Rattrapage. Saint Amour: Le verre à moitié vide…

Rattrapage. Saint Amour: Le verre à moitié vide…

saintamourQue dire du dernier film du couple « grolandais » Benoît Delépine et Gustave Kerven ? Qu’il est parfois drôle, souvent impertinent pour ne pas dire outrancier, sociologiquement faible, par moment poétique, doux, vraiment barré, sans aucun doute bâclé ou encore je-m’en-foutiste…Oui, Saint Amour, sans trait d’union, c’est tout ça à la fois dans un essai qui traîne sa relation filiale sur fond de road-movie pittoresque bien en peine pour trouver son rythme de croisière ainsi que sa finalité intrinsèque.

Si le vin coule dans une frénésie Rabelaisienne niant au dit breuvage tout aspect qualitatif, celui-ci sert de ligne de fuite à un pauvre gars orphelin d’amour de plus en plus écœuré par le métier ingrat d’agriculteur laitier (joué par l’excellent mais ici excessif Benoît Poelvoorde). Alors pour éviter le clash de trop, son père (Depardieu en mode peinard mais touchant) décide, en plein salon de l’agriculture, de partir avec ce fils « borderline » sur la route des vins. La vraie. À bord d’un taxi qui, n’ayant rien de mieux à faire, accepte de les véhiculer dans leur délire d’âmes en peine.

Si les deux cinéastes restent fidèles à eux-mêmes en cassant les codes dans leur façon très rock’n’roll de confronter personnages et environnement, le périple vinicole sonne en creux par éparpillement des sentiments au gré de rencontres pour la plupart féminine (mention spéciale à Céline Sallette et Charia Mastroianni). Leur pérégrination territoriale qui tangue d’un côté vers le pathétique et de l’autre vers le foutage de gueule essaie, en vain, de rendre compte d’un état, d’une solitude, d’une détresse ou d’une envie via un décalage caustique parfois proche du mauvais goût.

Ainsi les parties, sortent de sketchs inégaux dans leur fonction drolatique, sont supérieures au long-métrage lui-même qui tient plus de l’irrévérence que du mélodramatique. D’où le sentiment d’assister à spectacle ultraléger, presque facile même si percutant sur quelques saillies alcoolisées. Or, et sans tomber dans le rose bonbon acidulé, il y avait de la place pour développer une aspiration émancipatrice représentative d’une époque en perte de repères comme en manque de projection vers l’avenir.

Oublions la thématique de la paysannerie puisqu’elle n’est que très partiellement soulevée alors même qu’elle glisse dangereusement du côté de « l’Amour est dans le pré » …

Non, ce qui intéresse nos deux acolytes de mise en scène navigue dans le creux d’une odyssée de la dernière chance, parcours nécessaire afin de retrouver les vraies valeurs de la vie. Si l’authenticité parle, elle le fait de façon biaisée puisqu’elle ne se trouve jamais authentifiée. Ce paradoxe nous offre quelques bons moments de rigolade potache qui, pour cause de vacuité narrative, se transforme en une comédie franchouillarde qui a du mal à humaniser ses protagonistes. Ici, la chair est triste. Les gueules cassées aussi.

La conclusion façon « Blier » ne sauve pas le film de son erreur fondamentale : Essayer de comprendre le mal être d’une partie de nos concitoyens par le biais d’un décalage caustique mais non dénué d’amour, de compréhension et d’affection.

Geoffroy Blondeau

Note: 2/5

Saint Amour. Un film de Benoît Delépine et Gustave Kerven. En salles depuis le 2 mars 2016.

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