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J’ai enfin vu Logan… et c’est bien!

J’ai enfin vu Logan… et c’est bien!

Logan2jpgLogan est-il vraiment un film de super-héros au sens Marvel du terme ? Si l’on tient compte du traitement apporté par son réalisateur James Mangold, la réponse est non.

Néanmoins, Logan assume son personnage – il serait temps, vu qu’il s’agit du troisième opus sur Wolverine – en nous décrivant avec brio la déréliction du super-héros comme le syndrome d’un monde dans l’obligation de trouver de nouvelles icônes.

Le monde post-apocalyptique tel qu’il est présenté – nous sommes en 2029 – devient l’écrin idéal pour la légitimation d’une violence sourde, inéluctable, presque nécessaire. Dès le commencement, l’hallali résonne. Aucune échappatoire, ni de happy-end irraisonnable. L’approche rassure, confortée par une trame narrative construite comme un écho à rebours d’une mort annoncée. Voilà pourquoi l’ADN Marvel, comme des X-Men, fuite au compte-gouttes, dans cette ordalie autour de son acteur historique, Hugh Jackman. En effet, les deux destins sont liés et la figure héroïque comme seul représentant valable d’un anti-héros au bout du rouleau, vacille pour mieux nous atteindre. En partant de ce postulat, Hugh Jackman n’aura jamais été aussi touchant, aussi juste, aussi Wolverine.

Si l’histoire développée d’un point de vue évènementiel, pour ne pas dire scénaristique, ne séduit pas complètement, le film assume sa trajectoire intimiste afin de mieux redéfinir la singularité d’un personnage à la puissance tragique imparable. Comment, en effet, pourrions-nous nous détourner de ce Logan et valider le recours contestable d’une adversité de pacotille incapable de faire exister Wolverine par effet de contrepoint. De la même façon, il nous paraît dérisoire d’analyser une telle proposition filmique sous l’angle unique de la confrontation où seule la justice des « bons » triompherait.

Les héros ont disparu. De fait, Wolverine semble embrigadé dans sa propre antériorité, elle-même constamment rappelée par un état physique déplorable et à des années lumières du héros sauvage qu’il fut. En assumant cette réalité, James Mangold conditionne la redéfinition de la figure du super-héros dans une brume de nostalgie très cinématographique, à défaut d’être absolument pétaradante. Si nous sentons, çà et là, la tentation de réveiller la fureur originelle du mutant griffu, le réalisateur préfère détourner l’ordre établi pour façonner un drame crépusculaire animé par le jeu des postures.

Dans Logan, tout est organique, physique, ressentie, enduré, douloureux, sacrificiel. La posture prend forme en rébellion du héros attendu – c’est-à-dire pour ce qu’il est dans sa caractérisation propre – afin qu’il devienne autre chose. Cet autre chose, ici dans Logan, penche invariablement vers cette mythologie mémorielle qui aurait, en toute logique, l’aspect de la figure archétypale du vieux cowboy solitaire des westerns post âge d’or Hollywoodien. D’ailleurs, vous ne trouverez aucune référence aux comics (c’est même le contraire) mais bien envers cet anti-héros ambivalent que l’interprétation très « Eastwoodienne » de Jackman renforce encore un peu plus.

WolverinePar ce choix plutôt osé dans la production actuelle de blockbusters aussi insipides, qu’inoffensifs, le metteur en scène n’essaye pas de réactualiser un Wolverine qui se laisse de toute évidence dévorer par sa propre légende. Et c’est là où réside la grande force d’un film testament ne cédant jamais vers la caricature facile d’un Logan de moins en moins Wolverine. La scène, fort réussie, où des enfants mutants s’amusent à redonner à Logan son « look » d’antan pour que celui-ci corresponde au vrai Wolverine – celui des comics –, ne dit pas autre chose.

Oui, Logan se meurt durant tout le film. Oui, il accomplira une dernière fois son devoir. Mais, au bout du compte, le temps aura fait son affaire comme il aura assuré la décrépitude d’un monde orphelin d’espérance. Touché dans sa chair par sa propre mutation, Logan erre comme une âme en peine en demande de rédemption. La mort du Professeur Xavier, concomitant avec le sort des enfants mutants, lui donnera l’occasion de choisir sa fin et d’offrir un semblant de liberté dans un monde où le temps est compté.

J’ai parlé plus haut de drame crépusculaire. En effet, Logan n’existe que pour cette raison en se faisant le représentant d’un monde déchu, d’une époque révolue, d’une croyance tarie. Mais le mythe lui, toujours, demeure, comme une empreinte indélébile d’un anti-héros ultra charismatique en phase avec la lecture populaire et sociologique des Comics.

Avec Logan, James Mangold ne cherche pas à réinventer un Wolverine 2.0 ou à relancer la franchise en accommodant la psychologie du personnage vers une forme de modernité de façade. Il laissera cela à d’autre, dès que le studio sera préoccupé à rebooter la franchise.

Le réalisateur préfère, et de loin, questionner la figure classique du super-héros dans sa dimension morale faisant de ce type de pouvoir, plus une malédiction qu’un don du ciel. La question de l’aberration d’une mutation se déplace pour aller questionner celle, plus éthique, de la légitimité de prodiguer le bien en commettant des meurtres.

Si les héros disparaissent un jour, ils ne meurent vraiment jamais.

Geoffroy Blondeau

 

Un été en pente douce…

Un été en pente douce…

L’été US s’est achevé et avec lui la valse des sorties estivales commencées depuis le mois de mai. L’exercice 2012 a déçu, accusant une baisse de 2,6% par rapport au total de l’an dernier à la même période.

–          6 mai / 4 septembre 2011 : 4,4 milliards de $

–          4 mai / 3 septembre 2012 : 4,3 milliards de $

Troisième meilleure période en chiffres bruts derrière les sessions 2009 et 2011, la situation n’est plus la même si l’on prend en compte le nombre de billets vendus. En effet, avec 530 millions de spectateurs, l’été 2012 obtient le plus mauvais score depuis 15 ans. Malgré son démarrage tonitruant à mettre à l’actif des Avengers, le box-office estival aura terminé sur les rotules, comme asphyxié par un trop plein de longs-métrages interchangeables (218 films sur la période mai-août) malgré quelques bonnes surprises. De quoi faire grimacer les pontes des grands studios…

Pas surprenant, dès lors, de constater que les cinq premiers films de l’été (The Avengers, The Dark knight rises, Amazing Spiderman, Rebelle et Ted) représentent 41% du total des entrées. Soit le pourcentage le plus élevé depuis 20 ans. À titre de comparaison les cinq premiers films de l’été 2011 ne représentaient que 32%. Néanmoins, et grâce à un remarquable premier trimestre (merci Hunger games), la tendance à mi-saison s’inverse pour un gain de 3,6% par rapport à 2011. À ce titre, la fin de l’année risque d’être intéressante avec les sorties du dernier Twilight, du 23ème James Bond Skyfall, du Bilbo de Peter Jackson, du Lincoln de Spielberg et des films d’animation Les Mondes de Ralph (Disney), Rises of Guardians (Dreamworks) et Monsters, Inc. (3D) (Pixar).

 

Voici mon classement des principaux films l’été 2012 répartis en 3 catégories :

 

Les succès

The Avengers

Personne ne s’attendait à un tel succès. Le film de Joss Wedhon jouait au quitte ou double avec son budget à 220 millions de $ et sa réunion de super-héros estampillés Marvel. La stratégie de la Marvel (parler des Avengers et du SHIELD dans Thor, Iron-Man ou Captain America) aura été payante. La qualité du film a fait le reste. Après son incroyable démarrage (meilleur week-end de tous les temps avec 207 millions de $), le film s’est remarquablement bien maintenu pour aller côtoyer les cimes du box-office (622 millions de $). La suite est déjà sur les rails avec une date de sortie prévue au 1er mai 2015.

The Dark knight rises

Le 3ème opus de la saga Nolan termine donc à la deuxième place du classement. Terrassé par les Avengers, le super-héros DC Comics ne démérite pas pour autant puisqu’il va terminer sa course vers les 440-450 millions de $. Sa très nette progression à l’international (plus de 600 millions de $), lui permet de dépasser le milliard dans le monde. Il devient, par la même occasion, le deuxième film de l’année à se hisser à cette marque derrière l’intouchable Avengers et son 1,5 milliard. Il devrait finir à la septième place devant Pirates des Caraïbes 2 (1,066 milliard de $) et derrière le Retour du Roi (1,119 milliard de $).

Ted

Il s’agit du succès surprise de l’été. Il en faut toujours un et c’est lui, le nounours en peluche animé trash, grossier, buveur de bières. Avec 217 millions de dollars aux Etats-Unis pour un budget de 50 millions, ce film R-rated avec Mark Whalberg prouve que l’originalité paye. Classé 7ème film R-rated de tous les temps sur le sol américain, le film a dépassé les 400 millions de dollars à travers le monde et sortira chez nous le 10 octobre prochain. À signaler qu’il s’agit du plus gros succès de l’été pour Universal devant Blanche-neige et le Chasseur et le très décevant Battleship.

Madagascar 3

La franchise Madagascar reprend du poil de la bête après un deuxième épisode légèrement décevant au box-office US. La progression n’est pas anodine puisque l’on passe de 180M$ à plus de 215M$. Le ton bariolé et psychédélique de cet épisode a séduit bambins et ados du monde entier. Le film est certain de dépasser son prédécesseur à l’international pour un cumul qui devrait approcher les 700 millions de $ dans le monde. De fait, un quatrième opus est presque sûr de voir le jour. Sans être forcément une mauvaise nouvelle, il serait de bon ton que la qualité du prochain film sur Alex et ses amis suive la même courbe que celle des billets verts.

L’Age de glace : la dérive des continents

Situation paradoxale pour ce quatrième opus des aventures de Scrat et de ses amis. Car avec 158M$, le film est le moins lucratif de la franchise. Et de loin. Néanmoins on ne peut raisonnablement pas parler de déception puisque le film, doté d’un budget raisonnable (95M$ là ou Rebelle en a coûté 185M$), s’est envolé à l’international avec 676M$. On ne sait pas si une suite est d’actualité mais, à l’instar d’une franchise comme Madagascar, le succès à l’étranger suffit presque à rentabiliser la production du film.

Magic Mike

Deuxième surprise de l’été, le film de Soderbergh a affolé les compteurs. Rendez-vous compte : 7M$ de budget, 113M$ de recettes. Un tel pactole a dû rassurer Sony sans doute un peu déçu des résultats de son MIB 3. Autre gagnant. Channing Tatum. Cette année, l’acteur de G.I : Joe place trois films au-delà des 100 millions de dollars. Magic Mike, donc, the Vow (125M$) et 21 Jump Street (138M$).

The Best Exotic Marigold Hotel

Cette programmation décalée par rapport à la saison estivale a conquis son public. Le film anglais avec Judi Dench, Maggie Smith et Tom Wilkinson a presque quintuplé son budget (10M$) pour atteindre les 46 millions de dollars. Pas mal du tout. Et comme le film n’a pas été un manchot à l’étranger (85M$), il fait partie de ces films à la rentabilité folle.

 

Avant de parler des déceptions, arrêtons-nous sur les films Amazing Spiderman et Rebelle.

Amazing Spiderman

Pourquoi ne pas l’avoir mis dans la catégorie des succès ? Justement parce qu’il s’agit d’un Spiderman. De fait, réaliser moins de 300M$ sur le sol américain (261M$ pour être exact) malgré l’apport de la 3D, ressemble à une vraie déception. Comme si l’effet marketing l’avait emporté, une fois n’est pas coutume, sur l’aspect artistique d’une relecture aussi précoce. Néanmoins il ne faut pas se leurrer et totaliser 750 millions de $ dans le monde est plus que suffisant pour mettre en chantier une suite.

Rebelle

Là encore nous aurions pu mettre le dernier Pixar dans la catégorie des succès. Totaliser 233 millions de dollars US en fin de carrière, c’est mieux que Madagascar 3, The Lorax ou encore l’Age de glace 4. Mais à l’instar de Cars 2 ou de Wall E, Rebelle n’arrive pas réellement à percer à l’international. Pour le moment le film émarge à 266M$. C’est bien mais très loin des 676M$ de l’Age de glace 4 et des 404M$ de Madagascar 3. Le succès monde reste bon mais certainement en deçà des espérances.

 

Les déceptions

MIB3

Il aura fallu attendre dix ans pour voir sur nos écrans la suite des aventures des hommes en noir. Dix ans et une 3D en plus. Malgré l’inflation et l’apport de cette lucrative technologie, MIB3 n’a pas atteint les 200M$. Il devient même l’opus le moins rentable de la franchise avec 179M$. La déception est grande surtout que le film, sans être d’une innovation folle, n’est pas déplaisant à regarder. L’international sauve cette production à 225M$. MIB3 peut dire merci aux MIB et à Will Smith, toujours aussi populaire à travers le monde.

Blanche-neige et le Chasseur

Adaptation assez libre à l’inscription merveilleuse plutôt créative, ce Blanche-neige un brin guerrier s’en sort avec les honneurs. Mais il a coûté cher (175M$) et n’a pas beaucoup rapporté à l’international. Les 400 millions de dollars n’ont pas été franchis mais s’en rapprochent (396M$). Il se murmure à Hollywood un spin-off avec le chasseur et la star de Thor, Chris Hemsworth.

Prometheus

La préquel de Ridley Scott, rondement marketé jusque dans ses campagnes virales, a réalisé un excellent démarrage. Puis le film s’est effondré pour clore sa carrière à 126M$. Pas si mal pour un film de SF classé R-rated, même si le bouche à oreille n’aura pas permis au film d’atteindre les cimes du box-office. Il sera sauvé, lui aussi, par sa carrière mondiale. 260M$ et un cumul à 385 millions de dollars pour un budget estimé à 130M$. Déception, donc, mais aucunement un échec.

The Bourne Legacy

Spin-off ou reboot, telle est la question. En tout cas le film de Tony Gilroy ne rééditera pas les résultats de la trilogie originale. Le film avec Jeremy Renner aura bien du mal à dépasser les 121M$ du premier Bourne. Un final à 115 millions nous semble raisonnable. Son parcours à l’international devrait le rendre rentable et pourrait, là encore, anticiper un nouveau chapitre.

 

 

 

 

 

 

Expendables 2

Le deuxième opus des bad guys fait moins bien que l’original. Alors que le premier film avait fini sa carrière au-delà des 100 millions de dollars, cette suite devrait terminer sa course vers les 85-90M$. Allez, ce n’est pas si mal ! Surtout que les vieux cartonnent un peu partout dans le monde. Les 300 millions de dollars sont réalisables, prouvant qu’un actionner à la sauce 80’s peut fonctionner.

Les échecs

Dark Shadows

Le dernier Burton marque la 8ème collaboration du cinéaste avec Johnny Deep. Alors qu’Alice au pays des merveilles a rapporté plus d’un milliard de dollars dans le monde, Dark Shadow se contente d’un score anodin, indubitablement décevant. Le film n’est pourtant pas mauvais, retrouve par bribes la classe créative de Burton en nous contant cette histoire de vampire à travers les âges. Totaliser moins de 250M$ dans le monde pour un coût de production évalué à 150 millions de dollars est une véritable sanction pour un film qui ne le méritait pas. Dommage.

Battleship

Peter Berg, auréolé de son succès avec Hancock, a essayé de nous proposer une variation improbable du jeu « Touché-Coulé » en mode Transformers. Le public n’a pas suivi. 65 millions de dollars engrangés pour un coût de production estimé à plus de 200M$, c’est l’un des plus gros échecs de l’année. Taylor Kitsch, l’acteur principal, se remarque au même titre que Channing Tatum mais comme le looser de l’année. A son actif ; Battleship et le désormais tristement célèbre John Carter.

Total Recall

Mais pourquoi diable avoir pris la décision de proposer le remake du film de Paul Verhoeven sortit en 1990 ? Un peu comme le Conan de Nispel, le film de Len Wiseman s’est pris les pieds dans le tapis. Les 58M$ de recettes restent bien insuffisants pour un tel potentiel scénaristique, fut-il un remake hasardeux porté un Colin Farrell devenu bien fade. Le manque d’ambition de ce type de production flingue l’esprit créatif d’un Hollywood de plus en plus craintif à proposer de l’exclusif, de l’originalité, de jamais vu.

Abraham Lincoln : chasseur de vampires

L’originalité ne paye pas toujours. C’est le cas pour le film de Timor Bekmambetov, indigeste variation d’une histoire revisitée à l’emporte pièce. 37 millions de dollars plus tard, même les geeks en demande de nouveauté sont restés sur leur faim. L’international n’a pu sauver un film ou peu de chose l’est.

Rock of Ages, Crazy Dad, The Watch

Trois films d’un trio de stars historiques et trois échecs retentissants. Tom Cruise (même s’il n’est pas la star du film), Adam Sandler et Ben Stiller se sont fait écrabouiller par le film de Soderbergh. Est-ce la fin d’une époque pour ces trois stars ? Surement pas même s’il faut avouer qu’ils n’arrivent plus à rencontrer le succès à chaque film. Quant un film est médiocre une star ne peut pas tout. Ce qui est le cas avec ces trois films.

Geoffroy Blondeau

Expendables 2: les héros ne meurent jamais…

Expendables 2: les héros ne meurent jamais…

 

Oyez, oyez braves spectateurs – masculins de préférence – pour qui l’été 2012 manquait cruellement de testostérone comme de gros bras musclés aux vilains tatouages, les bad guys de l’équipe des Expendables sont de retour dans la chaleur d’un opus bis bien décidé à vous en mettre plein les mirettes. Car la recette est la même, sans aucune variation. Si ce n’est d’appuyer un peu plus sur l’accélérateur du film bourrin à souhait, sorte d’apothéose indépassable de l’ « actioner » made in 80s. Pour tous ceux qui trépignaient d’impatience à l’idée de retrouver Stallone, Statham, Li, Lundgren, Couture, Crews et les guests Willis et Schwarzenegger, n’ayez crainte, ils vont vous donner du plaisir coupable, entre bons mots et « dégommage » de méchants dans les règles de l’art estampillé série B. Mais une telle suite ne serait rien sans un petit plus marketing. La présence de Chuck Norris et de Jean-Claude Van Damme nous l’apporte comme sur un plateau, ressort scénaristique à l’appui, puisque notre karatéka belge endosse pour l’occasion le rôle du méchant de service.

Expendables 2, réalisé par Simon West et non Stallone (il a préféré retrouver ses petits copains comme simple acteur), envoie du lourd dans un joyeux bordel autoréférentiel, limite parodique, pour mieux se moquer d’un scénario d’une pauvreté abyssale. L’engagement scénaristique ne s’embarrasse d’aucune pudeur pourvu que le moteur de l’action, la vengeance dans ce cas précis, parvienne à stimuler l’implication héroïque de notre troupe de vieux briscards spécialistes des missions commando. Mais l’action qui s’y déploie est en retrait vis-à-vis du premier opus un peu comme si l’âge de nos chers mercenaires les aurait enfin rattrapés. La frustration pointe alors le bout de son nez sans crier gare malgré une introduction en mode destruction massive de PlayStation. Si le climax ne déçoit pas, l’affrontement final si. D’ailleurs il revendique à lui seul ce qu’est le film : une réunion de stars sur le déclin, icônes remarquables d’un cinéma lui aussi sur le déclin – s’il n’est pas déjà mort – et dont Stallone en est la figure de proue.

Chacune des stars en question sera servie au détriment de la logique interne du film qui devient, par la même occasion, une vitrine à héros. De là, aussi, le sentiment d’assister au chant du cygne d’un film choral à la structure bordélique car je-m’en-foutiste, moins carré que le premier, moins bien filmé, comme si l’implication de Sly dans l’hommage rendu aux « actioners » des années 80 avait de toute façon déjà été réalisée en 2010. L’engagement est autre. Du côté des gueules, des physiques marqués par l’épreuve du temps, comme figés dans l’ère d’un Reaganisme ringard assumé jusque dans son rapport iconique par l’inénarrable Chuck Norris. Mais le second degré n’est pas totalement absent, au contraire, comme le prouve l’intervention d’un Schwarzenegger prompt à piquer la plus belle réplique de John McLane/ Bruce Willis. Tout n’est donc pas à jeter pourvu que l’on comprenne les intentions forcément roublardes d’un Stallone s’amusant comme un petit fou avec sa brochette de copains.

Et Stallone dans tout cela ? Il sait qu’il n’est pas immortel. Du moins physiquement. Alors il en profite, joue des postures, en abuse, se crée le beau rôle en pourvoyeur d’icônes toujours debout malgré l’adversité. Il se moque de la mort en quelque sorte. Et de son film qui n’est pas très bon. Mais là n’est pas l’essentiel puisqu’il aura réussi son pari fou contre ses contempteurs historiques sur la foi d’un film indigent dont la vaillance obsolète aura su rencontrer le public. Le roi est mort, vive le roi !

Geoffroy Blondeau

Note 2/5

Expendables 2. Un film de Simon West. Sortie le 22 août 2012.

Durée. 1h42

Abraham Lincoln chasseur de vampires: esbroufe de russe…

Abraham Lincoln chasseur de vampires: esbroufe de russe…

Toucher à la figure tutélaire du 16ème président des Etats-Unis, l’abolitionniste Abraham Lincoln, pour en faire un super-justicier chasseur de vampires, il fallait oser. Surtout dans le cadre d’un blockbuster estival à l’esthétique discutable tant sur le plan visuel que sur l’expression de sa revisitation historique. Résultat : le film de Timor Bekmambetov (Nightwatch, Wanted) a connu une exploitation US calamiteuse, le public ayant fui le plat servi pour cause d’indigestion.

À dire vrai, Abraham Lincoln Chasseur de vampires se moque des vraisemblances, joue ostensiblement la carte de l’action dans l’épate gratuite, convoque un fantastique creux et se prend un peu, beaucoup en fait, les pieds dans le tapis de sa relecture kitch d’une guerre de Sécession pourtant omniprésente. Néanmoins le film brouille volontairement les cartes de part son scénario. En effet, au lieu de construire une pure fantaisie fantastico-gore faisant de ce Lincoln un personnage d’opérette, illusoire car improbable, prêt à en découdre (et à découper à la hache) avec la menace vampire, le film ose le révisionnisme historique en réécrivant les raisons de cette guerre (si l’abolition de l’esclavage n’est pas occultée, elle passe un peu au second plan). Le principe de réalité s’imbrique alors bizarrement autour de cette histoire de vengeance qui se transforme, dès la deuxième moitié du film, en une lutte acharnée entre deux camps, le chasseur devenant l’homme politique des livres d’histoire. La métaphore se dessine ici à coups de hachage grossiers, le climax se révélant par ailleurs très décevant suite aux enjeux soulevés.

Reste le spectacle. De ce point de vue le réalisateur russe n’est pas un manchot. Si l’on occulte tics visuels et scènes héroïques improbables dont il a le secret. La 3D est bien sûre convoquée dans une optique de pur divertissement. La vraisemblance des situations importe peu le cinéaste, pourvu que ça gicle, saute, virevolte, découpe. La séquence opposant Abraham et le vampire assassin de sa mère, en forme de course-poursuite au milieu de centaines de chevaux au galop, est tellement excessive, qu’elle en devient risible. Soit le maître mot d’une aventure bancale frisant la bonne vieille série B.

Geoffroy Blondeau

Note: 1/5

Abraham Lincoln chasseur de vampires. Un film de Timor Bekmambetov. Sortie le 08 août 2012

Durée. 1h45

Le producteur des Dents de la mer est décédé…

Le producteur des Dents de la mer est décédé…

Richard D. Zanuck, célèbre producteur des Dents de la mer de Steven Spielberg (1975), est décédé vendredi 13 juillet d’une crise cardiaque à l’âge de 77 ans à Los Angeles.

Fils du producteur, scénariste et réalisateur Darryl F. Zanuck (qui fut également le patron mythique de la 20th Century Fox), Richard D. Zanuck entre à la Fox en 1950, produit son premier film en 1959 (Compulsion), devient président de la Fox, puis vice-président de la Warner Bros. avant de fonder the Zanuck /Brown Compagny, société de production indépendante chez Universal.

Au cours des cinquante dernières années, il produira quelques grands succès comme La Mélodie du bonheur (1965), l’Arnaque (1973), les Dents de la mer (1975), Cocoon (1985), Miss Daisy et son chauffeur (pour lequel il obtint l’oscar du meilleur film 1990), Deep Impact (1998), Les sentiers de la perdition (2002) et plus récemment Charlie et la chocolaterie (2005).

Il aura, par ailleurs, travaillé avec Tim Burton à de nombreuses reprises de la Planètes des singes (2000) en passant par Sweeney Todd (2007), Alice au pays des merveilles (2010) ou pour le tout dernier opus du réalisateur Dark Shadows (2012).

Au-delà de cette glorieuse carrière, Richard D. Zanuck fit partie de ces hommes qui auront fait basculer l’industrie Hollywoodienne, issue de l’Âge d’or et surtout du nouvel Hollywood dont il fut l’un des artisans avec la Mélodie du bonheur ou l’Arnaque, vers  de nouvelles normes de production. L’ère du blockbuster, du marketing direct et du merchandising était née…

Geoffroy Blondeau

 

La planète des singes: les origines : révolte oui, guerre, non.

La planète des singes: les origines : révolte oui, guerre, non.

La Planète des singes : les origines n’est ni un remake, ni un reboot, ni une nouvelle adaptation du roman de Pierre Boulle et encore moins le prequel annoncé du film de Franklin J. Schaffner sortit en 1968 avec Charlton Heston pour tête d’affiche. Il s’agit, ni plus ni moins, que d’un blockbuster d’anticipation avec des singes. Ce qui ne le discrédite pas forcément, les points de comparaison s’avérant pour le coup caducs. En fait, le film de Rupert Wyatt s’énonce a contrario de son illustre aîné via un scénario ultra balisé, mixte maladroit car totalement inoffensif de la Mouche (David Cronenberg) de Splice (Vincenzo Natali) ou du Hollow Man de Paul Verhoeven.

Si le spectacle tient malgré tout la route, c’est en partie grâce à des effets spéciaux très réussis ainsi qu’à quelques idées de mise en scène. Mais c’est à peu près tout. Normal, le film est pensé grand public. Il demeure donc neutre, sans danger ni aspérités. Son point de départ, plus que classique (un jeune chercheur talentueux – James Franco un peu effacé – recueille l’unique singe rescapé d’expériences abandonnées visant à éradiquer la maladie d’Alzheimer), ne laisse aucune place pour construire une réflexion solide sur les dérives d’apprentis sorciers au nom de la science et au service du progrès. Le processus déclencheur accouche alors d’une souris. Malgré les différentes pistes esquissées. Celles-ci, assez nombreuses, sont noyées dans l’art-spectacle, faisant de la révolte d’un singe (César) une ode basique au droit à l’émancipation. On s’attendait à mieux. Ou en tout cas à quelque chose de plus consistant.

Autre remarque. L’intelligence développée par César ressemble à un décalque anthropomorphique, le réalisateur n’arrivant pas construire une intelligence unique en tout point spécifique qui serait issue de l’association d’une substance, d’une entité organique (le singe) et d’un environnement. L’aspect recherche est sacrifié dès les premiers plans au profit d’une relation entre le singe et son géniteur. Cette partie, au demeurant aussi courte que convenue, laisse la place à une troisième, cœur de l’intrigue : l’évasion. Soit la moins intéressante sinon la plus spectaculaire. En effet, le cinéaste nous invite à nous demander comment César va-t-il prendre les commandes de son destin. Comment va-t-il rompre avec son père de substitution et comment va-t-il réussir à gagner la forêt de séquoias surplombant la ville de San Francisco ? Voilà, peu ou prou, les enjeux de cette planète des singes réduite à quelques centaines de simiens au cerveau surdéveloppé.

Dans ce cadre les humains font pâle figure à l’exception, peut-être, du père du scientifique (John Lithgow) atteint lui-même par la maladie d’Alzheimer. Ils subissent les rebondissements d’un scénario peu amène envers notre espèce, justifiant facilement la révolte d’un César épris de liberté. Reste alors les effets spéciaux. Orchestrés par Weta Digital ils sont bluffant de réalisme. Le spectacle est ainsi assuré. Soit l’essentiel pour cette série B sans prétention plutôt agréable à regarder mais passant sans doute à côté d’un sujet passionnant à plus d’un titre. Pour l’heure, le chef-d’œuvre de Schaffner attend toujours la relève…

Geoffroy Blondeau

La planète des singes: les origines. Un film de Rupert Wyatt. Sortie le 10 août 2011.

Durée 1h45.

Que Justice soit faite: la vengeance est un plat qui se mange froid

Que Justice soit faite: la vengeance est un plat qui se mange froid

Que Justice soit faite est sorti aux Etats-Unis le 16 octobre 2009. Soit plus d’un an déjà. Une telle situation est assez rare pour ce type de film habitué, il est vrai, aux rayons des DTV (direct-to-vidéo). Mais pas ici. La faute à qui ? Aux 70 millions de dollars récoltés sur le sol américain comme aux deux stars que sont Gérard Butler et Jamie Foxx. Bon, faut pas vous le cachez, le film est très moyen. Médiocre même. Mais pas plus mauvais que certains blockbusters estivaux placardés à grand renfort de marketing. D’ailleurs on se demande toujours pourquoi le distributeur a décidé de sortir au cinéma un long-métrage calibré pour le home cinéma, une part de pizza sur les genoux et une canette de bière dans la main.

Que Justice soit faite parle de vengeance. Mais pas n’importe laquelle. Il s’agit d’une vengeance froide, maturée pendant dix ans, suite au massacre de la famille de Gérard Butler. Celui-ci, sous les barreaux, organisera sa propre vendetta. Elle sera sanguinaire, gratuite, violente, absurde. Prototype du film prétexte qui consiste à utiliser, bien maladroitement dans ce cas précis, un évènement perturbant pour en justifier son leitmotiv (la vengeance). Ici la loi du talion domine un métrage au ton des plus sérieux dans son approche critique d’une justice déficiente. Le réalisateur F. Gary Gray nous sert un plat réchauffé sans aucun intérêt puisque la dimension judiciaire est évincée au profit d’une accumulation de scènes grandiloquentes pour ne pas dire idiotes. Si certaines sont réussies d’un point de vue scénique elles ne portent jamais le film au-delà de l’honnête série B.

Dans ces conditions disons que Gérard Butler cabotine à qui mieux-mieux dans un rôle de sadique vengeur quasi intouchable, tandis que l’enquête, elle, patine en suivant un Jamie Foxx fatigué dès les premiers plans. D’ailleurs tel n’est pas le propos d’un film défouloir n’allant pas, paradoxalement, au bout de son scénario. A défaut d’assister à un bon film on aurait pu, au moins, se réjouir devant un spectacle méchamment boursouflé et amoral. On aurait pu.

http://www.ecrannoir.fr

La 3D relief ou la révolution marketing…

La 3D relief ou la révolution marketing…

Alors que le quatrième opus de la saga des Resident Evil est sorti sur les écrans mercredi, une question nous taraude : Irons-nous le voir pour son contenu ou bien parce qu’il nous est proposé en 3D ?

Roger Ebert, célèbre critique américain du Chicago Sun-Time, nous rappelle, dans un article à charge contre la 3D relief publié le 10 mai dernier sur le site de Newsweek, qu’à « chaque fois qu’Hollywood s’est senti menacé, il s’est tourné vers la technologie ». Hasard du calendrier, le retour au cinéma en 3D qui, ne l’oublions pas, fit une percée infructueuse dans les années 50 avec deux films phares (L’étrange créature du lac noir de Jack Arnold et Le crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock tous deux sortis en 1954), coïncide précisément avec l’une des crises les plus délicates qu’Hollywood aura eu à gérer entre la grève des scénaristes (2007), la crise financière mondiale (2009) et l’avènement, en 2010, du Home Cinéma Haute Définition.

Sans prendre part au débat du pour ou contre la 3D soyez sûrs d’une chose : on n’y échappera plus ! Et oui, les studios l’ont que trop bien compris, eux qui, pour l’heure, n’ont qu’une seule idée en tête : redonner à la « salle » son attractivité originelle pour que le cinéma redevienne une expérience unique à même d’attirer les foules. Si la démarche est louable, les procédés pour y parvenir le sont beaucoup moins.

L’explosion d’une 3D spectacle…

Hollywood peut dire un grand merci à James Cameron lorsque celui-ci prit la décision de réaliser un film en 3D relief, Avatar. L’avancée fut considérable puisqu’elle entérina sur disque dur – et non plus sur pellicule – la validité artistique et financière d’un procédé balbutiant quelques mois plus tôt des images erratiques dans des productions horrifiques sans consistance (My Bloody Valentine 3-D, Destination Finale 4…). Le basculement opère sa marche forcée, charriant avec lui son lot d’espérance nouvelle, d’euphorie passagère, d’investissement retrouvé. Le passage vers la 3D de masse serait-il enfin crédible ?

Ereinté par des années d’une politique de recyclage privilégiant le confort de la franchise (Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Twilight, Pirates des Caraïbes, les films de super-héros, etc.) à celui du risque, Hollywood ne pouvait pas laisser filer l’extraordinaire potentiel d’une technologie en phase avec les modes actuels de consommation d’un cinéma grand spectacle savamment orchestré  : projections numériques de blockbusters ou de films générationnels dans des multiplexes frôlant l’indigence programmatique. Et encore moins depuis les 2,9 milliards de dollars récoltés par Avatar. Avec une telle pépite entre les mains, l’industrie cinématographique joue son va-tout dans un effort d’investissement sans précédent. En effet, pas moins de 60 films en 3D Relief sont d’ores et déjà programmés, la  production passant de 4 films en 2008 à une trentaine pour la seule année 2012.

Dès lors, les majors n’ont plus aucune raison de faire la fine bouche ou de jouer les saintes-nitouches. Considérée, sans doute à raison pour le moment, comme le nouveau rempart marketing – et accessoirement artistique – contre le piratage et le home cinéma, la 3D offre une alternative aux longs-métrages « traditionnels » quand il ne s’agit pas tout bonnement d’en assurer la relève. Chaque studio met la main à la pâte, propose son fer de lance en relief (Tron Legacy pour Disney, Spiderman 3D pour Sony, Alvin et les Chipmunks 3 pour la Fox…) poussant, de fait, les exploitants à s’équiper en numérique puis en salle de projection 3D Relief. La machine est en route, les billets verts pleuvent à flots tandis que la prochaine étape se rapproche à grands pas : proposer un film uniquement dans sa version 3D.

La 3D Relief, au même titre que, jadis, le parlant (Le Chanteur de Jazz, 1927), la couleur (Becky Sharp,1935), le CinémaScope (La Tunique, 1953), le son Dolby Stéréo (1976) ou les premières images assistées par ordinateur (Tron, 1982), est donc en passe de devenir le nouveau « produit » phare d’une industrie du divertissement censé endiguer la désertification, supposée inévitable, des salles de cinéma. Quitte à aggraver une fois encore le déséquilibre entre les petits exploitants et les multiplexes suréquipés.

… hyper marketée…

Au cours des six derniers mois, trois films en 3D auront dépassé le milliard de dollars dans le monde (Avatar, Alice au pays des merveilles, Toy Story 3). Du jamais vu. Une telle performance est à saluer même si l’augmentation du prix de la place (5 à 7 dollars aux Etats-Unis, 3 euros chez nous) peut en expliquer les raisons. Sachant que le surcoût de production pour un film en relief est de l’ordre de 20%, le procédé n’a aucun mal à être rentable. D’où l’inflation du nombre de films en 3D lancés un peu à la va-vite, le but étant d’engranger un maximum d’entrées tout en consolidant l’offre et son corollaire : l’addiction. Les avancées techniques à venir achèveront d’en faire une poule aux œufs d’or incontournable pour l’industrie cinématographique.

Dans ces conditions, peu importe la qualité du film. En effet, si un mauvais film en « 2D » bien marketé parvient à engendrer des bénéfices, un mauvais film en 3D lui aussi marketé sera potentiellement plus rentable. Du coup, l’angle marketing se déplace pour faire de la 3D un support de promotion aussi alléchant, si ce n’est plus, que le film lui-même. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous sommes passés d’une 3D expérimentale à une 3D marketing, l’apport artistique s’avérant, au final, secondaire.

En témoigne cette campagne de promotion londonienne originale, lancée en février dernier par la Fox en partenariat avec Clear Channel, autour du film : Percy Jackson et le voleur de foudre. L’idée, toute simple, consiste à remplacer les bonnes vieilles affiches de certains abribus de la capitale par la bande-annonce du film projetée en 3D grâce à un système de rétroprojection ne nécessitant pas le port de lunettes. L’effet proposé, visuellement impactant, dépasse le concept du gadget technologique puisqu’il sort le procédé de la salle de cinéma pour investir de nouveaux lieux et conquérir de nouvelles cibles. Faire la promotion par la 3D d’un film qui n’est pas en 3D (Percy Jackson, bien qu’il possède des artifices numériques, n’a pas été filmé en relief), c’est déplacer l’utilisation conventionnelle d’un procédé en nous « vendant » les contours alléchants d’une nouvelle norme de diffusion grand public.

… qui nous dupe allègrement…

« La 3D c’est de la merde. J’étais présent lors de la première vague 3D relief au cours des années 50. C’est juste un procédé pour vous faire dépenser davantage votre argent…un simple gimmick. »

Cette attaque en règle, que l’on doit au célèbre réalisateur américain John Carpenter présent au salon de l’E3 (salon du jeu vidéo de Los Angeles), est loin d’être isolée. Plusieurs cinéastes Hollywoodiens dont J.J. Abrams (Lost, Star Trek) et Jon Favreau (Iron-Man) ont, eux aussi, marqué publiquement leur hostilité vis-à-vis de la 3D au cours du Comic-Con de San Diego en juillet dernier. Ils reprochent l’utilisation abusive (entendez par là commerciale) d’une technique n’apportant pas ou peu de plus-value narrative aux films qui en bénéficient. Sans oublier les difficultés de tournage, de rendu, de postproduction, voire d’intérêt propre. Christopher Nolan lui-même aurait refusé que son Inception soit converti en 3D. Cherchez le malaise…

Deux exemples fâcheux viennent corroborer l’ire des cinéastes cités dans le paragraphe précédent :

Alice au pays des merveilles de Tim Burton. Contrairement à l’aspect général dégagé par le film, seuls 20% des images ont été filmées en 3D relief. C’est peu pour un
long-métrage vendu comme une expérience 3D novatrice. En l’état, nous pouvons affirmer que le film n’a pas été pensé en 3D. Ce qui, pour ne rien vous cacher, ressemble à une belle petite arnaque planétaire.

Le choc des Titans de Louis Leterrier et le Dernier maitre de l’air de M. Night Shyamalan. C’est la Warner Bros. qui dégaine en premier. Filmé en 2D, le Choc des Titans est subitement « gonflé» en 3D relief par la Compagnie Prime Focus. Les raisons invoquées sont simples : pouvoir diffuser le film dans des cinémas équipés en projection 3D. Hélas pour le consommateur, le résultat est catastrophique (j’ai pu tester les deux formats et la 2D gagne par KO au premier round). Les couleurs sont pâles et la nouvelle perspective ne colle pour ainsi dire jamais à la mise en scène du réalisateur français. Même constat pour le film de Shyamalan qui, plus étonnant encore, a vu sa sortie française repoussée d’une semaine pour cause de conversion non finalisée.

… et dont l’avenir ne se jouera pas qu’au cinéma

L’interaction entre la 3D relief et le cinéma est une longue histoire. De spécifique, elle devient partagée. La donne change de nature même si la victoire de la 3D au cinéma est enfin consommée, du moins dans l’immédiat. L’enjeu à long terme : sa pérennité. Et là, plus question de raisonner 3D-cinéma / cinéma-3D. La mondialisation est passée par là, invitant désormais la 3D un peu partout,  dans le jeu vidéo, les concerts filmés, le sport, l’industrie vidéo avec la sortie des tous premiers écrans 3D (avril 2010) et le porno. Le champ d’application s’élargit au profit d’une 3D multiple prête à devenir le nouveau standard de demain.

Alexandre Aja, jeune réalisateur français responsable de Piranha 3D (actuellement sur les écrans), estime que le succès de la 3D en salles pourrait bien être épisodique. A moins que les autres formes d’expression investissent véritablement notre salon. L’avènement de la 3D comme norme universelle serait alors inévitable. Nous n’en sommes pas encore là, mais la révolution marketing du procédé 3D relief est bel et bien en marche.

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