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Wrong cops : Quand l’absurde devient faiseur de sens…

Que dire de ce Quentin Durieux ? Qu’il est, comme nous en avons désormais l’habitude, bien barré, avec ses gueules ordinaires suintant une certaine médiocrité obscène. Et que si la société, au sens général du mot – ce qui, je vous l’accorde, ne veut pas dire grand-chose –, en prend pour son grade (la bassesse domine entre rire gras et pathétisme froid), elle prend également des chemins détournés, alambiqués, dézinguant toute logique normative faisant de Wrong Cops un vrai bon film à sketches perdu dans un no man’s land indistinct même si reconnaissable topographiquement (Los Angeles).

© Realitism Films / CTB / UFO Distribution

Marque de fabrique oblige, il n’y a pas vraiment de fil conducteur – en fait, si, mais il est si mince qu’il sert uniquement de relais entre les différents personnages – ni de trame révélatrice autour d’un quelconque discours propre à toute démarche narrative censée faire sens. La spécificité, qui fait ici office de loi dans ce qu’elle a de remarquable, s’érige par l’absurde et prend forme dans la composition d’une histoire possédant plusieurs pistes (comme celles d’une chanson). On peut trouver cela vain, factice, de circonstance ou tout simplement génial. Je vous laisse choisir même si, pour ma part, Wrong Cops n’échappe pas à certaines redites, tâtonnements syncrétiques d’un cinéaste bouffon sauvagement borderline pour ce qui est de décrire l’humain dans son humanité toujours très vacillante.

Alors il « beat » son film sur fond d’électro pour mieux le scander autour de ses « freaks » de flics qui vagabondent leurs carcasses improbables dans un Los Angeles lumineux, certes, mais également parfait réceptacle des incohérences du monde. En apparence Wrong Cops ne fait jamais dans l’unité. On le dévore par association de fragments très potaches, presque irréels, jamais illusoires, même si assez agressifs quand même. Il ne faut pas essayer d’y déceler la moindre logique. Il n’y en a pas. Ce qui permet à l’unité de grignoter alors sa place. Petit à petit. Pour atteindre le désordre, le vrai, celui de vies aberrantes dans un bordel structurant.

Et Quentin Dupieux s’amuse comme un fou à nous égarer sur les routes sinueuses de ces mauvais flics, âmes folles piégées dans un environnement égoïste aussi illogique que désopilant. À ce jour, il s’agit sans nul doute de son film le plus barré au sens, ou, justement, de sens, il n’y en a pas !

Geoffroy Blondeau

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Wrong Cops, un film de Quentin Dupieux

France, USA, Russe. 2013. 1h22

 

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