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Bilan Box-Office USA 2014…

Bilan Box-Office USA 2014…

 hunger-games-episode-3Avec 10, 360 milliards de dollars (chiffres arrêtés au 01 février 2015), l’année 2014 subit une chute des recettes en salles de 5,2% par rapport à l’année 2013. 690 films ont été distribués contre 687 l’année précédente. Pour l’heure, le champion 2014 totalise un respectable 335,1 millions de dollars et devrait terminer sa course juste au-dessus des 336,5 M$ réalisés par Spiderman 3 en 2007. Hunger Games – la révolte : partie 1 perd donc près de 90 millions de dollars par rapport au deuxième opus et ne doit cette première place, sans doute provisoire, qu’aux vacances de Noël.

Tir groupé entre 200 et 260 millions de dollars…

Comme en 2013, 13 films dépassent donc les 200 millions de dollars aux États-Unis, mais de façon plus ramassée, puisque dix d’entre eux se tiennent en 60 millions de dollars. Des succès, donc, mais pas forcément de gros cartons pour des films attendus dont certains n’ont même pas franchi la barre des 200 millions de dollars (on pense, notamment, à Dragons 2 et ses 177M$).

À l’heure où je publie ce bilan US 2014, je ne sais toujours pas quel sera le vainqueur de l’année. La faute au phénomène American Sniper, dernier long-métrage du vétéran Clint Eastwood. En trois week-end le film dépasse déjà les 250 millions de dollars et devrait, à coup sûr, se défaire des 300M$. Ira-t-il plus haut que les 335M$ de Hunger Game ? A priori, oui. Avec, en ligne de mire, les 370M$ de la Passion du Christ, plus gros succès R rated aux États-Unis (les mineurs de moins de 17 ans doivent être accompagnés d’un adulte). Les paris sont ouverts…

malefique_affiche_05Actuellement deuxième, Les Gardiens de la Galaxie, vainqueur de la saison estivale avec 333M$, et devant des blockbusters tels que Transformers : l’âge de l’extinction (245M$), X-Men : Days of future Past (233M$) ou encore The Amazing Spider-man : le destin d’un héros (202M$), demeure indiscutablement le succès surprise de l’année. Attention tout de même. Il s’agit d’un film estampillé Marvel ayant coûté la bagatelle de 170M$. Son approche fun, son ton très coloré et sa décontraction assumée ont su séduire un public nombreux néanmoins peu attiré par l’originalité ou la nouveauté. La suite du Captain America (259M$) et de la planète des singes (208M$), le remake de Godzilla (200M$) ou la nouvelle adaptation d’un conte « made in Disney » – Maléfique et ses 241M$ – nous confirme malheureusement cette tendance…

Des 13 films à plus de 200 millions de dollars, saluons également l’incroyable succès du film d’animation Lego, aussi drôle que bien foutu. Avec 257M$, le film, 12ème plus gros succès hors inflation pour un film d’animation 3D, finira à la cinquième place de l’année juste devant le troisième opus du Hobbit (252M$). En parlant d’animation, comment ne pas mentionner le quatrième succès de suite des studios Disney avec la première histoire de super-héros de la firme aux grandes oreilles, Big Hero 6 (Les nouveaux héros sortent chez nous le 11 février prochain). Avec 218M$ sur le sol américain, le studio a désormais l’assurance d’avoir retrouvé un public en demande de productions de qualité ne manquant pas d’un certain allant à défaut de véritable créativité (le succès planétaire de la Reine des neiges me laisse tout de même sans voix…).

Gone Girl épate, Tom Cruise déçoit…

La suite du classement étonne peu, ne rassure pas non plus et ne place, pour ainsi dire, aucun « petit » film produit pour quelques millions de dollars, si nous mettons de côté l’atypique American Sniper. Où sont, en effet, les Juno, Les dossiers Warren, Le Discours d’un Roi, Black Swan, American Bluff ou encore Happiness therapy? C’est simple, en 2014, et au-delà du film d’Eastwood, seuls Gone Girl de David Fincher et Invincible d’Angelina Jolie (113M$ pour ce film qui sent bon les oscars…)  pourraient faire figure d’œuvre à part entière. Surtout pour le Fincher, thriller diabolique qui a su capter l’attention des spectateurs avec 167M$. Interstellar, de Christopher Nolan, aurait ici toute sa place, mais son budget pharaonique, comme son casting, le rapproche plus des blockbusters dans leur forme promotionnelle même si la qualité du film n’est pas remise en cause. Celui-ci, sans atteindre les scores d’Inception, n’a pas raté sa sortie avec plus de 186M$ récoltés sur le sol américain. D’autres « petits » films ont su tracer un chemin, plus discret, mais néanmoins populaire. Le lacrymal Nos étoiles contraires (124M$), le spirituel Heaven is for real (91M$ pour un budget de 12M$), le guerrier Fury avec Brad Pitt (84M$), l’horrifique Annabelle (84M$), le « Weistein » Imitation Game (68M$) et le Grand « Wes Anderson » Budapest Hotel (59M$, soit son plus gros succès à ce jour, amplement mérité qui plus est).

go,e girlQue dire du dernier Tom Cruise ? Qu’il aura réussi, malgré son démarrage très médiocre, à franchir in extremis la barre des 100 millions de dollars. Edge of Tomorrow sauve les meubles sans forcément amortir ses 178M$. L’international rattrape le plantage US mais de justesse. À plus de 50 ans, Cruise devrait se mettre à jouer dans des films plus en accord avec sa réalité biologique. Mais bon, tout le monde ne s’appelle pas Tom Cruise, n’est-ce pas les bad guys Expendables. Ce troisième opus, celui de trop, est une catastrophe ciné qui ne s’est pas relevée au box-office avec 39 petits millions de dollars pour la bande à Stallone. Allez ! Denzel Washington (60 ans) et Liam Neeson (62 ans) ont vengé nos mercenaires sexagénaires avec Equalizer (101M$) et Non-Stop (92M$).

Et le reste dans tout ça…

Tout d’abord, parlons du Noé d’Aronofsky. Sa relecture très, trop hollywoodienne, de l’épisode du déluge, a déplu. Au point qu’avec 101M$, il fait moins bien que les 106M$ de la bouillie infecte qu’est 300 : La naissance d’un Empire. Mais il fait mieux que la vision « Scotienne » de l’un des plus gros « plantage » de l’année 2014, Exodus (64M$ pour un budget de 140M$). Pour le reste, donc, pas ou peu de surprise, hélas.

Il y eut des films d’animation plus ou moins réussis mais sans éclats au box-office. Outre un Dragons 2 décevant, Rio 2 s’en est bien tiré avec 131M$. Ce qui est déjà moins le cas avec Mr. Peabody & Sherman (111M$). Que dire, alors, du spin-off des Pingouins de Madagascar, ratage à 81M$ là où Le Chat Potté en faisait 149M$ (Produit par Dreamworks, le studio a décidé de ralentir le rythme de production afin de s’engager vers plus de qualité. Plutôt une bonne idée).

Il y eut également des grosses comédies plus ou moins supportables au ratio coût-rentabilité en béton. Démonstration :

–          22 Jump Street : 191M$ de recettes / 50M$ de budget

–          Nos pires voisins : 150M$ de recettes / 18M$ de budget

–          Mise à l’épreuve : 135M$ de recettes / 25M$ de budget

–          Dumb & Dumber De : 86M$ de recettes / 40M$ de budget

–          Tammy : 84 M$ de recettes / 20 M$ de budget

–          Cops – Les forces du désordre : 82M$ de recettes / 17M$ de budget.

Tout est dit, non ? Sauf pour un film. Et pas n’importe lequel. L’épisode 3 de la Nuit au musée n’a rapporté que 110M$ pour un budget de 127M$. L’international le sauve (200M$) mais il aurait été bienvenu que l’immense Robin Williams signe sa dernière apparition dans un bon film adoubé par le public.

Il y eut, enfin, les fictions pour ado plus ou moins lénifiantes. En dehors de Hunger Games citons le retour des Tortues Ninjas, film aberrant de stupidité pourtant proche des 200M$ (191M$). Divergente, la nouvelle franchise futuriste dystopique pour ado a rempli son contrat (150M$), tout comme le surprenant Labyrinthe, succès surprise US à 100 millions de dollars.

ryaninitiativeFinissons par quelques échecs cuisants. Si Into the woods n’en fait pas partie (124M$), tout comme le Lucy de Besson (126M$, troisième plus gros succès français aux USA derrière les deux premiers Taken), The Monuments Men (Le Clooney un brin raté à 78M$), Hercules (le film est hilarant de bêtise pour un cumul à 72M$), Robocop (un petit 58M$, mais heureusement que Michael Keaton semble se tourner vers des films plus intelligents comme le Birdman d’Iñarritu), Comment tuer son boss 2 (l’humour niais bloqué au stade anal. 54M$ quand même…) ou Ryan Initiative (version Branagh avec le capitaine Kirk au commande. 50M$. Retour raté) composent les beaux ratages de l’année 2014.

Geoffroy Blondeau

Bilan B.O France 2014…

Bilan B.O France 2014…

bon dieuLes salles françaises se portent bien. Très bien même. En 2014, elles ont attiré un public nombreux pour un cumul dépassant la barre des 200 millions de spectateurs. Avec 208,43 millions d’entrées (chiffres non définitifs publiés par le CNC), l’exercice 2014 est en augmentation de 7,7% par rapport à celui de 2013. Un quasi record puisque en 47 ans (1967 et ses 211, 5 millions d’entrées) seule l’année 2011 a fait mieux (217,2 millions d’entrées). L’année 2014 est également bien au-dessus de la moyenne nationale depuis dix ans (196,47 millions d’entrées).

Devant ce plébiscite pour les salles obscures, la part de marché des films français s’avère plutôt élevé avec 44%, soit 11 points de mieux qu’en 2013. La fréquentation des films français atteint, quant à elle, 91,62 millions d’entrées, soit le score le plus haut depuis trente ans et ses 94, 12 millions d’entrées. Même si légèrement devant, les films américains subissent une chute de 9,9% pour atteindre 93, 93 millions d’entrées. Idem pour leur part de marché tombant à 45,1% en 2014 contre 54,2 % en 2013.

Les films français…

Comme de coutume depuis plusieurs années, un film booste la fréquentation. Nous vous le donnons en mille, il s’agit d’une comédie française. Avec 12,2 millions d’entrées Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, se classe à la 14ème place historique des plus gros succès en France. Signalons qu’avec ce triomphe, Christian Clavier établit un record inédit au box-office en devenant le seul acteur, toutes nationalités confondues, à avoir tenu un rôle principal dans quatre films à plus de 10 millions d’entrées.

  1. Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2002) : 14,5 millions d’entrées
  2. Les Visiteurs (1993) : 13,7 millions d’entrées
  3. Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (2014) : 12,2 millions d’entrées
  4. Les Bronzés 3 : Amis pour la vie (2006) : 10,3 millions d’entrées

Autre satisfaction. Les quatre premières places du B.O sont occupées par des films français qui, de surcroit, dépassent également les 5 millions d’entrées. Outre le film de Christian Clavier notons la présence du trublion Danny Boon avec un Supercondriaque à 5,3 millions d’entrées. Même score pour le retour de l’enfant prodigue, Luc Besson. Sa Lucy, plus américaine que vraiment française, dépasse, elle aussi, les 5 millions d’entrées (5,2). Hormis les bouillies infâmes en images de synthèse du réalisateur (la trilogie Arthur et les Minimoys), le dernier carton live de Besson remonte tout de même à 1997 et le Cinquième Élément (7,7 millions d’entrées). Dans quelques jours La Famille Bélier les dépassera pour terminer sa course à la deuxième place 2014, plus proche d’ailleurs des 6 millions d’entrées que des 5. Nous aurons donc une année avec quatre films français aux quatre premières places. Ce qui n’était plus arrivé depuis 1970 !

Au final, il faut noter la présence de 8 films français dans le top 20 (dont 7 comédies !), tous à plus de 2 millions d’entrées (Samba, Les vacances du petit Nicolas, Babysitting et Les trois frères, le retour). Outre les sempiternelles comédies cartonnant au côté du dernier Besson, saluons la belle performance du film d’animation de Louis Clichy et Alexandre Astier, Astérix : Le domaine des Dieux (près de 3 millions d’entrées pour cette nouvelle adaptation du célèbre gaulois). Les premiers films de genre français – néanmoins « marketés » comme il le faut avec stars à l’appui –, se retrouvent relégués à la 27ème place (La belle et la bête à 1,8 million d’entrées), 30ème place (Yves Saint-Laurent à 1,6 million d’entrées) et 34ème place (La French, le dernier film avec Jean Dujardin vient de dépasser les 1,5 million d’entrées). Bref, il reste peu d’espace pour des films alternatifs en demande de reconnaissance. Seul Hippocrate, flirtant avec la barre symbolique du million d’entrées (914 651 entrées), aura su tirer son épingle du jeu. Un dernier mot au sujet de Timbuktu. L’excellent film franco-mauritanien d’Abderrahmane Sissako continue de bénéficier d’un très bon bouche-à-oreille pour dépasser les 600 000 entrées.

hobbit_3_horizontal_teaserLes films américains

Petite surprise pour la production américaine. Un seul film dépasse les 4 millions d’entrées au cours de l’année écoulée avec le dernier épisode de la trilogie de Peter Jackson,  le Hobbit : La bataille des 5 armées à 4,7 millions d’entrées. Il faut remonter à 1995 pour retrouver pareille situation où seul Pocahontas avait supplanté cette marque (5,6 millions d’entrées). Tous les autres blockbusters sont en retrait par rapport à l’année dernière, oscillant péniblement entre 2 millions (Maléfique) et 3,7 millions d’entrées (La planète des singes : l’affrontement).

Signalons quelques beaux échecs comme la suite du reboot de Spiderman (2 millions d’entrées pour The Amazing Spiderman : le destin d’un héros, là où les films de Raimi attiraient en moyenne 5-6 millions de spectateurs), ou du troisième opus des Expendables tout juste au-dessus millionnaire. Nous ne parlerons pas des fours, des vrais, comme Transcendance (780 000 entrées), le remake de Robocop (681 000 entrées) ou, pour ne citer que lui, Sin City, j’ai tué pour elle (375 000 entrées contre 1,2 million d’entrées pour le premier opus). À sa décharge, le film s’est également planté aux États-Unis…

Nous avons eu de cesse de le répéter, la politique de la franchise des productions américaines séduit de moins en moins un public blasé de voir se succéder super-héros, suites à rallonge et autres reboot inutiles. En cumul, ces films font des entrées. Certes. Mais elles s’effritent interdisant à un film de sortir du lot. Reste que sur les 20 premiers films de l’année 2014, 11 sont américains. Mention spéciale pour le Labyrinthe, petite production de 35 millions de dollars venue de nulle part et qui a su attirer plus de 3 millions de spectateurs. Idem pour le nouveau Fincher, toujours très populaire chez nous. Son remarquable Gone girl flirte avec les 2 millions d’entrées là où le Scott (Exodus) se plante à moins de 1,5 million d’entrées. C’est-à-dire au même niveau que le réjouissant The Grand Budapest Hotel, le chargé Noé ou le stupéfiant Godzilla. Un dernier mot pour dire que le carton US de l’été, à savoir Les gardiens de la galaxie, n’a pas fait recette chez nous avec son cumul juste acceptable de 2,3 millions de spectateur. Pas grave, sa suite, prévue pour 2017, saura rectifier le tir.

mommyLe reste du monde

Les films non français et non américains reculent eux-aussi en passant de 12% en 2013 à 11% en 2014. La fréquentation est également en baisse à 22,8 millions d’entrées (-4,7%). La chute est faible. Soit. Mais elle confirme une tendance. Celui d’un souci, réel, de visibilité, comme de diffusion, de films considérés moins grand public. Pas étonnant, donc, de retrouver à la première place des films étrangers le célèbre ours en peluche Paddington qui a eu le droit à sa première adaptation cinématographique. Si, avec 2,6 millions d’entrées, Paddington n’est pas le carton attendu, le film talonne néanmoins Astérix : le Domaine des Dieux.

Le deuxième film étranger est 44ème. Il s’agit de Mommy, dernier long-métrage de Xavier Dolan. Celui-ci, de qualité, a très certainement bénéficié de son passage cannois (Prix du Jury), d’une très bonne presse et d’un bouche à oreille solide pour assurer son succès. Avec 1,1 million d’entrées, Mommy « atomise » la moyenne des quatre derniers films du réalisateur (108 000 entrées). Par contre, le troisième film étranger en termes d’entrées (64ème) est une déception. Pour ses adieux à la réalisation, Miyazaki nous laisse une œuvre réussie qui n’a pas su, hélas, toucher plus largement le public. Avec 776 769 entrées, Le vent se lève laisse un goût d’inachevé presque dommageable.

Cette année, comme en 2013, 6 films étrangers font partis des 100 films ayant attirés le plus de spectateurs. C’est peu. Trop peu, hélas. Outre les trois longs-métrages suscités, Philomena, Ida et Khumba complètent la liste. Il est à noter que la palme d’or 2014, Winter Sleep, réalise 344 207 entrées. À titre de comparaison, la Vie d’adèle, palme d’or 2013, avait réalisé un peu plus d’un million d’entrées. Comme à l’habitude, plus nous descendons dans la hiérarchie, plus l’éclectisme du cinéma mondial prend le dessus mais reste drastiquement anecdotique.

 Geoffroy Blondeau

Rattrapage. The Expendables 3: Stallone au pays des merveilles…

Rattrapage. The Expendables 3: Stallone au pays des merveilles…

Expendables-3-Cast-BannerLes vieux baroudeurs sont désormais bien fatigués. À tel point que l’on se demande vraiment si la mise en chantier de ce troisième opus en valait la peine. Non pas que cet épisode, réalisé par l’australien Patrick Hughes, soit foncièrement raté ou, à titre de comparaison, plus mauvais que les deux premiers longs-métrages de la trilogie. Ce qui lâche, ou qui fâche, ne vient pas de cette débauche pyrotechnique à l’ancienne portée par d’anciennes têtes d’affiche devenues bien trop nombreuses pour y être efficace cinématographiquement parlant, mais d’une perte rédhibitoire en crédibilité, l’âme de ces Expendables se noyant dans la complaisance d’un marketing choral pour un film visible par presque toute la famille (PG-13 oblige).

Car, il ne faut pas s’en cacher, le concept old school d’une bande de bad guys tout droit sortie des années 80-90 s’auto-parodiant dans un délire lui-même auto référentiel (fallait y penser), ne pouvait supporter plus longtemps les raisons d’un premier film sincère, convaincant, d’une star (Stallone) en pleine rédemption cinématographique avec Rocky Balboa (2006) et John Rambo (2008). À ce titre, suivre les aventures « anachroniques » de ces joyeux lascars dans un monde dominé par le 2.0, les CGI et les super-héros en costumes avait – nous insistons sur le avait – quelque chose de fascinant. L’intérêt d’une telle entreprise, au-delà des figures de Stallone, Statham, Jet Li ou encore JCVD, aussi. Mais pourquoi, diable, avoir affublé à ce troisième opus une idée, source de contresens, à l’existence même des Expendables en osant perturber le bon fonctionnement de cette alchimie entre l’action proposée et la nostalgie incarnée par ceux qui la commettent?

Renouveler, le temps de quelques bobines, l’équipe souche par une bande de jeunes loups très (trop ?) vite dépasser par les événements, n’a, ici, aucun intérêt, si ce n’est celui d’un mauvais prétexte scénaristique pour nous rappeler que les vrais Expendables sont forcément rouillés, usés, rafistolés, remplis de cette épaisseur du temps qui vous marque mais n’altère pas nécessairement vos aptitudes guerrières. Oui, ces gars-là sont issus d’une époque passée, même si pas si lointaine. L’entorse s’insinue maladroitement, casse le rythme, n’apporte rien à l’imagerie du film de Stallone et, pire que tout, le tire vers un spectacle jamais badass. Les papys maternent à coups de vieilles blagues, flinguent à tout va, certes, mais se laissent happer par l’inconsistance d’un projet qui n’arrive plus à générer la sincérité crépusculaire du premier opus.

Bouffé à la fois par sa vitrine « à stars » qui, au mieux, cabotinent (il faut voir le numéro affolant d’Antonio Banderas dont on se demande ce qu’il fout là) et, au pire, font de la figuration (Schwarzy, en dix plans, prononce trois phrases et fume le cigare pour avoir l’air…), il ne reste que Mel Gibson pour plonger le film vers les abysses attendus. Le paria d’Hollywood s’en donne à cœur joie et insuffle au film un vent de folie, yeux exorbités, voix rauque en diable. Pour le coup, lui, est raccord.

 Geoffroy Blondeau

Note: 1,5/5

The Expendables 3. Un film de Patrick Hughes. En salles depuis le 20 août 2014.

Durée. 2h05

Le Dernier rempart: Schwarzy is back…

Le Dernier rempart: Schwarzy is back…

Schwarzenegger est de retour. Et pour de bon. Comme en témoigne les nombreux projets de l’ex-« Governator » avec, en guise de bonbon sucré, le retour du « vrai » Conan dans The Legend of Conan prévu pour 2014.

Après son caméo dans the Expendables 2, nous retrouvons l’acteur dans le rôle-titre d’une série B bien branlée, totalement assumée même si anodine d’un point de vue cinématographique. L’idée, en somme, est de lui permettre de se dérouiller des articulations orphelines de tournage depuis le troisième Terminator (2003). Et quoi de mieux que cet hommage en mode mineur aux westerns et autres films d’action dont Schwarzenegger fut, il n’y a pas si longtemps, l’un des meilleurs représentants. On pense, ainsi, mais en beaucoup moins bien, à Assaut de Carpenter (1978), Mister Majestyk de Fleicher (1974), Les 7 Mercenaires de Struges (1960), Rio Bravo de Hawks (1959) et, référence oblige, au Contrat de John Irvin avec Schwarzenegger dans le rôle-titre (1986).

On ne sait pas si Arnold est trop vieux pour ces conneries mais il assume ce plaisir coupable avec une énergie plutôt communicative. Et il en faut puisque le film repose sur un scénario basique au possible privilégiant l’enchaînement d’événements à toute idée de sous-lecture hasardeuse. Dans le Dernier rempart, Schwarzy campe un vieux shérif d’une petite bourgade à la frontière mexicaine contraint de devoir intercepter Gabriel Cortez, baron de la drogue en fuite. Rien de plus carré. D’autant que le film tient sur une structure en deux axes elle aussi radicale dans son traitement scénique. Le premier axe concerne l’évasion, au nez et à la barbe du F.B.I, du très très méchant Gabriel Cortez. Le deuxième axe dépeint la vie pépère du shérif chamboulée par l’arrivée impromptue du mafieux dans sa ville. Et quand les arcs narratifs se rencontrent l’explosion pyrotechnique est de mise. Comprenez par là que sa « fusille » de partout pourvu que les méchants soient arrêtés, voire carrément flingués !

Pour mettre en boite ce joyeux bordel rien de mieux qu’une petite pincée d’exotisme. Bien que le film soit de commande, Kim Jee-Woon, réalisateur Sud-Coréen de talent responsable des 2 Sœurs, Le bon, la brute et le cinglé, Bittersweet Life ou encore l’infernal J’ai rencontré le diable, remplit sa mission haut la main. Si l’exercice est de style pour cause d’enjeux dramatiques dramatiquement mince, il souffle, néanmoins, un petit vent de folie bien réjouissant. Mieux, le cinéaste se réapproprie sans mal les références du genre pour nous livrer une version old school et décomplexée du film d’action made in USA au même titre que sa relecture du long-métrage de Sergio Leone avec Le bon, la brute et le cinglé.

Ce néo-western tient donc la route avec ses scènes gore, son humour décapant (notons la présence de Johnny Knoxville, star des Jackass), la fluidité de sa mise en scène et le plaisir instantané – mais très éphémère – qu’il procure. Shwarzy, quant à lui, tient la barre avec brio. Il n’a pas perdu de son flegme (très autrichien) et prouve qu’à 65 ans les come back peuvent être savoureux. On attend la suite avec impatience…

Geoffroy Blondeau

Note: 2/5

Le Dernier rempart. Un film de Kim Jee-Woon. Sortie le 23 janvier 2013

Durée 1h47

Expendables 2: les héros ne meurent jamais…

Expendables 2: les héros ne meurent jamais…

 

Oyez, oyez braves spectateurs – masculins de préférence – pour qui l’été 2012 manquait cruellement de testostérone comme de gros bras musclés aux vilains tatouages, les bad guys de l’équipe des Expendables sont de retour dans la chaleur d’un opus bis bien décidé à vous en mettre plein les mirettes. Car la recette est la même, sans aucune variation. Si ce n’est d’appuyer un peu plus sur l’accélérateur du film bourrin à souhait, sorte d’apothéose indépassable de l’ « actioner » made in 80s. Pour tous ceux qui trépignaient d’impatience à l’idée de retrouver Stallone, Statham, Li, Lundgren, Couture, Crews et les guests Willis et Schwarzenegger, n’ayez crainte, ils vont vous donner du plaisir coupable, entre bons mots et « dégommage » de méchants dans les règles de l’art estampillé série B. Mais une telle suite ne serait rien sans un petit plus marketing. La présence de Chuck Norris et de Jean-Claude Van Damme nous l’apporte comme sur un plateau, ressort scénaristique à l’appui, puisque notre karatéka belge endosse pour l’occasion le rôle du méchant de service.

Expendables 2, réalisé par Simon West et non Stallone (il a préféré retrouver ses petits copains comme simple acteur), envoie du lourd dans un joyeux bordel autoréférentiel, limite parodique, pour mieux se moquer d’un scénario d’une pauvreté abyssale. L’engagement scénaristique ne s’embarrasse d’aucune pudeur pourvu que le moteur de l’action, la vengeance dans ce cas précis, parvienne à stimuler l’implication héroïque de notre troupe de vieux briscards spécialistes des missions commando. Mais l’action qui s’y déploie est en retrait vis-à-vis du premier opus un peu comme si l’âge de nos chers mercenaires les aurait enfin rattrapés. La frustration pointe alors le bout de son nez sans crier gare malgré une introduction en mode destruction massive de PlayStation. Si le climax ne déçoit pas, l’affrontement final si. D’ailleurs il revendique à lui seul ce qu’est le film : une réunion de stars sur le déclin, icônes remarquables d’un cinéma lui aussi sur le déclin – s’il n’est pas déjà mort – et dont Stallone en est la figure de proue.

Chacune des stars en question sera servie au détriment de la logique interne du film qui devient, par la même occasion, une vitrine à héros. De là, aussi, le sentiment d’assister au chant du cygne d’un film choral à la structure bordélique car je-m’en-foutiste, moins carré que le premier, moins bien filmé, comme si l’implication de Sly dans l’hommage rendu aux « actioners » des années 80 avait de toute façon déjà été réalisée en 2010. L’engagement est autre. Du côté des gueules, des physiques marqués par l’épreuve du temps, comme figés dans l’ère d’un Reaganisme ringard assumé jusque dans son rapport iconique par l’inénarrable Chuck Norris. Mais le second degré n’est pas totalement absent, au contraire, comme le prouve l’intervention d’un Schwarzenegger prompt à piquer la plus belle réplique de John McLane/ Bruce Willis. Tout n’est donc pas à jeter pourvu que l’on comprenne les intentions forcément roublardes d’un Stallone s’amusant comme un petit fou avec sa brochette de copains.

Et Stallone dans tout cela ? Il sait qu’il n’est pas immortel. Du moins physiquement. Alors il en profite, joue des postures, en abuse, se crée le beau rôle en pourvoyeur d’icônes toujours debout malgré l’adversité. Il se moque de la mort en quelque sorte. Et de son film qui n’est pas très bon. Mais là n’est pas l’essentiel puisqu’il aura réussi son pari fou contre ses contempteurs historiques sur la foi d’un film indigent dont la vaillance obsolète aura su rencontrer le public. Le roi est mort, vive le roi !

Geoffroy Blondeau

Note 2/5

Expendables 2. Un film de Simon West. Sortie le 22 août 2012.

Durée. 1h42