Les premiers, les derniers : Road-movie dans le plat pays…

Les premiers, les derniers : Road-movie dans le plat pays…

les-premiers-les-derniersIl est de plus en plus rare de voir sur un écran des films où tout paraitrait gris mais qui, en fait, recèle une infinie douceur. Douceur de l’être pour lui-même ; pour l’autre.  Car sans elle la réalité n’en serait que plus insupportable.

Il y a chez Bouli Lanners du Capra, mais sans son optimisme légendaire. Du Ferreri ou du Scola pour ses portraits assez corrosifs de ses compatriotes et surtout, et là réside peut-être sa principale qualité, un peu de la vision des frères Dardenne sur l’être humain.

Sans tendre au réalisme des multi-primés frères belges, Bouli Lanners s’évertue à construire ses histoires en croquant ici ou là des tranches de vie mettant en avant les difficultés des marginaux ou des laissés pour compte à se faire entendre. Que ce soit le toxicomane repentant dans Eldorado, les deux enfants abandonnés dans Les Géants, ou bien encore cette femme « légèrement handicapée » souhaitant revoir sa fille, la fibre sociale est esquissée subtilement, comme peinte par un metteur en scène soucieux d’une nature humaine fragile, délicate. À l’image de ses deux personnages principaux, incarnés par Dupontel et Lanners himself.

Les premiers, les derniers ressemble à  s’y méprendre à un road-movie un peu policier, sorte de western grisâtre avec un petit quelque chose de lunaire et d’absurde. Puis tout semble se défiler et se construire dans des espaces a priori vides. Et les liens se tissent, les caractères se définissent et s’enrichissent de manière insoupçonnée. À ce titre le personnage de Lanners est bouleversant tout comme la séquence avec ses deux papis qui mérite à elle seule la vision du film.

À cette douceur répond toutefois un glauque réel et poisseux qui imprègne régulièrement les longs-métrages belges (Bullhead, La merditude des choses, les films de Lucas Belvaux). Non, tout n’est pas rose dans le plat pays, et il faut tout le talent d’un Bouli Lanners capable de développer avec l’humilité qu’on lui connaît sa vision de l’humain, pour éclairer la grisaille des petites gens. Et parvenir à les faire sourire, à leur faire à nouveau espérer.

« Vivre, ce n’est pas seulement respirer » dit le personnage de Michael Lonsdale à celui de Bouli Lanners. En effet, c’est trouver un chemin sur lequel l’homme accompagnera des copains, des pairs, se battra contre des tristes sirs ou aidera l’éclopé. En fait Lanner est un philosophe. Ni le premier, ni le dernier.

Denis Baron

Note : 4/5

Les premiers, les Derniers. Un film de Bouli Lanners. En salles depuis le 27 janvier 2016.

Durée 1h38

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