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Wake in Fright: Point de non retour…

Wake in Fright: Point de non retour…

Wake-In-Fright-1971.2Ted Kotcheff, le réalisateur canadien devenu célèbre pour avoir réalisé, de main de maître il est vrai, le premier Rambo (1982), revient, presque malgré lui, sur le devant de la scène. Comment ? Par hasard pourrait-on dire. Lorsqu’un négatif de Wake in Fright — le dernier parait-il — fut retrouvé dans un laboratoire à Pittsburgh (États-Unis).

Le film, présenté au festival de Cannes en 1971, et considéré par son auteur comme « son meilleur film », ressort donc ce mercredi en salles. Une chance, en effet. Une vraie. Celle de pouvoir (re) découvrir un long-métrage inclassable d’une immersion inouïe, folie kafkaïenne d’un monde de compromission, de gueule de bois, de chasse aux kangourous. L’univers, tout à la fois onirique et véridique, nous plonge littéralement dans la descente aux enfers d’un instituteur de passage dans une petite ville minière du bush australien.

Martin Scorsese aurait dit du film qu’il l’avait « laissé sans voix ». Cette déclaration vieille de 43 ans mérite à coup sûr une vérification sur place. Non ?

Geoffroy Blondeau

Wake in Fight

Un film de Ted Kotcheff. En salles le mercredi 3 décembre.

 

 

Lincoln: politiquement correct…

Lincoln: politiquement correct…

Le courage politique n’est pas la plus petite des vertus. Essentiel dans le combat des idées, il s’avère primordial lorsqu’il est question d’enjeu de société majeur amené à faire date. Cette dimension, complexe d’un point de vue narratif, est au cœur du dernier film de Steven Spielberg, Lincoln. Car au-delà du biopic tant et tant annoncé à grands renforts de promotions savamment orchestrées, nous nous retrouvons en face d’un long-métrage assumant l’importance du geste politique dans sa dimension effective et par lequel un homme – ou plusieurs –, est capable de changer le cours du monde. Et la destinée d’un pays.

Ceci explique sans doute pourquoi Lincoln n’est pas qu’un simple portrait, fut-il réussi, du 16ème président des Etats-Unis. Conscient de vivre une époque charnière dominée par une crise économique mondiale déstabilisante à plus d’un titre, Spielberg nous propose une œuvre foncièrement pédagogique centrée sur la politique, les politiciens et le devoir de responsabilité. Bien sûr, il ne faudrait pas occulter la variabilité historique comme géographique d’une telle vertu, dont la rencontre entre un homme et l’Histoire, laisse éclater l’intransigeance d’une volonté capable de faire avancer à pas de géant l’universalisme sur l’obscurantisme.

Abraham Lincoln fut, assurément, de ceux-là !

La tâche, ardue, puisque le pari est osé, se focalise sur les derniers mois de la vie d’un président résolu à faire passer le 13ème Amendement portant sur l’abolition de l’esclavage. Ce faisant, il n’est pas étonnant d’apprendre que Spielberg aura cherché pendant dix ans la meilleure façon d’aborder un tel personnage d’un point de vue cinématographique. La mise au placard des velléités d’hagiographie béate ou de biopic consensuel renforce le parti pris du réalisateur de « présenter » Lincoln à travers la politique, les arcanes du pouvoir, les débats mouvementés à la Chambre des Représentants, le tout sur fond de guerre de Sécession.

Mais l’homme n’est pas un chef de guerre. Il s’agit d’un politicien au sens noble du terme assumant avec aplomb la croyance de valeurs qu’il veut porter au plus fort d’une lutte fratricide menaçant l’équilibre du pays. Si la stature d’Abraham Lincoln est là, imposante, fragile, vigoureuse, aimante, elle n’écrase jamais l’axe narratif d’un enjeu supérieur à tout destin personnel. Pour une fois, Spielberg fixe l’Histoire, celle de son pays, de face, sans détour, ni par le biais de personnages « décalés », secondaires, forcément plus fictionnels (on pense à Oscar Schindler dans la Liste de Schindler). Il renforce ainsi l’humanité d’un homme enfermé dans sa solitude de père de la Nation conscient des enjeux qui se jouent.

Et c’est pour cela que le combat s’affiche. Sa mise en situation est même remarquable, puisque politique et non focalisée sur les champs de bataille, eux-mêmes à peine esquissés plus de deux minutes en tout début de film. Spielberg prend de la hauteur, laisse les mots s’entrechoquer pour faire exister l’espace démocratique issu du peuple, par le peuple pour le peuple. Pour y parvenir, le réalisateur d’Amistad applique à son film un didactisme d’école faisant du 13ème Amendement la pierre angulaire du combat politique dans sa raison d’être. Le film, dès l’entame, prend une orientation très écrite entre force de persuasion et manigance au plus haut niveau. Populaire et non populiste – la vérité historique est toujours respectée –, Lincoln sous-tend sans trop d’ambiguïtés ce que cette réforme aura rendu possible : l’élection d’un noir à la présidence des États-Unis. L’écho est frappant et explique sans doute pourquoi le film est un triomphe aux Etats-Unis.

Si la formule peut faire mouche, seul le geste est politique. Et tous les moyens sont bons pour y parvenir. Sans parler de corruption, il est des périodes où les valeurs que l’on défend peuvent être soumises aux compromissions. Abraham Lincoln, sans se détourner de ses objectifs initiaux, se résoudra à emprunter un tel chemin, allant même jusqu’à prolonger la guerre entre le Nord et le Sud pour faire passer son amendement. Sacrifice périlleux. La pêche aux voix, amusante tout au long du film et portée, entre autre, par un James Spader au diapason, résume bien l’âpreté du combat dans un contre-la-montre prodigieusement bien rendu pour un film d’alcôves. Tout comme l’intervention de Thaddeus Stevens (Tommy Lee Jones sobre), républicain champion de l’égalité, et qui acceptera de ravaler ses idéaux d’égalitarisme en faveur du 13ème amendement en reconnaissant l’égalité de droit et non de fait. L’influence de films à la charge politique dans leur démonstration ne fait plus aucun doute (on pense à Monsieur Smith au Sénat de Franck Capra).

Steven Spielberg s’appuie alors sur un scénario d’équilibriste ne simplifiant jamais les propos des uns et des autres (républicains / démocrates) sur l’autel de la démagogie. En rappelant que Lincoln fut le tout premier président issu du parti républicain – qui, à cette époque, était progressiste –, le réalisateur contextualise les rapports de force sans exagérer le trait entre gentils abolitionnistes et méchants esclavagistes. La sobriété sert un film suffisamment complexe pour ne pas en rajouter. D’autant que l’issue est connue…

L’esprit des lumières rayonnera à travers des remparts opaques, mais il s’achèvera sur le crépuscule tragique de celui qui aura ouvert la porte…

Reste l’interprétation. Daniel Day-Lewis est tout simplement magistral. Ahurissant de vérité, il incarne un Lincoln plié par le poids de sa charge. Si la stature en impose, elle n’accapare jamais la lumière à son avantage. Phrasé, déplacement, colère, force de persuasion ou anecdotes savoureuses rythment la présence, en forme de demi-absence, du président. Comme pour nous dire qu’il n’est que l’instigateur du changement en marche. Parfois confiné à l’abri des regards dans l’intimité d’une épouse obsessionnelle, compulsive et inconsolable d’avoir perdu un fils (saisissante Sally Field), Abraham Lincoln n’a d’autre choix que d’aller jusqu’au bout de son combat. Qu’il remportera juste avant de mourir justifiant, peut-être, la peine d’avoir supporté les fantômes que toute guerre charrie.

Spielberg livre un film dense, sincère, très américain dans son traitement narratif mais si précis dans sa démonstration qu’il a su toucher un large public. Cet équilibre entre exigence du propos et capacité à le rendre universel est l’apanage des grands conteurs dont Spielberg fait assurément parti.

Geoffroy Blondeau

Notes: 4/5

Lincoln. Un film de Steven Spielberg. Sortie le 30 janvier 2013.

Durée 2h29

Avis publié sur ecrannoir.fr

 

Bilan France 2012 : des films attendus, quelques surprises, beaucoup de déceptions…

Bilan France 2012 : des films attendus, quelques surprises, beaucoup de déceptions…

L’année 2012 s’achève avec un cumul à 186 499 876 millions d’entrées (calculé sur 51 semaines). Soit une baisse de 7% par rapport à l’année dernière (199 768 611 millions d’entrées à la même date).

Et le lauréat 2012 n’est ni un super-héros, ni une comédie française ou un spectacle pyrotechnique en 3D. Il s’agit du célèbre espion de sa majesté. Pour le grand retour de James Bond, qui a fêté cette année son cinquantième anniversaire, la franchise place Skyfall tout en haut de la hiérarchie 2012 avec 6,7 millions d’entrées. Outre sa place de leader annuel, il aura détrôné le record de Golfinger datant de 1964 et ses 6,6 millions d’entrées. La classe pour un film qui n’en manque pas !

 

Skyfall  devance d’une courte tête l’Age de glace : la dérive des continents et ses 6,5 millions d’entrées. Le film d’animation de la Fox aura tenu de longues semaines la place de leader avant de voir fondre sur lui le sculptural Daniel Craig. Depuis le second opus, les Age de glace cartonnent en France comme un peu partout dans le monde. La recette fait mouche au point qu’un cinquième épisode est déjà programmé.

Nous retrouvons, sur la troisième marche du podium, un film français avec la comédie « bondissante » d’Alain Chabat, Sur la piste du Marsupilami. 5,3 millions de spectateurs ont suivi les aventures folkloriques de la créature créée par Franquin. Ce succès confirme la popularité de Jamel Debbouze malgré les échecs de Parlez-moi de la pluie, de Hors-la-loi ou, dans une moindre mesure, Hollywoo (qui a quand même dépassé les 2 millions d’entrées l’année dernière).

 

1/ Les Films français

Les nombreuses suites et autres duos de circonstance n’auront pas réussi à sauver une année moribonde pour les films français attendus. Si seulement quatre films français auront dépassé les trois millions de spectateurs (contre sept pour des productions américaines, le Bond inclus), ils font tous partis du top 10 de l’année. Les films français représentent ainsi 36,6% de part de marché. L’année dernière ils représentaient 40,4%.

Malgré sa promotion « maousse costaud » que dire des 3,7 millions d’entrées d’Asterix et Obélix : au service de sa majesté. Qu’il s’agit d’un des plus gros bides de l’année en forme de déconvenue pour une franchise qui ne s’est toujours pas remis du catastrophique Astérix aux jeux olympiques. Si l’on excepte le score très correct – le seul ? – de la Vérité si je mens 3 (4,6 millions d’entrées) presque tous les films attendus ont patiné. Les Seigneurs et son casting de stars (2,7 millions), la comédie franchouillarde Stars 80 (1,8 million), le biopic sur Claude François, Cloclo (1,8 million) ou le duo Sophie Marceau / Gad Elmaleh dans Un bonheur n’arrive jamais seul (1,8 million).

D’autres ont évité de boire la tasse, mais de justesse. C’est le cas d’Un plan parfait avec Dany Boon (1,2 million d’entrées), de la suite de l’Elève Ducobu, Les vacances de Ducobu (1 million), de Populaire avec Romain Duris (le film devrait terminer sa course vers le million d’entrées) ou du troisième épisode de Kirikou (tout juste 1 million d’entrées là où les deux premiers totalisaient 1,5 et 2 millions d’entrées).

Justement, parlons de l’animation française. Si celle-ci démontre une réelle vivacité créative, bien supérieure aujourd’hui aux films d’animation américains, Pixar compris, le public ne suit pas. Ou bien timidement. Zarafa, joli conte historique, émarge en tête avec 1,4 million de spectateurs. C’est mince au vu des scores réalisés par l’animation pixelisée de l’Oncle Sam. Suivent Kirikou, donc, Erneste et Célestine (meilleure animation de l’année toujours en exploitation et bien parti pour achever sa carrière autour des 700 000 entrées), Le jour des Corneilles (316 000 entrées) et Le Magasin des suicides de Patrice Leconte avec moins de 300 000 entrées.

Question naufrage, Etienne Chatiliez tient le haut du pavé avec son Oncle Charles de piètre qualité. Lui, l’habitué au hit, a séduit moins de 300 000 spectateurs. Dans la même veine citons Comme un chef avec Jean Réno (346 000 entrées), le Capital de Costa Gavras (362 000 entrées) ou encore le sympathique Radiostars (560 000 entrées). Enfin, mention spéciale à la suite Mais, qui a re-tué Pamela Rose ?de Kad et Olivier. Il ne suffit pas de passer à la télé ou d’avoir fait les Choristes pour s’assurer du succès. Leur film aura bien du mal à dépasser les 300 000 entrées.

Heureusement quelques surprises demeurent. Comme les valeurs sûres. Les Infidèles (2,3 millions d’entrées) vogue sur l’effet Dujardin tandis que le Prénom (3,3 millions d’entrées quand même) prouve qu’une adaptation réussie d’une pièce de théâtre à succès peut fonctionner au cinéma. Saluons également les 2 millions d’entrées du film de Jacques Audiard, de Rouille et d’os. Un peu plus bas nous retrouvons la comédie rondouillarde, et surprise, Mince, alors ! (1,4 million d’entrées), le « thriller » signé Ozon Dans la maison (1,2 million d’entrées), les Kaïra (1 million), Catherine Frot et ses Saveurs du palais quasi millionnaire et l’excellente comédie dramatique Camille redouble (871 000 entrées). À noter que la palme d’or 2012 n’a pas raté sa sortie dans les salles. Amour, le film de Haneke, dépasse les 600 000 entrées et fait jeu égal avec le Ruban blanc du même réalisateur, palme d’or 2009. Terminons ce petit horizon des succès français avec le film international de Luc Besson, Taken 2. Mauvais et toujours aussi réac, le film d’Olivier Megaton se paye le luxe de flirter avec les 3 millions d’entrées, soit le 12ème plus gros score de l’année.

 

2/ Les films américains

Avec 53,2% la part de marché des films américains est en légère hausse par rapport à l’année dernière. Comme à son habitude rien de bien neuf puisque les films attendus ont fonctionné. Depuis maintenant quelques années, les films de super-héros tiennent la corde. C’est le cas cette année si nous enlevons de la liste le reboot malheureux de Spiderman, The Amazing Spiderman (2,5 millions là où les films de Sam Raimi réalisaient entre 5 et 6 millions d’entrées). Ainsi The Avengers se classe 5ème avec 4,5 millions d’entrées tandis que The Dark Knight Rises avec 4,4 millions d’entrées le talonne.

Outre le dernier épisode de la saga Twilight (4,3 millions d’entrées), l’animation US s’en sort bien avec Madagascar 3 (3,3 millions) et Rebelle (3 millions d’entrées). Contrairement aux Etats-Unis, le Dreamworks bat le Pixar. Une constante chez nous… Le Disney de Noël, Les Mondes de Ralph, est un échec cuisant et aura bien du mal a dépassé le million d’entrées. Comme pour Rebelle, il est distancé par le Dreamworks de fin d’année les Cinq légendes (1,7 million d’entrées à ce jour).

Les suites et autres franchises ont plutôt bien fonctionné entre un Sherlock Holmes 2 à plus de 2 millions, un Men in Black 3 itou (déception quand même pour une star comme Will Smith) et un Expendables 2 aux portes des 2 millions d’entrées. Prometheus, le grand film de SF proche de la génétique d’Alien de Monsieur Scott à, quant à lui, déçu avec son 1,8 million d’entrées. A titre de comparaison, Alien 4 de Jean-Pierre Jeunet, avait totalisé en 1997 2,8 millions d’entrées.

Au registre des adaptations, si Blanche-neige et le chasseur s’impose d’une courte tête (1,9 million d’entrées), Huger Games n’a rien du phénomène US (moins de 2 millions). Battleship ou John Carter ont en commun un score très faible pour des blockbusters (1 million de spectateurs chacun) et le Millenium de Fincher déçoit lui aussi avec un score sensiblement identique. Le Bilbo de Jackson devrait s’en sortir avec les honneurs mais ne sera pas le hit de l’année avec une fin de carrière probable entre 4,5 et 5 millions de spectateurs.

Bref, rien de neuf dans le monde du succès US. Ce qui scelle la politique absurde des franchises à tout va. Seule surprise, Projet X, comédie scabreuse d’une fête qui dégénère à plus de 1,8 million d’entrées. Le film fait mieux que Ted (1,3 million là où le premier Very Bad Trip dépassait les 2 millions d’entrées), que Jason Bourne l’héritage ou que la Colère des Titans, échec à 780 000 entrées.

 

3/ Le reste du monde

Dur, dur de récolter des miettes. Car le premier film hors français ou anglo-saxon est 66ème. Il s’agit du film d’animation belge, Sammy 2 (700 000 entrées). En deuxième position, nous retrouvons The Impossible, film espagnol tourné en anglais avec des stars internationales. Il est 92ème et proche des 500 000 entrées. Plus nous descendons dans la hiérarchie, plus l’éclectisme du cinéma mondial se fait sentir. Starbuck (Canada), Nikko le petit Renne 2 (Danemark), la Colline aux coquelicots (Japon) ou [Rec]3 Génesis (Espagne) dépassent les 300 000 entrées.

Reste les succès de films ayant eu peu de promotion mais qui, par le bouche à oreille, ont pu dépasser les 150 000 entrées. Nous pouvons citer Barbara, les Femmes du bus 678 (240 000 entrées tout de même), Monsieur Lazhar, the Raid, Royal Affair, les Enfants loups, Ame & Yuki et A en perdre la raison.

Aucune de ces productions n’aura réussi à attirer un public nombreux et rééditer le succès formidable d’une Séparation (1 million d’entrées en 2011).

Geoffroy Blondeau

Into the Abyss: métaphysique de la mort…

Into the Abyss: métaphysique de la mort…

into-the-abyss011Into the Abyss, le nouveau film-documentaire du cinéaste Werner Herzog, sonde les affres d’une société humaine peuplée de fantômes terrifiants, de douleurs sourdes, de sang projeté, de peines inconsolables, gangrenée par une violence aveugle aussi immature que paumée. Effroyable.

Cette décadence morale préoccupante située au Texas, Etats-Unis, pour les besoins du documentaire, prendrait sa source sur le lit d’une misère ordinaire (analphabétisme, précarité sociale, inculture structurelle…). Elle s’immiscerait dans les interstices d’une injustice béate devenue meurtrière. Herzog, pour étayer son analyse, revient sur un fait divers sordide, un jour de 2001, où, deux jeunes adultes de 18 ans commettent un triple meurtre de sang froid pour un simple vol de voiture. La spécificité du film tient par cette histoire de meurtres dans sa valeur d’exemple, images d’archives à l’appui, afin de pouvoir autopsier les dérives d’un système bancal par le biais de témoignages singuliers. Le réalisateur d’Aguirre questionne, s’interroge, veut comprendre pour interpréter – mais sans jamais juger – les différentes sources d’un mal incestueux car socialement déterminé capable de conditionner des actes aussi monstrueux. L’inhumain dans l’humain. Soit le paradoxe indépassable d’une société envers elle-même puisque génératrice de sa propre violence, qu’elle soit issue de la rue ou de l’appareil d’Etat.

Herzog opère, avec la malice qu’on lui connaît, un tour de force vertigineux : nous parler de l’acte de mort par le biais de ceux qui l’ont perpétué. A savoir Jason Burk (condamné à la prison à perpétuité) et Michael Perry (condamné à la peine capitale). Nous entrons, ainsi, par la grande porte de cette criminalité aveugle, presque invraisemblable dans sa folie meurtrière. Jason Burk et Michael Perry (une semaine avant son exécution) vont jouer le jeu, face caméra, et se dévoiler. Les monstres sont des hommes, des « pommes pourries » coincées dans un no man’s land indistinct ou bourreaux et victimes se confondent. Les valeurs morales vacillent puisque inopérantes face à un tissu social en décrépitude. Certains se battent pour s’en sortir. Malgré les coups du sort. Et puis la chance sourit, comme pour ce miraculé qui, après avoir reçu un coup de tournevis dans la poitrine long comme un avant-bras, rentre chez lui sans dire un mot.

Si la question de la peine de mort aux Etats-Unis est abordée par le cinéaste – qui prévient d’emblée qu’il ne peut accepter qu’un Etat puisse s’arroger le droit d’exécuter un être humain – celui-ci élargit sa réflexion en interrogeant l’ensemble des protagonistes concernés de près ou de loin par cette affaire (flics, victimes, témoins, meurtriers…). La force du réalisateur allemand réside dans sa capacité à faire parler. Les témoignages sont autant de pièces à conviction d’une œuvre complexe, riche et sociologiquement nécessaire. L’étude de cas revêt un caractère anthropologique lorsque nous comprenons que tout un chacun peut devenir victime, bourreaux compris. Cette ambiguïté, formidable d’un point de vue philosophique, ne remet pas en cause la culpabilité des condamnés. Elle replace la violence au cœur d’un système incapable d’endiguer le mal qui rôde. Comme la souffrance qui en découle. Celle-ci rythme chaque mot, chaque mouvement de caméra et chaque regard lancé par les différents protagonistes d’Into the Abyss.

Werner Herzog a su capter comme personne l’étrangeté d’une humanité en détresse affolée par sa propre incurie. Il prend acte et met en garde. Indispensable.

Geoffroy Blondeau

Note: 5/5

Into the Abyss. Un film de Werner Herzog. Sortie le 24 octobre 2012.

Durée 1h45.

Avis publié sur ecrannoir.fr

A quand le prochain film milliardaire ?

A quand le prochain film milliardaire ?

Les nouvelles aventures numériques de Tintin sont sorties le 26 octobre dernier à grand renfort promotionnel. Le démarrage fut tonitruant. La chute aussi. Ainsi, les échappées finales de notre petit reporter devraient avoisiner les 5,5 millions de spectateurs. Ce qui mettrait le film de Steven Spielberg à la quatrième place 2011, derrière Intouchables, Rien à déclarer et Harry Potter et les reliques de la mort partie II. Rien de déshonorant, donc, même si l’on pouvait s’attendre à mieux pour un personnage aussi iconique. De la même façon, sauf énorme carton aux Etats-Unis, il ne sera sans doute pas le quatrième film de l’année à prétendre dépasser le milliard de dollars dans le monde. Ses résultats à l’international, sans être mauvais (il vient de franchir les 200 millions de dollars), ne lui permettront pas de rejoindre Harry Potter et les reliques de la mort partie II (1,328 milliard de dollars), Transformers 3 (1,123 milliard de dollars) et Pirates des Caraïbes et la fontaine de jouvence (1,044 milliard de dollars).

Ces trois suites ont fait passer en quelques mois le nombre de films milliardaires de 7 à 10. Soit une hausse de 30 %. L’universalisation des codes narratifs des films hollywoodiens développés en 3D relief et diffusés sur de nouveaux marchés (on pense à la Chine) permet aux studios de miser sur des valeurs sûres susceptibles de franchir un tel cap synonyme de succès planétaire. Tintin, quant à lui, visera les 500 millions de dollars. A la clé, l’assurance d’une suite filmée par Peter Jackson. Quand celui-ci en aura terminé avec son Bilbo…

Les vacances de Noël approchant, je vous propose donc une petite respiration en vous livrant une liste de films susceptible d’atteindre le milliard de dollars dans le monde. J’en ai choisi 10, classés par ordre décroissant, et s’échelonnant jusqu’à fin 2013. Ils ne réaliseront pas tous cet objectif. Une quasi-certitude demeure : le diptyque de Jackson. Il est mon favori et je ne vois pas comment, sauf désastre artistique complet, il ne pourrait pas attirer les foules du monde entier.

1 &2 / Bilbo le Hobbit – Sortie en décembre 2012 et décembre 2013

Le diptyque de Peter Jackson nous raconte les aventures de Biblo Baggins (Sacquet en français) 70 ans avant les aventures de son neveu Frodon. L’immense succès de la trilogie du Seigneur des anneaux allié au savoir-faire de Peter Jackson (l’utilisation d’une 3D qu’on dit innovante et cadencée à 48 images/seconde), devrait permettre sans mal aux deux films de dépasser le milliard de dollars dans le monde.

3/ The Dark Knight Rise – Sortie en juillet 2012

Clap de fin pour Nolan et sa « trilogie » autour de Batman. Si le troisième opus est aussi bon que les deux précédents, le milliard se profile. De plus, le réalisateur aurait trouvé en Tom Hardy un acteur capable de rivaliser avec la prestation du regretté Heath Ledger. En tout cas, nous y croyons.

4/ L’Age de glace 4 – Sortie en juillet 2012

Scrat et ses amis sont de retour pour un quatrième épisode. Les résultats internationaux du troisième opus plaident en sa faveur. Si le film réalise un score US conséquent, nous voyons bien l’Age de glace 4 se rapprocher du score du quatrième Pirates des Caraïbes. Et, par la même occasion, dépasser le milliard.

5/ Monster University – Sortie en juin 2013

Pixar aurait-il du mal à se renouveler ? Après Toy Story 3 et Cars 2, voici la suite – 12 ans après – de Monsters & Cie. Si cette suite est aussi réussie que Toy Story 3 tout est envisageable. Thème universel par excellence, il peut s’imposer partout et le milliard sera atteint sans l’ombre d’un doute.

6/ Superman (Man of steel) – Sortie en juin 2013

L’homme d’acier est de retour sous la direction de Zack « 300 » Snyder. Produit et scénarisé par Christopher Nolan (avec David S. Goyer), la direction artistique sera bien différente de celle de Bryan Singer. Le potentiel est énorme et si Snyder ne s’empêtre pas dans ses tics visuels, le fils de Jor-El pourrait bien faire un carton. D’autant que le casting est alléchant et la maîtrise technique du cinéaste plus à prouver. Difficile mais réalisable.

7/ The Avengers – Sortie en mai 2012

Produit par Disney (ouille !!), The Avengers est une équipe de super-héros de l’univers Marvel Comics réunissant, entre autre, Iron-Man, Hulk, Thor ou encore Captain America. L’idée marketing notoire est de reprendre les acteurs des personnages cités plus haut. On aura donc l’occasion de retrouver Chris Evans, Robert Downey Jr., Chris Hemsworth et Mark Ruffalo (celui-ci interprète Bruce Banner / Hulk en remplacement de Eric Bana et, plus récemment, Edward Norton). L’association peut faire mouche comme accoucher d’une souris. Le milliard est incertain, pas impossible.

8/ Spiderman – Sortie en juillet 2012

Cinq après la trilogie de Sam Raimi, Sony décide de relancer la franchise avec un reboot. Risqué ! Car les films de Raimi ont marqué de leur empreinte l’univers du super-héros au cinéma malgré un troisième épisode quelque peu brouillon. Réalisé par Marc Webb ((500) jours ensemble), the Amazing Spiderman ne prendra pas le risque de jouer sur les terres de l’inventif Raimi. Le ton sera différent. L’approche aussi. Le milliard sera très dur à atteindre, d’autant qu’il subira la concurrence du troisième Batman 15 jours après sa sortie.

9/Twilight révélation partie 2 – Sortie en novembre 2012

Comme Harry Potter cette année, la saga Twilight prendra fin en 2012. Et comme Harry Potter, le démarrage de cet ultime épisode risque de faire trembler la concurrence. Mais parviendra-t-il à titiller le milliard de dollars ? Toute la question est là. A priori, non. La base de son public étant plus restreint à l’international que pour le magicien de Poudlard, le challenge risque d’être hors de portée. À moins que…

10/ James Bond : Skyfall – Sortie en novembre 2012

Saluons le retour de James Bond pourtant sérieusement compromis après les déboires de la MGM. Daniel Craig rempile au côté d’un « grand » cinéaste, Sam Mendès (American Beauty, Les Noces rebelles, Away We Go, Les Sentiers de la perdition). Le challenge sera compliqué puisqu’il est en grande partie assujetti aux résultats US. Il faudrait que ce nouveau Bond dépasse les 200 millions de dollars aux Etats-Unis pour espérer taquiner les cimes du BO mondial.

Quelques outsiders (car il en faut toujours)

–          Mission Impossible 4 (sortie en décembre 2011).

Est-ce le retour de Tom Cruise vers les sommets du Box-office ? Possible. D’autant que la campagne marketing s’annonce bien mieux construite qu’il y a 5 ans. Et puis Cruise est toujours bankable à l’international. Si Brad Bird (Les Indestructibles, Ratatouille) réussi son passage au cinéma « live », le succès devrait poindre le bout de son nez.

–          Men in black 3 (sortie en mai 2012).

Encore une suite. De celle que l’on n’attendait pas vraiment, le 2 étant un quasi-naufrage artistique. Il y aura de la 3D, toujours les mêmes acteurs avec Josh Brolin en plus. Barry Sonnenfeld n’est pas un manchot, mais de là à signer un hit planétaire comme en 1997…

–          Madagascar 3 (sortie en juin 2012).

Le deuxième épisode était bien meilleur que le premier. En sera-t-il de même pour le 3 vis-à-vis du 2 ? En tout cas le film à toutes les chances de bien fonctionner à l’international. Si le film rebondit bien aux Etats-Unis, il pourrait dépasser le second opus (623 millions de dollars dans le monde) et se rapprocher, un peu, du milliard.