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La grotte des rêves perdus : Herzog aux confins de l’humanité

La grotte des rêves perdus. Un film de Werner Herzog. France / USA. 2011. Durée 1h30.

Histoire : C’est une grotte immense, protégée du monde depuis plus de 20 000 ans parce que le plafond de son entrée s’est effondré. C’est un sanctuaire incrusté de cristaux et rempli de restes pétrifiés de mammifères géants de la période glaciaire. Pourtant, ce n’est pas le seul trésor que ce lieu unique au monde avait à nous offrir…

Retrouver Werner Herzog derrière un documentaire n’est pas, à proprement parler, une surprise puisque le cinéaste allemand est l’auteur d’une trentaine de films documentaires, tout format confondu, qui n’ont eu de cesse d’aborder la condition humaine. Mais celui-ci revêt un caractère unique proche du métadocumentaire si bien que la 3D compose enfin un mode de représentation idéale pour mettre en lumière l’incroyable voyage proposé par le réalisateur d’Aguirre.

© Ministère de la Culture de la République Française / Creative Differences / History Films

La plongée est visuelle, certes, mais également spirituelle, intellectuelle, en tout point sensorielle. Elle nous saisit dans un éblouissement simple dont la puissance évocatrice est sans égale. Si la rencontre est symbolique, elle s’avère également sacralisée quand l’Homme moderne se retrouve en face de ses ancêtres par l’entremise de peintures rupestres les plus anciennes jamais découvertes. La grotte des rêves perdus est un fabuleux voyage de plus de 30 000 ans ou pas moins de 400 représentations d’animaux s’animent devant nos yeux d’enfants, impressionnés par ce lieu sanctuaire sauvegardé de toute exploitation humaine.

Découverte en 1994 par Jean-Marie Chauvet – la grotte porte son nom –, Eliette Brunel et Christian Hillaire, la grotte Chauvet contient à ce jour la plus importante collection de représentations rupestres de l’art pariétal. La plus ancienne, également, avec une datation au carbone 14 qui situe ces gravures sur paroi à 34 000 ans. Soit une antériorité double à celle de Lascaux. La grotte, gardée en l’état depuis 20 000 ans à la suite d’un éboulement, est jonchée d’ossements d’animaux (ours des cavernes pour la plupart), et les peintures sont dans un niveau de conservation à peine croyable. On comprend mieux l’interdiction de l’État français, à l’exception de quelques scientifiques, d’ouvrir l’antre patrimoine au public. Néanmoins et pour un euro symbolique, le ministère de la Culture a autorisé Werner Herzog à filmer en équipe réduite les œuvres de la grotte de Chauvet.

Depuis sa tendre enfance, Herzog est passionné par les peintures rupestres. À tel point qu’il avoue que son éveil spirituel et intellectuel s’est fait grâce à la découverte de l’art pariétal. Cet amour pour l’acte créatif originel est ici parfaitement retranscrit par le cinéaste qui arrive à dompter les contraintes d’un lieu fascinant, car tout autant coupé du monde qu’il en fait définitivement partie. Herzog joue avec cette lumière artificielle pour rendre les formes des parois vivantes dans le silence millénaire d’un lieu embaumé qui accepte avec parcimonie l’intervention du narrateur – un certain Volker Schlondorff – accompagner notre découverte.

La caméra glisse littéralement sur les traits des dessins de lions, de mammouths, de rhinocéros, de chevaux ou de bisons. Avec sa 3D, le cinéaste allemand immerge le spectateur en lui donnant possession d’un lieu à jamais interdit. Au-delà du volume recréé, il redonne la vie à nos ancêtres-artistes capables, déjà, de maîtriser l’art de la perspective, du volume, du choix des tracés, comme de la préparation des parois. En somme, il nous ouvre les portes de l’histoire des hommes dans une authenticité quasi parfaite. D’où le caractère unique de ce documentaire.

Utilisée à bon escient la 3D se révèle être un procédé judicieux au service d’une démarche artistique exclusive. L’aventure de cette grotte des rêves perdus est une expérience initiatique rare qui entre directement en résonnance avec la beauté des représentations qui s’y dévoilent.

Geoffroy Blondeau