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Crimson Peak : Maison hantée à la sauce Del Toro…

Après l’échec critique et public de Pacific Rim (2013), la non-réalisation du Hobbit, l’adaptation fantasmatique des Montagnes hallucinées de Lovecraft toujours ajournée, mais avant son incroyable réussite de La forme de l’eau (2018), Del Toro nous a gratifié d’un remarquable conte horrifique tout droit hérité de la Hammer. À ce propos, il nous rappelle à quel point le mexicain est un esthète doublé d’un formaliste dont l’image n’est là que pour appuyer sa soif de créativité. Encore plus quand ce dernier bénéficie de moyens à la (dé) mesure de son imaginaire.

Crimson Peak donc. Une romance tragique, une décadence victorienne, une banale histoire de fantômes sublimée par des décors d’une beauté digne d’un Visconti. Si, initialement, voir Del Toro s’attaquer aux films de maison hantée laissait présager d’un grand huit étourdissant, avec moult frayeurs, Crimson Peak préfère les doux relents de l’atmosphère gothique, dont la mise en scène s’attachera à en dévoiler les innombrables détails.

© Legendary Pictures / Universal Pictures International France

Il est difficile de créer de nos jours un film de maison hantée totalement innovant et novateur. C’est pourquoi Del Toro ne s’affranchit jamais de ses aînés, bien au contraire, il rend à chaque instant un hommage bouleversant à toutes les Maison Usher ou Maison du diable, aux films de Bava, ceux avec Christopher Lee et Peter Cushing. Comme un abécédaire il récite avec précision ses leçons sans pour autant oublier d’y insérer ses obsessions et son sens du découpage : de Cronos au Labyrinthe de Pan tout son cinéma se retrouve à merveille dans Crimson Peak. Et que dire de la fameuse maison, personnage à part entière, vibrante, suffocante, impériale dans sa décrépitude dominant les vastes landes l’entourant, angoissante à travers ses salles de bains et autres chambres fleurant bon les traumas du passé.

Aucun doute à avoir quand il s’agit d’atteindre la perfection dans cette minutie qui le caractérise par le biais d’une reconstitution où chaque objet transpire d’une attention maniaque. La mise en scène ajoute un degré d’immersion supplémentaire pour nous promener tels des pantins dans chaque recoin de la demeure.

Évidemment on pourrait regretter que ce terrain-là soit bien connu et a été déjà maintes fois abordé. Les cinémas italien, anglais, américain ont tous, à leur manière, décrits les turpitudes d’individus coincés dans une demeure infernale où, selon le style et l’époque, la dominante s’axait sur les décors, la photo et le travail du clair obscur. Mais bouder Crimson Peak pour cette raison consisterait à passer à côté de son style gothique échevelé et de ce doux sentiment de se promener dans une propriété privée où tout nous semble à la fois familier et merveilleux. Del Toro en possède toutes les clés, alors n’hésitez surtout pas à les lui demander…

Denis Baron & Geoffroy Blondeau

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Crimson Peak, un film de Guillermo Del Toro

USA. 2015. 1h59

 

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