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Love & Mercy: pop, rock et dépression…

Love & Mercy: pop, rock et dépression…

Love-and-Mercy-affiche-15671À l’instar de J. Edgar de Clint Eastwood ou de I’m not here de Todd Haynes, Love & Mercy, du producteur-réalisateur Bill Pohland, ne peut se satisfaire de n’être qu’un « simple » biopic à la gloire d’une icône narré en mode chronologique. De fait, Love & Mercy n’est pas un long-métrage sur les Beach Boys mais une étude sur un artiste, véritable génie musical, incapable de se contenter d’aligner des hits à la gloire de la surf music.

La reconstitution s’émancipe alors de toute introduction inutile pour planter un décor anti-glamour puisque concentré sur la seule figure digne d’intérêt, le leader des Beach Boys, Brian Wilson. Le film, tout en restant très musical, se parcours par l’exclusive de son portrait, adopte un ton aussi intrusif (scènes d’enregistrement) qu’introspectif, en forme de plongée assez troublante dans la psyché d’un homme.

Pour essayer d’affronter avec pertinence la psychologie du personnage, le réalisateur va découper son film selon deux périodes distinctes espacées de vingt, dont le challenge consiste à trouver un point de jonction pour faire émerger, via l’influence majeure de Brian Wilson, le « vrai » son des Beach Boys. Ainsi, le déséquilibre mental progressif d’un fils ayant été battu par son père ne peut se dissocier de la part créative de ce même fils perturbé par des voix intérieures. L’apogée musicale des Beach Boys correspond à la fuite en avant d’un homme de plus en plus isolé, incompris, exclusif (il arrête les tournées, passe des journées entières à enregistrer, se dispute avec son cousin Mike Love membre du groupe…).

Nous l’avons compris, le décalage temporel entre les années 60, date à laquelle les albums Pet Sounds et Smile sont enregistrés (avec la fabuleuse partition Good Vibrations), et les années 80, date à laquelle Brian Wilson traverse l’enfer sous l’emprise psychologique du docteur Landy, permet de mettre en exergue le sacrifice mortifère d’un Wilson mue uniquement par son désir de musique. Plus qu’une sensibilité à fleur de peau, il souffrira de se voir consumé au point de se perdre dans un abîme de néant, d’incapacité sociale, de terreur schizophrène.

Prise isolément, la partie avec John Cusack à la fin des années 80, n’est pas des plus stimulantes. Discret, Bill Pohland se refuse à filmer la déchéance absolue d’une icône. Logique. Alors il esquisse une détresse, certes touchante, mais peu abrasive. Dès lors, et même si tout semble véridique, le cinéaste à tendance à forcer le trait à coup de pathos, d’amour transi, de postures caricaturales puisque survolant une période compliquée qui aura durée des années. Pourtant, en y regardant de plus près, nous nous rendons compte de l’incroyable prééminence de la musique, seule vérité absolue sur laquelle tout le film se rattache.Love_Mercy_La_Veritable_Histoire_de_Brian_Wilson_des_Beach_B

La dichotomie est temporelle. Elle n’est pas spirituelle. L’âme de Brian Wilson, même endormie, scintille d’une lumière qui ne demande qu’à être rallumée. Par cette liaison dans la perte de contrôle, comme de repères, le réalisateur transfigure l’essentiel de tout bon biopic musical : l’exploration du processus créatif. À ce titre, comment ne pas mentionner les différentes, et nombreuses, sessions d’enregistrement du film. Celles-ci sont bluffantes de maîtrise, imprégnées de cette musicalité si particulière puisque reconnaissable entre mille. La retranscription en images frôle la perfection, de l’élaboration des morceaux aux essais en studio en passant par l’interprétation magistrale de Paul Dano en Brian Wilson. Cette partie, même si elle est fragmentée pour correspondre au choix narratif de Pohland, constitue la pièce maîtresse du film.

Malgré une fin heureuse un peu rose bonbon (à l’image de celle de Sailor et Lula dans son éclatement de lumière faisant suite à des périodes plus sombres), Love & Mercy invite à redécouvrir la musique d’un groupe fondateur du rock moderne grâce au talent incomparable d’un homme torturé qui aura su vaincre ses démons.

 Geoffroy Blondeau

Note: 3,5/5

Love & Mercy. Un film de Bill Pohland. En salles le 1er juillet 015.

Durée 2h02.

Leonardo DiCaprio : un acteur exigeant et bankable…

Leonardo DiCaprio : un acteur exigeant et bankable…

LE-LOUP-DE-WALL-STREET-Affiche-France-2Le loup de Wall Street est la cinquième collaboration entre l’acteur Leonardo DiCaprio et le réalisateur Martin Scorsese depuis leur première rencontre ; et qui donna naissance à la fresque historique Gangs of New-York sorti en 2002 (2003 chez nous).

La date, comme le film, est charnière, puisqu’elle annonce dans la fureur et le sang, l’explosion artistique d’un acteur encore « bouffé » par son statut d’icône à midinettes suite au succès planétaire de Titanic (1997). Au-delà de la notion même de fidélité entre deux hommes nourris d’une même passion, Gangs of New-York révèle au grand jour les ambitions, forcément hautes, d’un acteur passionné comme obnubilé par l’expertise de son travail autour du jeu. Las d’être sans cesse renvoyé au Jack Dawson de Titanic, DiCaprio va prendre son destin en main pour se construire une carrière brillante, en tout point exigeante, parsemée de choix presque toujours judicieux. Soit l’exact opposé des sirènes entonnées par les studios hollywoodiens. Pour autant, il ne sortira pas du système, ni s’empêchera d’apparaître dans de superbes productions réalisées par les plus grands réalisateurs américains. Sacrifice nécessaire – celle d’une gloire planétaire pas toujours désirée par l’intéressé –, pour obtenir la liberté artistique dans une industrie tellement normée.

Un tel paradoxe est rare, et reflète les raisons de l’amour du public américain envers celui qui aura su, mieux que quiconque, incarner dans ses différents rôles la complexité d’une Amérique à la fascination intacte. Et les figures ne manquent pas pour celui qui a eu très tôt la reconnaissance de ses pairs (même si, paradoxalement, il attend toujours son Oscar). Les figures auront été historiques (Howard Hughes dans Aviator, Hoover dans J. Edgar), littéraires (Jay Gatsby dans Gatsby le magnifique) ou témoins d’une époque (Amsterdam Vallon dans Gangs of New-York, Franck Abagnale Jr. dans Arrête moi si tu peux, Franck Wheeler dans les Noces rebelles, Calvin Cardie dans Django Unchained, Jordan Belfort dans le Loup de Wall Street). Le reste de sa filmographie ne résiste pas à la notion du rôle dans sa dimension humaine, psychologique, en réaction avec l’environnement dans lequel il se confronte. Car, oui, il est presque toujours question avec DiCaprio de combat, de confrontation, d’interaction, de challenge, de perte de contrôle ou de survie. Inception, les Infiltrés, Mensonges d’état, Blood Diamond et, bien évidemment, Shutter Island, ont ceci en commun qu’ils n’enferment jamais l’acteur/personnage dans une case.

dicaprio34DiCaprio se débat alors comme un damné avec son/ses rôles (s) pour le (s) faire exister au-delà du genre ou des codes qui vont avec. Son exigence plaît. Son implication aussi. Sa façon de donner corps à un personnage, à coup sûr. Au point d’en faire parfois de trop. Néanmoins, il possède ce talent rare, presque magnétique, d’immortaliser après son passage les personnages qu’il aura incarné. En cela il perpétue le mythe propre aux géants d’un âge d’or du cinéma devenu intemporel. Il n’y a pas à sourciller, DiCaprio est une légende vivante, un acteur à part entière reconnaissable entre mille que le public veut voir. Il revendique, par son implication toute particulière, à la liberté du rôle. Peu importe où cela le mène. Une chose est sûre, vous ne l’avez jamais vu sauver le monde dans un blockbuster quelconque ou bien faire rire aux éclats la ménagère de plus de cinquante ans dans une comédie ordinaire. Par peur, évidemment, de devenir l’esclave d’un genre ou d’un rôle (il n’a jamais joué deux fois le même personnage), forcé qu’il serait de se plier aux codes hollywoodiens pour le moins avilissants.

Le succès de Leonardo, qui dure depuis quinze ans, fait de lui une « bête » du box-office capable de monter un film sur son seul nom. Question de maturité, de choix de carrière, d’exigence artistique. Adoré des studios, il s’est offert une liberté bien plus grande. En effet, si sa filmographie force le respect aussi bien dans son adhésion populaire que dans sa tenue qualitative, il le doit en grande partie aux réalisateurs qui l’ont fait tourner, Scorsese en tête. Avec Christopher Nolan, Clint Eastwood, Danny Boyle, James Cameron, Ridley Scott, Steven Spielberg, Quantin Tarantino, Sam Mendès, Baz Lurhmann ou encore Woody Allen, les conditions de son ambition émancipatrice sont réunies. Au même titre que l’empreinte qu’il est en train de laisser au cinéma comme, jadis, les Brando, Newman, McQueen, DeNiro. Avec sept films à plus de 100 millions de dollars en onze longs-métrages depuis Gangs of New-York (Titanic date de 1997), DiCaprio signe un sans-faute.

Mieux, il a imposé son visage, juste celui des grands hommes, comme des plus petits, et qui, par leur courage, habileté, petitesse, doute, passion ou désespoir, représentent, chacun à leur manière, une Amérique des possibles constamment torturée par sa propre histoire.

Geoffroy Blondeau

Disparition de Nelson Mandela (1918-2013) : Héros du monde, icône du cinéma…

Disparition de Nelson Mandela (1918-2013) : Héros du monde, icône du cinéma…

nelson-mandela2A l’annonce de la disparition de Nelson Mandela à l’âge de 95 ans, Idris Elba, présent à Londres pour présenter en avant-première le biopic Mandela : Long Walk to Freedom (qui sort chez nous le 18 décembre prochain), a réagit avec beaucoup d’émotion: « Ce fut un immense honneur que d’avoir incarné Nelson Mandela, un homme qui a défié l’injustice, fait tomber les barrières et gagner son combat pour les droits de l’homme devant la terre entière. Je suis sous le choc et fais mon deuil avec le reste du monde et la famille de Mabida ».

Nelson Mandela, symbole de la lutte pacifique comme armée contre l’horreur de l’Apartheid, enfermé plus de 27 ans dans la prison de Robb Island, prix Nobel de la paix en 1993 et premier président noir d’Afrique du Sud en1994, fut à de maintes reprises incarné au cinéma.

Tout commence en 1987 avec Mandela – interprété par Dany Glover –, téléfilm de Philip Saville retraçant la vie de cette icône vivante toujours incarcérée. En 1992, Spike Lee réussit l’exploit de le convaincre d’interpréter un professeur de Soweto dans son film Malcom X. Deux incarnations suivront. L’épisode de son emprisonnement raconté par Bill August dans Goodbye Bafana (2007) et celui de sa libération avec le téléfilm Mandela and de Klerk (1997) avec Sydney Poitier et Michael Caine.

Enfin, comment ne pas mentionner l’hommage rendu par Clint Eastwood dans Invictus (2009), film célébrant la vision d’une société arc-en ciel voulu par le nouveau président élu lors de la coupe du monde de rugby 1995. Incarné magistralement par l’acteur Morgan Freeman, celui-ci lui a rendu un bel hommage : « Neslon Mandela était un homme à l’honneur incomparable, à la force inépuisable et à la détermination sans faille, un saint pour beaucoup et un héros pour tous ceux qui chérissent la liberté et la dignité humaine ».

Geoffroy Blondeau

Killer Joe: La diabolique Amérique…

Killer Joe: La diabolique Amérique…

William Friedkin nous revient cinq ans après l’inespéré « Bug », vision paranoïaque d’une intensité maladive. Après un tel monument « claustrophobique », le réalisateur repart à la charge,  retrouve pour l’occasion le scénariste de « Bug », Tracy  Letts, afin de nous offrir un polar crasseux d’une amoralité confondante en forme de jeu macabre où le malin s’immisce à la moindre tentation. Killer Joe est violent, trash, sordide, virtuose, sorte de tragi-comique au suspense coupable. Ce qui n’empêche pas le film de virer, surtout dans sa partie finale, dans le grand-guinolesque. On lui pardonnera cette légère outrance visuelle – mais, au demeurant, assez jubilatoire –, l’intensité narrative ne faisant presque jamais défaut.

De fait, la force de Killer Joe va bien au-delà du pacte signé en lettres de sang entre Chris, le fils, et Ansel, le père, et Killer Joe Cooper, flic ripoux tueur à gages à ses heures. Si le réalisateur de French Connection n’y va pas avec le dos de la cuillère (scènes de nudité explicite, violence hardcore, perversions psychologiques, physiques ou sexuelles), il arrive à créer en continu des interstices d’ambiguïtés entre chaque situation, chaque personnage, chaque rebondissement. D’où la sensation d’assister à une farce diabolique ou l’exubérance des caractères convoqués nous renvoie à l’image d’une Amérique profonde incapable de voir le mal qui la ronge, la nécrose, la tue. L’aspect cru du film – que certains trouveront caricatural, stéréotypé, gratuit dans sa violence conclusive – flingue la moindre humanité au profit d’un jeu de dupe où les faiblesses de chacun deviennent les arguments implacables d’un cinéaste qui sait manier comme personne l’art de l’ironie.

Friedkin se délecte de ces figures tristes, malchanceuses car paumées, contraintes de subir et de faire subir une violence au quotidien, inscription fataliste d’une société télévisuelle avilissante remplit de mobile-homes vétustes où se scellent les drames humains. La farce est macabre, le happy end proscrit, le refuge impossible. De cette démence viendra le mal, incarné par un Matthew McConaughey transfiguré. L’acteur semble opérer un changement de trajectoire et prête son physique de play-boy au service de cet ange exterminateur. Electrisant en diable, parfait en Lucifer manipulateur, jouisseur, froid et implacable, il tient ici le rôle de sa vie (deux scènes risquent de devenir culte. Celle avec la fille Dottie (Juno Temple) et celle avec la belle-mère (Gina Gershon)). Le reste du casting est au diapason avec une mention spéciale à Gina Gershon (Bound des frères Wachowski , Showgirls de Paul Verhoeven) en femme humiliée lors d’une séquence tout bonnement incroyable.

Killer Joe distille une vivacité étonnante de la part d’un homme de 77 ans (un peu comme Clint Eastwood dans Gran Torino, 2009). Cette danse avec le diable ne peut laisser indifférent. C’est un pied de nez brillant, aussi gratuit qu’effroyable, sur les dérèglements des valeurs quelles qu’elles soient. La raison ? C’est qu’il n’y a plus de valeurs, juste des hommes et des femmes soumis à leurs propres regards. L’impertinence de Friedkin nous offre, à défaut d’un grand polar noir métaphysique sur le concept du bien et du mal, un drame familial virtuose sur la décadence de notre civilisation.

Geoffroy Blondeau

Note 4/5

Killer Joe. Un film de Williams Friedkin. Sortie le 5 septembre 2012

Durée. 1h42

J.Edgar: l’histoire américaine…

J.Edgar: l’histoire américaine…

Comme tous les hommes de pouvoir, J. Edgar Hoover était un personnage complexe. Et c’est bien de cette complexité dont il est question dans le 32e long-métrage de Clint Eastwood, biopic psychologique autour d’un homme qui aura été à la tête du FBI pendant 48 ans (1926-1972). Un record. Pour autant, on ne sait pas grand-chose de cette figure emblématique américaine. Sauf qu’il usait et abusait de sa fonction pour assurer la sécurité intérieure du pays quitte à enfreindre les lois. Durant cette période, le FBI lui est indissociable. De sa personnalité, de ses influences, de ses angoisses, de ses abus, de ses manœuvres (il aura « bâillonné » maints puissants et survécu à huit présidents) comme de son patriotisme exacerbé (lutte acharnée contre la menace rouge).

C’est cette indissociabilité entre une personnalité hors norme et une organisation d’État en quête de crédibilité qui a séduit Eastwood. Également Di Caprio, puisque l’acteur lui donne corps avec le brio qui le caractérise (au même titre que sa composition d’Howard Huges dans Aviator de Scorsese). Bien qu’imparfaite, la raison d’être du film provient de cette imbrication exclusive faisant de J. Edgar Hoover un homme seul enfermé dans ses convictions et ses mensonges les plus intimes. Si le traitement s’appesantit parfois longuement sur le caractère ambigu d’un homme dominé par la paranoïa, le ton, on ne peut plus classique, n’est pas sans rappeler la grande tradition Hollywoodienne des films à Oscars. On se dit qu’un tel rôle ne pouvait qu’échoir à Di Caprio. En effet, que ce soit dans Aviator, Shutter Island, Arrête moi si tu peux ou Inception, il culmine dans l’interprétation de personnages ambivalents, torturés ou rongés de l’intérieur.

Si J. Edgar aborde plusieurs thématiques, elles ne le sont jamais de front. Ni en profondeur, d’ailleurs. La narration, composée d’allers-retours temporels, s’attache avant tout à décrypter la personnalité du directeur du FBI via un rapport de force constant ou rien n’est, semble-t-il, laissé au hasard. Sous la houlette du réalisateur, Hoover devient un personnage autoritaire, aussi froid qu’implacable, comme prisonnier entre ce qu’il ressent et ce qu’il pense devoir faire pour assumer jusqu’au bout ses responsabilités de chef de la sécurité intérieure. Le portrait, très dense (trop sans doute), jongle ainsi sur les périodes, les événements et les rencontres, sans jamais prendre le temps de nous les exposer.

De fait, la direction est autre. Elle sera psychologique. Intérieure. Labyrinthique. Guidée par un Hoover assailli de peurs. Le point de vue des différentes thématiques est alors subjectif puisque dicté par Hoover lui-même (au sens propre comme au figuré). Clint Eastwood refuse le biopic conjoncturel au profit d’un biopic s’attachant à construire et déconstruire le mythe d’un homme carriériste insensible à l’usure du temps. Sa vie privée sera inlassablement guidée  par sa relation au pouvoir (des nombreux dossiers secrets montés illégalement à sa haine des Kennedy), aux femmes (relation avec sa mère (Judi Dench) et sa secrétaire (Naomi Watts), aux hommes (amour frustré envers son plus fidèle compagnon, Clyde Tolson (Armie Hammer), à la sexualité (homosexualité refoulée) et à l’estime de soi (besoin de reconnaissance). Qu’on soit dans les années trente ou les années soixante. La problématique reste la même.

En argumentant de la sorte, le cinéaste enferme son icône dans des postures égales ou l’importance des parties dialoguées prend le dessus sur une imagerie pourtant essentielle. La conséquence est immédiate et cantonne le long-métrage dans une superficialité sociopolitique absolue, édulcorant, de fait, l’incarnation voulue par le cinéaste de Mystic River. Pourtant la mise en scène d’Eastwood ne s’écarte jamais du personnage. Elle le triture, joue avec, le défigure pour en faire ressortir une peur primale : celle de voir l’Amérique ébranlée dans ses fondations puritaines. Un peu comme son refus, quarante durant, d’affirmer au grand jour (et donc à lui-même) son homosexualité. Sa vie privée est un sanctuaire immaculé qu’il ne faut surtout pas salir quitte à faire souffrir son amour de toujours, Clyde Tolson.

Figure à la fois terrifiante et fragile, Hoover aura fait de son FBI un espace de revanche, une vitrine d’actions héroïques savamment mis en scène, une structure de contrôle dont nous ne saurons rien (de ce point de vue, le film de Michael Mann, Public Ennemies, est plus instructif) et une forteresse de verre pour se préserver des aléas d’une vie exposée. L’aspect chirurgical de la mise en scène ne laisse aucun doute. Clint Eastwood vient de réaliser le premier biopic à l’incarnation désincarnée.

Geoffroy Blondeau

J.Edgar. Un film de Clint Eastwood. Sortie le 11 janvier 2012.

Durée 2h15

Critique publiée sur ecrannoir.fr