Rattrapage. The Revenant : Voyage entre les morts…

Rattrapage. The Revenant : Voyage entre les morts…

revenant-1280a-1449188082920The Revenant, exercice de style plus proche du survival que du western, n’est qu’un seul et même geste filmique étiré jusqu’à l’overdose afin de claquemurer le spectateur ébloui par tant de virtuosité vaniteuse. C’est parfois fascinant, organique, tendu, nerveux, éprouvant. C’est également pompeux, démonstratif, terne, linéaire, attendu.

Le dernier Iňarritu est une litanie de la souffrance, une genèse de la sauvagerie humaine, un condensé de l’indistinct d’une nature primitive, étalée, immense, froide et implacable. Le geste, je le répète, n’est pas interrogatif. Ni scrutateur. Il s’évertue à porter une star au-delà de son jeu pour concrétiser une destinée. Double, elle demeure autant fictionnelle que réelle. Car ici, la fiction à valeur de vérité. Au détriment de l’émotion comme d’un besoin de compassion pour un être qui revient d’entre les morts.

Dès lors la souffrance de Glass sera celle de DiCaprio. Et inversement. Abruptement. Sans différenciation, ni portée symbolique. Le filtre utilisé pour faire passer la pilule est axé sur l’idée de « performance ». Rien de plus. Dans un étalage priapique où le tour de force est érigé en principe. Mais réussir à tenir 2h30 en ne racontant presque rien d’autre que cette histoire de vengeance tient de l’exploit. Si Iňarritu confirme sa grande maîtrise technique (le film, quoi qu’en dise ses détracteurs, est visuellement bluffant), il valide également son parti-pris narratif dénué de toute réflexion philosophique. Le film, virtuose mais insipide, est aussi froid que les neiges arpentées par Glass malgré quelques scènes percutantes comme l’attaque d’un grizzli furibond.

Car aucune thématique, fut-elle légitime, ne peut survivre à la cannibalisation d’un rôle à l’abstraction totale sur une intrigue incapable, en définitive, d’interagir avec le cours des événements. L’histoire d’un homme aveuglé par sa soif de vengeance se développe au détriment de celle des « hommes », ce qui amenuise la portée historique, sociale ou politique de cette période. On le voit, Iňarritu s’en moque car tel n’est pas le propos d’un film qui aurait pu tout aussi bien se passer dans le désert de Mongolie ou en pleine forêt d’Amazonie. Si bien que le cinéaste mexicain se trouve obligé de nous servir une imagerie de pacotille, rêverie suspendue d’un bonheur lointain avec femme et enfant.

the-revenant-photo-560aa03ad546cLe monde décrit semble alors attendre la fureur d’un homme qui ne peut échouer dans sa quête, lui le fantôme de la nuit prêt à abattre la vengeance divine sur le trappeur John Fitzgerald (Tom Hardy). Chaque séquence est une épreuve, un parcours immuable creusant, étape après étape, les sillons de la sauvagerie humaine. Nature et culture sont noyées dans cette nécessité d’atteindre un horizon a priori inatteignable. Elle donnera la raison vitale d’un homme mort cent fois. Elle donnera la justification cinématographique d’un film-somme gargantuesque obnubilé par sa propre grandeur. Le cheminement se veut tendu, sensible, organique, primaire. Il va s’embourber dans une linéarité niant toute tragédie d’un possible renoncement.

Ainsi l’acteur se rend capable de tout pour ressembler au plus près – vrai – du rôle qu’il incarne (il n’hésite pas à manger du poisson cru, du bison cru, dort dans les entrailles d’un cheval mort, traverse des fleuves gelés…). S’il lui manque assurément une part d’ambiguïté capable d’humaniser sa longue agonie, il est tout à fait raccord avec l’esprit du film dans sa volonté inaltérable d’aller jusqu’au bout de lui-même et du rôle qui s’y raccroche. Il habite le personnage. Refuse toute nuance, performe comme jamais. L’oscar ne pouvait lui échapper. Légitime pour l’ensemble de son œuvre, celui-ci sonne en creux comme ce long-métrage techniquement parfait mais dénué de tout affect.

Geoffroy Blondeau

Note : 2/5

TheReveant. Un film de Alejandro González Iñárritu. En salles depuis le 24 février 2016.

Durée. 2h36

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