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Jurasic World: L’indominus Rex dévore tout sur son passage…

Jurasic World: L’indominus Rex dévore tout sur son passage…

UniversalIl ne sert à rien de faire un bon film pour exploser tous les records d’exploitation. C’est ce que vient de prouver le tout dernier Jurassic, 14 ans après la semi-déception du 3ème volet (au B.O je précise car le film…). Sans que le long-métrage de Trevorrow fasse un bon qualitatif significatif, celui-ci a su séduire – voire intriguer – geeks de la première heure et familles US en demande de spectacle bien trousser. Bon, le paramètre « Dinosaure », totalement intemporel et donc transgénérationnel, n’est pas à négliger non plus, signe que ces bébêtes féroces travaillent toujours profondément notre imaginaire. La 3D, l’IMAX, la nouvelle coqueluche Chris Pratt et le vent de nostalgie présent dans le film, ont fini par emporter le morceau d’un démarrage irréel.

Déjouant tous les pronostics (donc les miens), Jurassic World détrône The Avengers (207M$ en 2012) pour s’accorder le plus gros démarrage de tous les temps avec 208,8 M$. Il devient seulement le deuxième film de l’histoire à dépasser cette marque.

En faisant cela, JW perpétue une tradition vieille de 22 ans puisque Jurassic Park et The Lost World ont, en leur temps, battu le record du meilleur démarrage week-end aux États-Unis (47M$ en 1993 pour JP ; 72M$ en 1997 pour TLW).

Autre satisfaction pour Universal. Le film devient également le plus gros démarrage monde avec 524M$ en cinq jours. Une folie ! Dire que le milliard est une formalité, cela va s’en dire. Avec JW, l’année 2015 place déjà 3 films au-delà du milliard. Le record de 4 métrages au-dessus de cette marque (2012) sera sans nul doute atteint avec le Star Wars de J.J Abrams qui sort pour les fêtes de fin d’année. Il ne suffira alors que d’un seul film pour… Et si c’était le denier Bond, Spectre ?

Geoffroy Blondeau

Flight: vol balisé…

Flight: vol balisé…

Après quelques (ré)créations animées qui auront duré près de dix ans (Le pôle express, Beowulf, L’étrange Noël de M. Scrooge), Zemeckis retrouve enfin le plaisir de diriger de « vrais » acteurs. Ce retour aux sources d’un cinéma sans pixel, synonyme d’une approche plus adulte de l’histoire narrée, demeure, paradoxalement, bien fade. Presque terne. Bouffé, à dire vrai, par la logique implacable d’un ciné US moralisateur tétant comme une ogresse gloutonne – pléonasme, quand tu nous tiens ! – les mamelles de la rédemption et de la repentance publique. Flight, qui n’échappe pas à cette règle, n’est pourtant pas anodin dans la filmographie de Zemeckis puisqu’il est question d’addiction, celle de l’alcool, mal qui aura rongé le cinéaste quelques années durant.

Hélas, on ne se refait pas. L’explicite, même virtuose (la scène du crash aérien vaut le détour), ne peut supplanter à elle seule la portée introspective que Zemeckis fait endosser à son antihéros. L’expression d’une (sur)démonstration générale – c’est-à-dire étendue aux différentes parties / séquences du film – balise sans aucune nuance la perdition d’un homme usé par l’abus de boissons alcoolisées en tout genre. Le réalisateur ne s’attarde pas, ou si peu, sur les méfaits d’une telle addiction. Il préfère oser la confrontation avec soi-même suite au crash pourtant admirablement maîtrisé par un pilote saoul (Denzel Washington toujours aussi crédible). Le paradoxe s’affiche, fièrement. La morale prend forme, inéluctablement. Et les pensums sur le principe de culpabilité, de renoncement, de chute et de rédemption s’accumulent…

Point d’implicite dévoilé dans les meurtrissures de l’âme, l’enchainement se veut didactique façon thriller implacable. Ainsi le film se structure péniblement, très péniblement, selon un canevas rebattu, très rebattu entre événement déclenchant (le crash), enquête, procès, dénouement. Le classique hollywoodien en somme ! Le personnage principal se retrouve pris au piège d’une mécanique trop bien huilée, agite donc les bras et roule des yeux pour exister au-delà de la simple tentation par l’alcool. Il « contextualise » par son comportement la thématique à traiter mais ne peut, de fait, que survoler celle-ci dans l’énumération monotone des différentes étapes jusqu’à la prise de décision, certes courageuse, mais attendue. Le salut filmique viendra, par intermittence seulement, de la rencontre avec Nicole,  camée paumée en recherche de rédemption. Kelly Reilly qui illumine le film de sa présence (hélas beaucoup trop vite évacuée), amorce ce qu’aurait dû être l’orientation du long-métrage dans le dur labeur d’exister avec et par-delà la dépendance.

Le spectacle se veut spectaculaire, un peu comme si  Zemeckis se cachait derrière sa mise en scène aussi fluide que percutante. Incapable de maintenir l’inspiration initiale osant le nu féminin frontal, dans une première séquence fun, rock’n’roll, rythmée, impudique, factuelle, intrusive. La pudeur, celle de Zemeckis, s’invite, hélas, dans ce flot anti-moralisateur assez rare concernant le ciné US d’Entertainment. La gangrène des bons sentiments et autres poncifs sur le pardon dans le rachat de ses erreurs façonnent un film bâtard incapable d’assumer sa désinvolture première sur le comportement d’un homme alcoolique. Et des dégâts que cela peut occasionner.

Geoffroy Blondeau

Note: 2/5

Flight. Un film de Robert Zemeckis. Sortie le 13 février 2013

Durée. 2h18

Avis publié sur ecranoir.fr

Le Hobbit, un voyage inattendu: miracle en demi-teinte…

Le Hobbit, un voyage inattendu: miracle en demi-teinte…

Peter Jackson est allé jusqu’au bout. Malgré un chemin semé d’embûches. Il aura, pour cela, écrit, produit, réalisé et monté les aventures de Bilbo Sacquet, de la Comté, oncle de Frodon et personnage ô combien important dans la mythologie de J. R. R Tolkien. Faut-il s’en réjouir ? D’une certaine façon, oui, puisque la boucle sera bouclée en 2014 par celui qui aura planté le décor au détour d’une Communauté magistrale de plaisir cinéphile. Au-delà d’une telle évidence, cette nouvelle plongée dans l’univers merveilleux de la Terre du Milieu avait tout du projet maudit. Jugez plutôt. Conflits juridiques entre la New Line (Major ayant produit la première trilogie) et Peter Jackson, crise financière de la MGM, départ du réalisateur Guillermo del Toro, tremblement de terre meurtrier en Nouvelle-Zélande, fronde syndicale, réécriture du scénario, ulcère perforé obligeant Peter Jackson à être opéré, essai d’une nouvelle technologie (HFR 3D cadencé à 48 images/seconde) décriée par des journalistes lors d’une projection test… On se dit qu’avec tout cela, le Hobbit : un voyage inattendu est un petit miracle.

Bis repetita…

Mais qui dit miracle ne dit pas forcément chef-d’œuvre. Si le film s’en sort plutôt bien, jusqu’à ravir à coup sûr les millions de spectateurs en demande de dépaysement, il souffre indiscutablement la comparaison avec son/ses illustres(s) aîné(s). Question d’appropriation puisque le Seigneur des anneaux est devenu au fil des ans la référence incontournable du film fantastique tendance merveilleuse. L’histoire se répète donc. Mais attention, elle n’est pas identique, juste construite autour d’un arc narratif très proche où un hobbit (Bilbo) est sollicité par un magicien (Gandalf) afin de prendre part à une aventure. Écrit par Tolkien en 1937 (soit une quinzaine d’années avant le Seigneur des anneaux), le Hobbit est une œuvre moins grave, plus naïve, – elle cible les enfants –, sorte de quête initiatique introductive formulant les contours de la Terre du Milieu, monde féerique peuplé d’elfes, de nains, de magiciens, d’orques et de créatures en tout genre.

Deux options s’offraient au cinéaste néo-zélandais. Reprendre, dans le cadre d’un diptyque (choix premier de Guillermo del Toro), l’histoire de Bilbo au sens strict du terme afin d’en raconter les péripéties, ton et enjeux du livre compris (la dramaturgie aurait été plus légère entre la farce de bon aloi et l’héroïc-fantasy à la sauce Donjons et Dragons). S’enhardir, question scénario, afin de tricoter une nouvelle trilogie sous référence, liée à l’anneau, et où planerait constamment la menace d’un mal endormi prêt à se réveiller. Si Peter Jackson n’a rien occulté du Hobbit jusqu’à prendre son temps lors de la scène d’exposition sur la venue des nains à Cul-de-Sac, il se lance, sans transition aucune, dans une quête effrénée sans temps mort où tout se bouscule au portillon. Ainsi la reconquête du royaume perdu des nains d’Erebor, jadis confisqué par le terrifiant dragon Smaug, cohabite avec une menace qui gronde, incarnée, selon les dires du magicien Radagast, par un nécromancien tapis dans l’ombre. L’imbrication est de circonstance. Distillée par petite couche successive, elle brouille une narration quasi irréprochable même si beaucoup trop linéaire. Le souffle est présent, la dramaturgie non. La faute à une anticipation des enjeux futurs déjà contés lors d’une bataille globale dépassant de beaucoup les premiers pas de cette bande de joyeux nains gloutons.

Noir c’est noir…

Dès lors, pas étonnant que Peter Jackson ait volontairement noirci le tableau. Il donne de l’épaisseur à un personnage juste évoqué par Tolkien (le méchant orque Azog préfigurant les Uruk-Haï), fait du roi nain Thorin une figure noble et courageuse digne d’Aragorn, emplit Gandalf de doute et place Bilbo dans une posture différente de Frodon, l’orgueil prenant le pas sur le luxe d’un confort douillet. Le passage à Rivendell (demeure d’Elrond), au cours de laquelle la réunion des quatre est convoquée (Gandalf, Galadriel, Saroumane, Elrond), en dit long sur les prétentions de Jackson. Les guest font leur apparition, véritables icônes d’un inconscient devenu collectif au service d’une histoire dont les ramifications dépassent de loin l’or des nains. Mais rien n’y suffit. Hélas. Et en bon fan de Tolkien, Peter Jackson adapte le Hobbit comme il se doit, c’est à dire dans la fureur d’événements mécaniques faits de rencontres, d’affrontements, de courses-poursuites… Tout s’enchaîne à la vitesse d’un grand huit, montagne russe fabuleuse où la virtuosité de Jackson n’est plus à démontrer. Mais contrairement au Seigneur des anneaux il n’y a aucune menace agissante, ni jeu de dupe à même de contraindre les protagonistes à faire des choix. Géants de pierre, Trolls, Ouargs ou Gobelins ne sont que des embûches d’une seule et même quête.

Heureusement l’incarnation subsiste, étayée par la volonté sincère d’inscrire ce Hobbit par-delà son histoire. La séquence avec Gollum tient alors lieu de pivot. Le lien est graphique (Gollum est monstrueux de vérité. Une splendeur d’interaction viscérale) comme narratif. Si la joute verbale entre Bilbo et Gollum vaut le détour (l’enjeu, primordial, sera l’anneau unique), elle s’inscrit comme un cheveu sur la soupe comme si aucun des tours de force ne parvenait à booster les aventures de  Bilbo. L’épate sacrifie la dramaturgie sur l’autel du pur divertissement. Néanmoins, il faut le reconnaître, nous sentons poindre quelques angoisses préfigurant la Communauté de l’anneau, temps trouble où le monde des elfes disparaîtra au profit de celui des hommes. Mais pour en arriver là, il faudra encore patienter deux épisodes…

Innovation à tous crins…

Le Hobbit : un voyage inattendu a été projeté en 3D 24 images/seconde. Je ne dirais donc rien sur la technologie High Frame Rate faute d’en avoir eu la primeur. Dommage ! Bien que Peter Jackson défende bec et ongle cet apport technologique, la stratégie de la Warner est une forme de désaveu puisqu’il n’aura pas permis à la presse d’en faire la promotion (en bien ou en mal). Il faudra juger sur pièce… Dans le même registre, soulignons que l’apport de la 3D n’est pas notable, même si le réalisateur intègre parfaitement décors et profondeur de champ pour faire de son Hobbit un vrai grand spectacle où la fluidité de la mise en scène régal les pupilles. Le cinéaste n’a rien perdu de sa fougue. Il en va de même dans sa capacité, toujours renouvelée, à nous conter une épopée au souffle épique. L’emballement est véritable. L’immersion aussi. Sur ce point le film ne nous a pas paru « longuet » malgré ses 2h45.

Reste l’aspect visuel. Le franchissement semble irréversible. Le numérique dévore tout pour un résultat parfois proche du jeu vidéo dans sa cartographie des lieux visités. Nous regrettons les beaux décors naturels, les prothèses et autres maquillages savants (surtout pour les orques/gobelins tous passés à la moulinette de microprocesseurs fous). Mais la caméra virevolte comme jamais, se permet des prouesses invraisemblables, profite d’une réalisation carrée (il manque, malgré tout, un petit je ne sais quoi de minutie…) pour mettre en boite des scènes d’action toujours lisibles.

Le Hobbit : un voyage inattendu nous ouvre un imaginaire foisonnant. Sans doute plus abrupt,  moins original – attendu ? –, moins dramatique et plus linéaire que ses prédécesseurs, le film arrive néanmoins à susciter un certain enthousiasme. La qualité de l’écriture (les dialogues restent au-dessus de la moyenne pour ce genre de production), de l’interprétation comme de la mise en scène suffit, pour l’heure, à nous convaincre d’attendre le second opus. La curiosité est de mise. Peter Jackson a peut-être, sans doute, bien fait d’être allé jusqu’au bout.

Geoffroy Blondeau

Note: 3/5

Le Hobbit: un voyage inattendu. Un film de Peter Jackson. Sortie le 12 décembre 2012

Durée 2h45

Avis publié sur ecrannoir.fr

L’animation US retrouve des couleurs… au box-office

L’animation US retrouve des couleurs… au box-office

En 2011, aucun des 11 longs-métrages proposés au public n’a réussi à se hisser au-dessus des 200 millions de dollars. Cette contre-performance n’était plus arrivée depuis 2005, saison sans Pixar, ni Shrek à l’affiche.

Les nombreux films proposés n’ont pas eu, de toute évidence, le succès escompté malgré un vaillant Cars 2 des studios Pixar (191M$). Ni Rango (123M$), ni Rio (145M$), ni le Chat Potté (149M$), ou encore Kung Fu Panda 2 (165M$) ont mis en branle le box-office animé. Et nous ne parlerons pas des ratages mémorables qu’auront été Mars Needs Moms (21M$), Arthur Christmas (46M$) ou bien encore Happy Feet 2 (64M$).

C’est dire que l’année 2012 était attendue au tournant…

D’un point de vue comptable, celle-ci est gagnante. Premier film d’animation de l’année à dépasser les 200 millions de dollars (213M$), the Lorax, des studios Universal, a été rejoint par Madagascar 3 (204M$) et dès cette semaine par the Brave (195M$), films encore à l’affiche. L’âge de glace : la dérive des continents, qui vient de sortir aux Etats-Unis, à réaliser un premier week-end à 46M$. Trop juste pour aller viser les 200 millions de dollars, malgré la période estivale. Ainsi, le record 2010 du nombre de films d’animation à plus de 200M$ (Toy Story 3, Moi, moche et méchant, Shrek 4, Dragons, Raiponce) s’éloigne et devra patienter jusqu’à l’automne, date de sortie d’Hôtel Transylvania, des studios Sony, qui lancera la période de fin d’année au côté d’un Disney (Les mondes de Ralph) et d’un Dreamworks (Rise of the Guardians).

D’un point de vue qualitatif, aucune surprise. La valse lancinante des productions animées calibrées pour le grand nombre poursuit sa lente germination. Fond, forme et promotion s’imbriquent dans une mécanique froide, appel au jackpot synonyme de franchise en devenir. Et tous les studios s’y mettent. Pixar compris, surtout depuis son rachat par le géant Disney. En clair, chacun veut sa part du gâteau. Ce qui nous donne, à quelques exceptions près, une belle indigestion de pixels. Les suites, franchises ou autres reboots flinguent la part de créativité d’une armada d’ingénieurs recrutés pour décliner et non plus innover. Et pourtant souvenez-vous de l’incroyable introduction de Là-haut, des folles envolées aériennes de Dragons, de la poésie spatiale d’un Wall-E ou du déprimant point de non-retour d’Happy Feet

Le diktat du tiroir-caisse nécrose bel et bien une animation US pétris de talents – avec l’aide, il est vrai, de quelques recrues étrangères dont une pléthore de français – qui s’est totalement démocratisée depuis l’avènement de la synthèse (fin des années 90 début des années 2000). Le monopole Disney, chahuté en de rares occasions par quelques films de studios concurrents (on pense notamment à Anastasia (Fox, 1997), au Petit dinosaure (Universal, 1988) ou à Fievel et le nouveau monde (Universal, 1986)), s’est fissuré pour laisser place à une véritable guerre de tranchées. Pixar fut le précurseur (Toy Story est sorti en 1995), suivit de près par Dreamworks (Fourmiz, 1998), Sony (Final Fantasy, 2001), la Paramount (Jimmy Neutron, 2001) et la Fox (l’Age de glace, 2002).

Beaucoup moins long dans sa conception qu’un film d’animation au format traditionnel, le dessin animé assisté par ordinateur pousse comme des champignons (90 films sont sortis dans les salles depuis 1995), les studios se tirant la bourre depuis 17 ans avec une moyenne de 5 films par an (10 depuis 2005). Résultat, l’exigence de qualité baisse à mesure que le retour sur investissement augmente. Bien sûr, dans le flot d’une telle production, des films tirent leur épingle du jeu qualitativement. Mais la pente est de plus en plus glissante, accentuée il est vrai par l’arrivée d’une 3D avilissante, pour un genre déjà amputé de son animation classique. Il ne faudrait pas que l’animation américaine tombe dans le piège d’une créativité assujettie à sa propre technologie, et dont le but serait d’attirer un public mondialisé autour de franchises pop-corn oubliables. Malheureusement c’est ce qui est en train d’arriver…

Résultats des films d’animation sortis sur les écrans US au 15 juillet 2012

The Lorax: 213M$

Madagascar 3: 204M$

The Brave: 197M$

L’âge de glace 4: 51M$


Geoffroy Blondeau

Hugo Cabret: le retour de Martin Scorsese

Hugo Cabret: le retour de Martin Scorsese

 

Le nouveau film de Martin Scorsese est en tout point surprenant. Surtout lorsqu’un réalisateur de sa trempe n’hésite pas à modifier, pour l’occasion, la cartographie habituelle de ses œuvres précédentes. À dire vrai, Hugo Cabret nous déroute dans sa capacité à surprendre là ou on ne l’attend pas. Il nous séduit aussi pour cette raison. Mieux, il nous envoûte, capture notre sensibilité pour atteindre un résultat palpitant, merveilleux, intelligent. Car sous des airs feutrés de conte pour enfants, Hugo Cabret est bien plus que cela. Il s’agit d’un formidable hommage au 7ème art, sorte de déclaration d’amour pour le cinématographe, sa magie et les précurseurs du siècle dernier qui lui ont donné vie.

Tout commence donc dans le Paris des années 30, gare Montparnasse. Ce Paris, formidablement bien reconstitué, ressemble à celui de Jean-Pierre Jeunet dans le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain : idéalisé, mélancolique, bariolé, un peu cliché tout de même, mais fourmillant de mille détails cinéphiles. Dans un décor qui s’ouvre à nous par l’intermédiaire d’une première séquence immersive à la technicité bluffante, l’utilisation de la 3D vaut le détour. Pourquoi ? Parce qu’elle est au service de l’histoire en devenant un véritable point d’appui au propos qui, petit à petit, se dévoile. Entre ses mains, la 3D n’est pas un artefact mais bel et bien un nouvel outil narratif à même de prolonger le cycle des innovations qui ont jalonné l’histoire du cinéma.

La rencontre, presque anodine, entre Hugo (Asa Butterfield) et papa Georges, vieux marchand de jouets installé dans une des galeries de la gare Montparnasse (Ben Kingsley, incroyable de justesse), va déclencher une réaction en chaîne des plus improbables. De cette première rencontre forcée naîtra une deuxième rencontre. Elle sera le moteur de l’action puisque c’est par elle que la quête proposée par Scorsese prendra définitivement son envol. Notre couple, formé de l’orphelin Hugo et de la fille de papa Georges, Isabelle (talentueuse Chloé Grace Moretz) partira à la recherche d’un formidable secret. Sans doute un peu longue pour certains et caricaturale pour d’autres, elle est pourtant essentielle à la dramaturgie en place. De toute façon Scorsese prend son temps, fait durer le plaisir avec sa galerie de personnages rose bonbon gravitant autour de nos deux jeunes aventuriers eux-mêmes happés par le cours de l’histoire.

Et là, le tour de magie opère. L’acte de prestidigitation se dévoile dans toute sa splendeur d’inattendu. Le chemin du conte s’efface au profit d’une véritable déclaration d’amour pour le cinéma de l’entre-deux-guerres. L’histoire se mélange à l’Histoire au point de façonner un méta-cinéma ou les prouesses technologiques de Scorsese répondent à celles invoquées par le cinéaste dans son hommage à l’un des plus grands cinéastes du premier quart de siècle passé : Georges Méliès. Et nous assistons, hypnotisés, à la reconstitution de scènes entières issues des films de Méliès. Le cinéaste New-Yorkais ravive par touche successive l’idée de patrimoine, d’universalité de l’art, de mémoire collective. Il efface les frontières, le temps, le langage et convoque dans une fiction moderne une émotion primitive sincère. Au-delà de l’hommage, Scorsese porte un témoignage affectueux sur cet homme qui était tout à la fois inventeur, prestidigitateur, technicien, acteur.

Cela n’empêche pas Scorsese de nous faire rêver avec sa quête sortie d’un autre temps. Ici, point de méchant, de créature hybride, de rédemption malhabile ou de rebondissement de dernière minute. Le trésor caché se trouve ailleurs, en dehors des sentiers battus des films à tiroirs pour préadolescents.  Non, Hugo Cabret parle à tout le monde, petit et grand, cinéphiles ou simples spectateurs du dimanche. Il associe dans un même élan fédérateur spectacle populaire et vrai film de passionné pour  nous offrir une histoire touchante à plus d’un titre.

L’investissement de Scorsese dans cette affaire n’était pas feint, comme on pouvait légitimement l’espérer. En cette période de fêtes il nous offre une aventure intemporelle qu’il ne faut pas rater. En somme, il s’agit du long-métrage de cette fin d’année à voir en famille.

Geoffroy Blondeau.

Hugo Cabret. Un film de Martin Scorsese. Sortie le 14 décembre 2011.

Durée 2h10

Critique publiée sur ecrannoir.fr

 

Tron l’Héritage: une révolution en demi-teinte

Tron l’Héritage: une révolution en demi-teinte

Le pari était un peu fou. Stimulant, certes, mais aussi casse-gueule. Car reprendre 28 ans plus tard – un record – la trame d’un film devenu culte (Tron, 1982) afin d’y opérer une actualisation essentiellement visuelle ne manquait pas d’ambition. Ni d’une certaine hardiesse. Surtout depuis l’avènement d’une 3D polémique car décevante artistiquement. Réalisé par Joseph Kosinski, jeune prodige de l’informatique, Tron l’Héritage devait, parait-il, franchir une nouvelle étape dans l’ère du cinéma virtuel en lui donnant, un an après l’Avatar de Cameron, une consistance unique. Un tel discours ne pouvait qu’intriguer. Intrigués nous étions donc en découvrant ce Tron New Age rythmé par la bande son électrisante et vraiment réussie des Daft Punk.

Cette suite, d’une linéarité sans troubles, revendique sa filiation. De bout en bout. Images d’archives à l’appui. Chaque séquence, de l’entame ultra-codifiée au dénouement attendu, respire la mémoire de son illustre aîné et spécifie un long-métrage carré, sérieux, appliqué, ambitieux, à même de proposer une anticipation pour adulte malgré un manque flagrant de mise en perspective. Comme tétanisé par l’enjeu, le réalisateur peaufine ses effets mais exécute, au final, une simple mise à jour sans âme au matériau d’origine. Et tant pis pour les geeks en demande d’exclusive ! Malgré quelques prouesses de mise en scène, Tron l’Héritage ronronne un scénario basique qui, pour le coup, ne correspond guère à l’esprit d’un film a priori novateur. Pour autant, il ne faudrait pas s’arrêter à une telle constatation ; elle pourrait, au contraire, souligner un parti-pris : celui de tout miser, ou presque, sur la représentation de la « grille », univers virtuel où se perd Sam Flynn après qu’il soit parti à la recherche de son père (incarné par un Jeff Bridges zen comme un maître shaolin), créateur déchu par son double informatique, Clu 2.0, au comportement rebelle et va-t-en guerre. L’esquisse attendue prend forme devant nos yeux en révélant le monde de Tron dans un jaillissement de lumière translucide. C’est bien foutu, plutôt léché, parfois contemplatif, très stylisé. Mais est-ce suffisant pour faire passer la pilule d’une histoire faiblarde n’arrivant pas à développer des thématiques pourtant intéressantes ? Il semble que non.

Mais peu importe. En effet, le pitch est un prétexte pour nous façonner un no man’s land informatique doté d’une empreinte spécifique tout à fait légitime, faisant de Tron l’Héritage une antithèse graphique au film de Cameron, Avatar. A un an d’intervalle nous revivons, en moins bien, l’expérience d’une immersion 3D par-delà notre monde. Les tons chauds, foisonnants et organiques de Pandora font place, ici, à un espace aride, froid, luminescent, aussi dangereux que codifié. La réussite du film se joue là. Sa crédibilité également. Si visuellement le pari semble gagné (mais tout juste !), Kosinski ne prend aucun risque narratif allant jusqu’à reproduire des scènes entières du premier opus : combat avec lancer de disques désintégrateurs, course-poursuite dans des motos fluorescentes, séquence finale… Ce manque d’originalité affaiblit un métrage techniquement valide mais plombé par des enjeux basiques eux-mêmes portés par des personnages à l’empathie fade. Malgré le potentiel d’une virtualité tangible, il manque à Tron l’Héritage une vision, celle d’un auteur qui aurait su inscrire son histoire au-delà d’un rapport filial père-fils convenu bien vite noyé dans un exercice de style cohérent mais trop hermétique pour soulever l’adhésion. En somme Kosinski n’arrive pas à nous toucher. Pas plus qu’il n’arrive à nous émerveiller.

Toutefois on ne peut nier la raison d’être du film, processus logique dans son rapport au temps informatique. Ce temps aura influencé, qu’on le veuille ou non, l’élaboration puis la conception de bon nombre d’œuvres cinématographiques depuis la fin des années 70. Tron, premier du nom, en fut d’ailleurs l’un des fers de lance. La filiation devient triple puisque Tron l’Héritage est consubstantiel au progrès des effets spéciaux, à l’ère numérique, à la révolution 3D. Il en est l’expression dans sa modernité conceptuelle. Si cette modernité n’en fait pas forcément un bon film – et encore moins une œuvre pivot –, elle l’inscrit néanmoins dans une contemporanéité annonciatrice des films numériques à venir. Encore faudrait-il  ne pas sacrifier ce qui fonde le cinéma en général sur l’autel d’une technologie pour lors mal exploitée. L’espoir est de mise, la crainte aussi. Tron l’Héritage en est le parfait exemple.

L’industrie Hollywoodienne est en panne de créativité

L’industrie Hollywoodienne est en panne de créativité

L’année 2010 vient de s’achever. Elle fut en demi-teinte et peu d’outsiders ont réussi, au final, à tirer leur épingle du jeu. Malgré la 3D et les nombreuses suites ou autres remakes programmés par les studios, le total des entrées est en recul de 5% par rapport à l’exercice 2009. Rien n’y fait et surtout pas cette politique absurde de la franchise, politique que l’on retrouvera malheureusement en 2011. Dans cette optique, point de salut. En effet, quelques films surnagent, laissent penser que tout va bien, alors que l’apport créatif s’effrite inéluctablement. A tel point que les studios hollywoodiens se tournent désormais vers l’international pour conquérir de nouveaux marchés avec la Chine comme nouvel eldorado.

Cette stratégie est risquée car elle ne s’appuie pas sur une refonte, pourtant indispensable, du cinéma de divertissement et préfère, au contraire, miser sur l’élargissement de spectateurs potentiels à travers le monde afin de rentabiliser les sommes astronomiques investies. Conséquence : les films se ressemblent de plus en plus à tel point qu’ils deviennent interchangeables. La mondialisation du marché appauvri structurellement la qualité d’un cinéma grand public devenu insipide, sans prise de risque, ultra marketé et assujetti depuis peu à la « révolution » d’une 3D décevante, elle-même emprisonnée dans une logique de rentabilité folle. Pour l’instant elle ne sauve rien ni personne, s’adapte au marché en ne proposant presque jamais l’exclusive tant promis à des millions de spectateurs déjà blasés et de moins en moins crédules. En somme, Avatar aura été l’exception. Exception que les sieurs Spielberg et Jackson tenteront de rééditer avec un Tintin en Motion Capture tout beau, tout neuf prévu pour fin 2011 partout dans le monde puisque Tron l’Héritage n’aura pas été à la hauteur des attentes numériques.

L’aspect créatif, même d’Entertainment, doit pouvoir dépasser le cadre restreint d’un retour sur investissement, certes primordial, mais en aucun cas suffisant. Non pas qu’il faille  financer du divertissement à perte pour retrouver un semblant de qualité. Ce serait, par ailleurs, aussi absurde qu’inutile. Mais quels risques prendraient les studios à demeurer plus à l’écoute d’un public en demande d’originalité ? A priori, aucun. L’exemple d’Inception, malgré son budget pharaonique avoisinant les 160M$, devrait donner des idées. A l’instar des Matrix, Avatar, Le seigneur des Anneaux ou encore the Dark Knight, le cinéma de divertissement est capable de proposer des œuvres denses, brillamment réalisées tout en sortant de l’ordinaire mou des sempiternelles blockbusters programmés chaque année.

Un tel constat serait-il exagéré ? Nous ne le pensons pas. Depuis la crise mondiale, la politique du « risque limite » est devenue le maître mot d’une industrie frileuse se réfugiant quasi systématiquement dans les suites, les remakes et autres adaptations de circonstance. Plus grave encore, les grands studios façonnent la grande majorité de leurs films comme de véritables marques ou l’originalité, la réalisation et le nom du cinéaste importe peu, à quelques exceptions près. L’objectif, plutôt basique, consiste à réutiliser le même personnage et l’univers qui l’accompagne afin de proposer de nouvelles aventures synonyme de nouveaux succès potentiels. En effet, si le « film/marque » originel fonctionne il sera exploité jusqu’à la lie, une suite étant, selon les dires des majors, plus facile à monter puis à vendre qu’une histoire originale.

Dans ce grand huit de la franchise institutionnalisée seuls quelques films attendus en 2010 auront été plébiscités (Toy Story 3, Alice au pays des merveilles, Iron Man 2, HP7 ou encore Twilight 3), tirant artificiellement l’économie vers le haut. Mais que dire des « flops » comme Prince of Persia, L’Agence tous risques, Sex and the City 2, Narnia 3, Percy Jackson et, dans une moindre mesure, Le Choc des titans, le Dernier maître de l’air, Mes parents et nous, Tron l’Héritage ou même Shrek 4. Qu’ils constituent des désillusions du tiroir-caisse, la lassitude grandissante du public étant proportionnelle au faible choix proposé par les studios devenus orphelins de scénarii originaux vraiment innovants. Dès lors, il n’est pas surprenant de retrouver sur le devant de la scène d’un Noël 2010 moribond trois films à faible budget. True Grit des frères Coen avec Jeff Bridges, Matt Damon et Josh Brolin (contrairement à ce qui est dit ici ou là, le film n’est pas un remake du Long-métrage de Henry Hathaway, mais une nouvelle adaptation du roman de Charles Portis publié en 1968), Black Swan de Darren Aronofsky avec Nathalie Portman et the Fighter de David O. Russell avec Christian Bale et Mark Walhberg. Ces exemples avec de glorieuses têtes d’affiche démontrent  l’inventivité d’un cinéma capable de toucher différents publics. Certes ces trois films ne sont pas des blockbusters. Mais ils émanent de grands studios (Paramount pour True Grit et the Fighter, Fox Searchlight, filiale art & essai de la Fox, pour Black Swan) qui devraient, le plus tôt serait le mieux, prendre la tangente d’une politique en trompe l’œil.

Hélas, l’année 2011 n’en prend pas le chemin. Pire, elle risque de devenir le symbole d’un cinéma dénué de créativité, de renouveau, d’ingéniosité. Voyez plutôt : Le frelon vert, Big mamma 3, Scream 4, Thor, Pirates des Caraïbes 4, Very Bad Trip 2, Kung Fu Panda 2, X-Men first Class, the Green Lantern, Cars 2, la Planète des singes, Transformers 3, HP7 deuxième partie, Captain America, Conan le barbare, Spy Kids 4, Final Destination 5, The Thing, paranormal Activity 3, les 3 Mousquetaires, Happy Feet 2, Twilight 4 partie 1, Mission Impossible 4, Sherlock Holmes 2, Tintin et la nouvelle version de Millenium par Fincher.

Une telle liste donne le vertige. Elle nous accable, aussi. Si, dans le lot, certains films seront plébiscités et d’autres de qualité, Hollywood s’enfonce dangereusement dans la caricature de son propre cinéma. Mais rien n’est joué. Et, toujours, respirera l’espoir d’un possible sursaut à même de façonner un cinéma ambitieux pour le grand public.

Top 15 US 2010 (* films toujours en exploitation)

1. Toy Story 3 : 415M$

2. Alice au pays des merveilles : 334M$

3. Iron Man 2: 312M$

4. Twilight: Eclipse: 300M$

5. Inception : 292M$

6. Harry Potter et les reliques de la mort, partie 1* : 287M$

7. Moi, moche et méchant* : 251M$

8. Shrek 4, il était une fin : 238M$

9. Dragons : 217M$

10. Karaté kid : 176M$

11. Raiponce* : 175M$

12. Le choc des Titans : 163M$

13. Copains pour toujours : 162M$

14. Tron l’héritage*: 147M$

15. Megamind*: 144M$

Sources Boxofficemojo

La 3D relief ou la révolution marketing…

La 3D relief ou la révolution marketing…

Alors que le quatrième opus de la saga des Resident Evil est sorti sur les écrans mercredi, une question nous taraude : Irons-nous le voir pour son contenu ou bien parce qu’il nous est proposé en 3D ?

Roger Ebert, célèbre critique américain du Chicago Sun-Time, nous rappelle, dans un article à charge contre la 3D relief publié le 10 mai dernier sur le site de Newsweek, qu’à « chaque fois qu’Hollywood s’est senti menacé, il s’est tourné vers la technologie ». Hasard du calendrier, le retour au cinéma en 3D qui, ne l’oublions pas, fit une percée infructueuse dans les années 50 avec deux films phares (L’étrange créature du lac noir de Jack Arnold et Le crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock tous deux sortis en 1954), coïncide précisément avec l’une des crises les plus délicates qu’Hollywood aura eu à gérer entre la grève des scénaristes (2007), la crise financière mondiale (2009) et l’avènement, en 2010, du Home Cinéma Haute Définition.

Sans prendre part au débat du pour ou contre la 3D soyez sûrs d’une chose : on n’y échappera plus ! Et oui, les studios l’ont que trop bien compris, eux qui, pour l’heure, n’ont qu’une seule idée en tête : redonner à la « salle » son attractivité originelle pour que le cinéma redevienne une expérience unique à même d’attirer les foules. Si la démarche est louable, les procédés pour y parvenir le sont beaucoup moins.

L’explosion d’une 3D spectacle…

Hollywood peut dire un grand merci à James Cameron lorsque celui-ci prit la décision de réaliser un film en 3D relief, Avatar. L’avancée fut considérable puisqu’elle entérina sur disque dur – et non plus sur pellicule – la validité artistique et financière d’un procédé balbutiant quelques mois plus tôt des images erratiques dans des productions horrifiques sans consistance (My Bloody Valentine 3-D, Destination Finale 4…). Le basculement opère sa marche forcée, charriant avec lui son lot d’espérance nouvelle, d’euphorie passagère, d’investissement retrouvé. Le passage vers la 3D de masse serait-il enfin crédible ?

Ereinté par des années d’une politique de recyclage privilégiant le confort de la franchise (Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Twilight, Pirates des Caraïbes, les films de super-héros, etc.) à celui du risque, Hollywood ne pouvait pas laisser filer l’extraordinaire potentiel d’une technologie en phase avec les modes actuels de consommation d’un cinéma grand spectacle savamment orchestré  : projections numériques de blockbusters ou de films générationnels dans des multiplexes frôlant l’indigence programmatique. Et encore moins depuis les 2,9 milliards de dollars récoltés par Avatar. Avec une telle pépite entre les mains, l’industrie cinématographique joue son va-tout dans un effort d’investissement sans précédent. En effet, pas moins de 60 films en 3D Relief sont d’ores et déjà programmés, la  production passant de 4 films en 2008 à une trentaine pour la seule année 2012.

Dès lors, les majors n’ont plus aucune raison de faire la fine bouche ou de jouer les saintes-nitouches. Considérée, sans doute à raison pour le moment, comme le nouveau rempart marketing – et accessoirement artistique – contre le piratage et le home cinéma, la 3D offre une alternative aux longs-métrages « traditionnels » quand il ne s’agit pas tout bonnement d’en assurer la relève. Chaque studio met la main à la pâte, propose son fer de lance en relief (Tron Legacy pour Disney, Spiderman 3D pour Sony, Alvin et les Chipmunks 3 pour la Fox…) poussant, de fait, les exploitants à s’équiper en numérique puis en salle de projection 3D Relief. La machine est en route, les billets verts pleuvent à flots tandis que la prochaine étape se rapproche à grands pas : proposer un film uniquement dans sa version 3D.

La 3D Relief, au même titre que, jadis, le parlant (Le Chanteur de Jazz, 1927), la couleur (Becky Sharp,1935), le CinémaScope (La Tunique, 1953), le son Dolby Stéréo (1976) ou les premières images assistées par ordinateur (Tron, 1982), est donc en passe de devenir le nouveau « produit » phare d’une industrie du divertissement censé endiguer la désertification, supposée inévitable, des salles de cinéma. Quitte à aggraver une fois encore le déséquilibre entre les petits exploitants et les multiplexes suréquipés.

… hyper marketée…

Au cours des six derniers mois, trois films en 3D auront dépassé le milliard de dollars dans le monde (Avatar, Alice au pays des merveilles, Toy Story 3). Du jamais vu. Une telle performance est à saluer même si l’augmentation du prix de la place (5 à 7 dollars aux Etats-Unis, 3 euros chez nous) peut en expliquer les raisons. Sachant que le surcoût de production pour un film en relief est de l’ordre de 20%, le procédé n’a aucun mal à être rentable. D’où l’inflation du nombre de films en 3D lancés un peu à la va-vite, le but étant d’engranger un maximum d’entrées tout en consolidant l’offre et son corollaire : l’addiction. Les avancées techniques à venir achèveront d’en faire une poule aux œufs d’or incontournable pour l’industrie cinématographique.

Dans ces conditions, peu importe la qualité du film. En effet, si un mauvais film en « 2D » bien marketé parvient à engendrer des bénéfices, un mauvais film en 3D lui aussi marketé sera potentiellement plus rentable. Du coup, l’angle marketing se déplace pour faire de la 3D un support de promotion aussi alléchant, si ce n’est plus, que le film lui-même. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous sommes passés d’une 3D expérimentale à une 3D marketing, l’apport artistique s’avérant, au final, secondaire.

En témoigne cette campagne de promotion londonienne originale, lancée en février dernier par la Fox en partenariat avec Clear Channel, autour du film : Percy Jackson et le voleur de foudre. L’idée, toute simple, consiste à remplacer les bonnes vieilles affiches de certains abribus de la capitale par la bande-annonce du film projetée en 3D grâce à un système de rétroprojection ne nécessitant pas le port de lunettes. L’effet proposé, visuellement impactant, dépasse le concept du gadget technologique puisqu’il sort le procédé de la salle de cinéma pour investir de nouveaux lieux et conquérir de nouvelles cibles. Faire la promotion par la 3D d’un film qui n’est pas en 3D (Percy Jackson, bien qu’il possède des artifices numériques, n’a pas été filmé en relief), c’est déplacer l’utilisation conventionnelle d’un procédé en nous « vendant » les contours alléchants d’une nouvelle norme de diffusion grand public.

… qui nous dupe allègrement…

« La 3D c’est de la merde. J’étais présent lors de la première vague 3D relief au cours des années 50. C’est juste un procédé pour vous faire dépenser davantage votre argent…un simple gimmick. »

Cette attaque en règle, que l’on doit au célèbre réalisateur américain John Carpenter présent au salon de l’E3 (salon du jeu vidéo de Los Angeles), est loin d’être isolée. Plusieurs cinéastes Hollywoodiens dont J.J. Abrams (Lost, Star Trek) et Jon Favreau (Iron-Man) ont, eux aussi, marqué publiquement leur hostilité vis-à-vis de la 3D au cours du Comic-Con de San Diego en juillet dernier. Ils reprochent l’utilisation abusive (entendez par là commerciale) d’une technique n’apportant pas ou peu de plus-value narrative aux films qui en bénéficient. Sans oublier les difficultés de tournage, de rendu, de postproduction, voire d’intérêt propre. Christopher Nolan lui-même aurait refusé que son Inception soit converti en 3D. Cherchez le malaise…

Deux exemples fâcheux viennent corroborer l’ire des cinéastes cités dans le paragraphe précédent :

Alice au pays des merveilles de Tim Burton. Contrairement à l’aspect général dégagé par le film, seuls 20% des images ont été filmées en 3D relief. C’est peu pour un
long-métrage vendu comme une expérience 3D novatrice. En l’état, nous pouvons affirmer que le film n’a pas été pensé en 3D. Ce qui, pour ne rien vous cacher, ressemble à une belle petite arnaque planétaire.

Le choc des Titans de Louis Leterrier et le Dernier maitre de l’air de M. Night Shyamalan. C’est la Warner Bros. qui dégaine en premier. Filmé en 2D, le Choc des Titans est subitement « gonflé» en 3D relief par la Compagnie Prime Focus. Les raisons invoquées sont simples : pouvoir diffuser le film dans des cinémas équipés en projection 3D. Hélas pour le consommateur, le résultat est catastrophique (j’ai pu tester les deux formats et la 2D gagne par KO au premier round). Les couleurs sont pâles et la nouvelle perspective ne colle pour ainsi dire jamais à la mise en scène du réalisateur français. Même constat pour le film de Shyamalan qui, plus étonnant encore, a vu sa sortie française repoussée d’une semaine pour cause de conversion non finalisée.

… et dont l’avenir ne se jouera pas qu’au cinéma

L’interaction entre la 3D relief et le cinéma est une longue histoire. De spécifique, elle devient partagée. La donne change de nature même si la victoire de la 3D au cinéma est enfin consommée, du moins dans l’immédiat. L’enjeu à long terme : sa pérennité. Et là, plus question de raisonner 3D-cinéma / cinéma-3D. La mondialisation est passée par là, invitant désormais la 3D un peu partout,  dans le jeu vidéo, les concerts filmés, le sport, l’industrie vidéo avec la sortie des tous premiers écrans 3D (avril 2010) et le porno. Le champ d’application s’élargit au profit d’une 3D multiple prête à devenir le nouveau standard de demain.

Alexandre Aja, jeune réalisateur français responsable de Piranha 3D (actuellement sur les écrans), estime que le succès de la 3D en salles pourrait bien être épisodique. A moins que les autres formes d’expression investissent véritablement notre salon. L’avènement de la 3D comme norme universelle serait alors inévitable. Nous n’en sommes pas encore là, mais la révolution marketing du procédé 3D relief est bel et bien en marche.

http://wwwecrannoir.fr