à la recherche d’un formidable secret. Sans doute un peu longue pour certains et caricaturale pour d’autres, elle est pourtant essentielle à la dramaturgie en place. De toute façon Scorsese prend son temps, fait durer le plaisir avec sa galerie de personnages rose bonbon gravitant autour de nos deux jeunes aventuriers eux-mêmes happés par le cours de l’histoire.

Et là, le tour de magie opère. L’acte de prestidigitation se dévoile dans toute sa splendeur d’inattendu. Le chemin du conte s’efface au profit d’une véritable déclaration d’amour pour le cinéma de l’entre-deux-guerres. L’histoire se mélange à l’Histoire au point de façonner un méta-cinéma ou les prouesses technologiques de Scorsese répondent à celles invoquées par le cinéaste dans son hommage à l’un des plus grands cinéastes du premier quart de siècle passé : Georges Méliès. Et nous assistons, hypnotisés, à la reconstitution de scènes entières issues des films de Méliès. Le cinéaste New-Yorkais ravive par touche successive l’idée de patrimoine, d’universalité de l’art, de mémoire collective. Il efface les frontières, le temps, le langage et convoque dans une fiction moderne une émotion primitive sincère. Au-delà de l’hommage, Scorsese porte un témoignage affectueux sur cet homme qui était tout à la fois inventeur, prestidigitateur, technicien, acteur.

Cela n’empêche pas Scorsese de nous faire rêver avec sa quête sortie d’un autre temps. Ici, point de méchant, de créature hybride, de rédemption malhabile ou de rebondissement de dernière minute. Le trésor caché se trouve ailleurs, en dehors des sentiers battus des films à tiroirs pour préadolescents.  Non, Hugo Cabret parle à tout le monde, petit et grand, cinéphiles ou simples spectateurs du dimanche. Il associe dans un même élan fédérateur spectacle populaire et vrai film de passionné pour  nous offrir une histoire touchante à plus d’un titre.

L’investissement de Scorsese dans cette affaire n’était pas feint, comme on pouvait légitimement l’espérer. En cette période de fêtes il nous offre une aventure intemporelle qu’il ne faut pas rater. En somme, il s’agit du long-métrage de cette fin d’année à voir en famille.

Geoffroy Blondeau.

Hugo Cabret. Un film de Martin Scorsese. Sortie le 14 décembre 2011.

Durée 2h10

Critique publiée sur ecrannoir.fr

 

Frédéric Fisbach: la politique du 104

Frédéric Fisbach: la politique du 104

Le 104 est un nouveau lieu. Un établissement insolite : de la culture éphémère dans un environnement social précaire. Ouvert depuis moins d’un an, cet espace pluridisciplinaire, du cinéma à l’écriture en passant par les arts plastiques. Rencontre avec Frédéric Fisbach, chef d’orchestre de ces pompes funèbres métamorphosées en résidence d’artistes.

Ecran Noir : Parler nous du projet CentQuatre (établissement public de coopération culturelle) ?

Frédéric Fisbach : Il s’agit d’un projet d’artiste porté par Robert Cantarella et moi-même. Notre réflexion était de se dire que s’il existe beaucoup de lieux de monstration où l’on peut voir des œuvres achevées, il n’y a pas ou très peu d’espace de travail. Les artistes ne viennent donc pas à Paris travailler mais montrer le fruit de leur travail.

EN : Effectivement ils sont rarement sur place…

FF : Oui, il n’y a pas d’effervescence. Et puis le public ne peut rencontrer l’art que quand il est aboutit. Il se trouve que Robert Cantarella et moi-même, après des années de mise en scène sur des textes réputés difficiles, avons développé des expériences de protocole de travail sur la mise en relation du public pendant le temps de création (participation du public au spectacle, travail d’amateur et de professionnel…). Pour nous, il était préjudiciable que Paris ne se dote pas d’un lieu comme celui là. Nous pensions monter un projet à Berlin et au même moment nous sommes tombés sur une annonce qui mentionnait que la Ville de Paris cherchait un directeur ou une directrice pour le projet 104. Neuf mois plus tard nous avons été nommés.

EN : C’est le Maire de Paris qui vous a nommé ?

FF : Oui, c’est le Maire de Paris qui nous a nommé mais dans le cadre d’un concours. Le projet du Maire de Paris consistait à créer un lieu pour l’art et la culture, ici, à la frontière entre le 18e et le 19e arrondissement, dans l’ancien service municipal des Pompes Funèbres. Pour cela, une étude de définition puis un marché de définition a été réalisée. Le programme tenait en trois points :

–          Le cadre international

–          Privé-Public

–          Tous les arts

Le choix du cabinet d’architecte (Atelier Novembre) a été retenu essentiellement pour deux raisons : le projet en tant que tel et son aspect fonctionnel. Le projet comprenait des modules ou espaces de travail, des ateliers de travail ou des commerces et des modules le long d’un passage qu’ils inventaient entre la rue Curial et la rue d’Aubervilliers.

EN : C’est donc cette voie que vous avez retenue…

FF : Oui. Quand nous avons été nommés, nous avons travaillé sur ces plans d’architectes et ses trois directions. Il s’agissait de tout faire. Non seulement de faire une programmation, mais aussi un organigramme, de monter la structure juridique etc. Cela nous a pris trois ans jusqu’à notre ouverture en octobre 2008.

EN : Parler nous de l’esprit du 104…

FF : Le 104 est un lieu de résidence pour des artistes venant de toutes disciplines, sans exclusive. Designer, dessinateur BD, scénariste, réalisateur, peintre, documentariste, musicien, rappeur…Ce lieu est un lieu de résidence longue pour des artistes venant du monde entier. Ce qu’on leur demande c’est d’ouvrir régulièrement leur atelier pour mettre en relation des groupes de spectateurs avec leur avancée dans leur travail. La phrase est un peu compliquée mais il s’agit simplement de comprendre que le processus de création ou le chemin de création est aussi un endroit de savoir et de partage de l’art au même titre que l’œuvre d’art.

EN : C’est donc à la fois une démarche et une ambition dans la rencontre

FF : Doublement car elle (la démarche) permet à l’artiste de rencontrer le public. Et il y a des tas d’artistes qui ne rencontrent jamais le public.

EN : Elle est là, l’ambition du 104 !

FF : En un sens. Il s’agit de travailler sur la question de la transmission qui est, selon moi, un double mouvement. Nous sommes moins dans une approche pédagogique descendante d’un maître vers un apprenant ou, en l’occurrence ici, d’un artiste vers le public, que dans un rapport permettant à l’artiste d’utiliser, au sens noble du terme, ces moments de rencontre avec le public pour travailler ses œuvres.

EN : Pensez-vous que cette notion de partage influence le travail de l’artiste ?

FF : Bien sûr. Totalement. Que ce soit pour arranger une idée, pour voir comment le public réagit et pour essayer de comprendre ce que l’on est en train de faire. On a tous besoin d’un regard extérieur.

EN : Pour aller plus loin dans votre réflexion, pouvez-vous nous parler du lieu, de son intégration au cœur du quartier et de la symbolique très forte qu’il représente au niveau culturel ?

FF : Pour aller vite, le quartier où nous nous trouvons, c’est 60% de logement social. Il s’agit du quartier le plus pauvre de Paris. C’est également le plus jeune avec 30% d’une classe d’âge ayant moins de 25 ans.

EN : Le quartier est également très cosmopolite…

FF : En effet. Cosmopolite en ce sens où il y a plus de trente communautés d’origine différente qui constituent ce quartier. Ce Melting-pot est tout ce que je recherche dans une ville comme Paris, dans une grande capitale. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres capitales du monde. Mais Paris est particulièrement cosmopolite. Malheureusement elle l’est de moins en moins car les populations sont inexorablement repoussées dans ce qui sera, j’espère bientôt, Paris Métropole ou le Grand Paris. Nous nous trouvons dans un quartier riche culturellement mais enclavé, avec des habitants qui bougent peu et qui de fait ont peu accès à la culture.

EN : Ainsi, vous faites office, si j’ose dire, de service public de la culture…

FF : Ah, mais totalement ! On le revendique même. En parlant de service public, le service public municipal des pompes funèbres avait été construit à l’origine pour que tout le monde, quelque que soit sa confession religieuse, puisse avoir un enterrement décent. Là, c’est identique. Il faut avoir accès à l’art en train de se faire. Ce lieu est conçu pour cela c’est-à-dire qu’il est traversé par des populations très différentes.

EN : Vous venez du théâtre. Est-ce un atout, justement, pour « mettre en scène » un tel espace dédié à la déambulation, à la participation, à l’échange ?

FF : On s’en sert et pour tout vous dire on se sent très bien. Nous n’avons pratiquement pas changé de métier dans la mesure ou l’on continue à mettre en scène le passage. La mise en scène est un art du rapport y compris pour les réalisateurs. Rapport avec les gens, entre les choses, entre les gens et les œuvres. Nous allons travailler prochainement avec le plasticien japonais Tadashi Kawamata sur des espaces de replis.

EN : Quelle est la place du 7e art dans une structure comme le 104 ?

FF : En réalité, sa place est très importante même si on ne l’avait pas prévu au départ. Mais étant né au vingtième siècle, forcément, on ne peut nier l’omniprésence de l’image. Sa place est double, soit à travers le cinéma lui-même, soit à travers la vidéo. La frontière est de plus en plus ténue entre les deux formes d’expression et les artistes comme Steve Mac Queen (Hunger) ou Julian Schnabel (le Scaphandre et le papillon), plasticiens et vidéastes de formation, ont réussi une incursion magistrale au cinéma. De fait il est présent. Et puis on s’est rendu compte que ce sont les gens de cinéma qui ont le mieux compris le potentiel d’un tel lieu. Aujourd’hui Flore Albert et Laurent Rocque développent un projet qu’ils vont tourner dans le quartier. Ils sont venus vers nous parce qu’il voulaient continuer à écrire leur scénario autour de la consommation de crak.

EN : Il s’agit d’un documentaire ?

FF : Non, il s’agit d’une vraie fiction qui n’hésite pas à chercher sa substance dans le réel. Par ailleurs, je signale la présence de Lech kowalski, documentariste qui a réalisé DOA, film culte sur l’unique tournée des Sex Pistols aux Etats-Unis en 1978. En ce moment il travaille sur le projet Camera War, sorte de réflexion sur la diffusion. Toutes les semaines il met en ligne sur le site camera.tv un module prenant la forme d’un film chapitre constituant, au final, son documentaire.

EN : Pour en revenir à la programmation du 104. Imposez-vous des freins sur les genres, les formats et les thématiques proposés ?

FF : Non, il n’y a aucun frein. A partir du moment où les artistes jouent le jeu, c’est-à-dire qu’ils acceptent de venir longtemps afin de rencontrer le public de quelque manière que se soit, et bien ils sont les bienvenus. Nous avons accueilli un metteur en scène comme Claude Régy. Ce n’est pas quelqu’un qui, a priori, rencontre le public. Il s’agit d’un artiste passionnant, exigeant et qui n’ouvre pas ses répétitions. Il n’a pas ouvert ses répétitions, on ne lui a pas demandé d’ailleurs, mais nous avons trouvé des solutions pour qu’il aille à la rencontre du public. Le 104 est un lieu de brassage non seulement entre les arts, entre les générations et entre les niveaux de reconnaissance. On doit accueillir des gens reconnus mais aussi ceux qui démarrent. Pour parler des réalisateurs, signalons la présence de Claire Burger, monteuse de formation (école de la FEMIS) qui vient de gagner un prix à Clermont pour son court-métrage C’est gratuit pour les filles (co-réalisée avec Marie Amachoukeli) dernièrement projeté à Cannes dans le cadre la semaine de la critique section court-métrage. En ce moment la fiction vient souvent soutenir le documentaire, en tout cas au cinéma, car à la télévision le documentaire est formaté. D’ailleurs les documentaristes s’intéressent de plus en plus à la fiction afin de réfléchir à d’autres formes d’expression.

EN : Le recours à l’image est à la fois multiple et présent dans beaucoup d’ateliers du 104. Est-ce surprenant ?

FF : C’est vrai, l’image est partout. D’ailleurs nous nous sommes posés la question : quelle image ? Avec Robert Cantarella nous avons travaillé au côté de Marie-José Mondzain, spécialiste de la question. Il en ressort que beaucoup d’artistes ont recours à l’image soit comme finalité soit comme moyen de travail. En effet, beaucoup d’artistes programment les films importants pour eux et les diffusent.

EN : C’est donc un outil de promotion…

FF : Oui, en tout cas il y a une donnée très concrète : le matériel technique le plus demandé au 104 est le vidéoprojecteur !

EN : Pouvez-vous nous dire deux mots sur le projet social appelé le Cinq. Peut-il rentrer dans le cadre d’un travail cinématographique ?

FF : Le projet social est global comme vous l’avez dit tout à l’heure. D’ailleurs le 104 est en lui-même un projet social et politique. Nous avons une politique de gratuité c’est-à-dire que pratiquement tout ce qui est proposé au 104 est accessible au public gratuitement. C’est important de le signaler. Le Cinq est un des fers de lance de cette politique au même titre que la maison des petits, lieu d’accueil pour les enfants.

EN : En somme il s’agit de faire participer les habitants du quartier…

FF : Le Cinq est un lieu pour les pratiques amateurs. Pour l’instant il n’y a pas vraiment de vidéaste amateur mais cela pourrait arriver. Un exemple. Lors de l’inauguration du Cinq, nous avons fait appel à des artistes qui ont travaillé sur des clips, des diaporamas et des images issues de portables. C’était pour souligner que l’image est aussi dans nos portable et que les gens, qu’ils soient pro ou amateurs, ont un rapport avec cette image de l’instant. Si l’image est un moyen d’accès à la culture évident, notre politique sociale ne passe pas que par l’image.

Nous avons une réelle responsabilité car si l’image est porteuse de sens, nous restons très attachés à l’écrit, au mot, à ce qu’il se lit, à la littérature. D’ailleurs le premier commerce qui s’est ouvert au 104 est la librairie.

EN : Quel est le public type du 104 ?

FF : Il est très mélangé

EN : Le public du quartier est au rendez-vous ?

FF : Comme les entrées sont libres il nous est difficile de savoir. Pour ceux qui laissant une trace, nous savons que 40% viennent du 18e et 19e arrondissement. Mais seulement sur une population acceptant de laisser leurs coordonnées.

EN : Donc, pour vous, le succès est là…

FF : Oui, mais vous savez nous ne sommes jamais vraiment satisfaits. On veut que cela soit toujours mieux. Mais, c’est vrai que le 104 « marche » très bien. Nous avons eu plus de 300 000 visiteurs en six mois.