Zardoz : Le film culte de Boorman…

Film emblématique d’une époque – les seventies –, d’un genre – l’anticipation post-apocalyptique – et d’une façon de faire du cinéma, Zardoz, sans être ce chef-d’œuvre incompris pour les uns ou ce nanar coupable pour les autres, est devenu au fil du temps le film culte du maître anglais John Boorman.

© 20th Century Fox / Solaris Distribution

Si les raisons d’une appellation aussi galvaudée de nos jours sont parfois justifiées (aspect kitch, tenue vestimentaire de l’ex-agent secret de Sa Majesté Sir Sean Connery, effets visuels, thématiques développées d’un monde clivant, étagé, entre subordination et domination), elles ne peuvent soutenir la comparaison face aux innombrables qualités d’un métrage ambitieux, diaboliquement bien réalisé et d’un certain point de vue, très actuel.

Le dieu Zardoz survole les terres dévastées d’un monde futuriste (250 ans après notre ère) structuré sur trois niveaux – les immortels et maîtres de la planète, les exterminateurs au service du dieu Zardoz dont fait partie Zed et le reste d’une population asservie à qui l’on « balance » des fusils pour s’auto-massacrer. Si la voix gronde, le dieu parle et jette par flot des armes, rien ne facilite véritablement les motivations de Zed (exterminateur interprété par Sean Connery) à s’introduire dans le Vortex. Mais la curiosité est un possible qui peut être invoqué faisant alors du film une réflexion tout à la fois sociétale – condition et place occupée des uns vis-à-vis des autres – et philosophique.

On comprend vite que Boorman ne veut pas décortiquer forcément une lutte sociale binaire dans et entre les groupes suscités, et préfère concentrer sa narration au coeur du Vortex des immortels, lieu symbolique d’où découle l’origine de toute chose dans ce nouvel Eden post-apocalyptique (enfer pour les autres). Les rapports entre les individus seront perçus de façon biaisée, Zed bouleversant l’ordre établi, suscitant la curiosité comme le désir, le trouble comme les rivalités.

L’organisation communautaire des immortels, un brin champêtre, est portée par la vision d’une époque (celle du post 68 traumatisée par la guerre du Vietnam), c’est-à-dire réfractaire à toute forme d’individualisme – on dirait aujourd’hui de pensée libérale – plus proche du mouvement hippie que d’une forme d’organisation sectaire visant à l’harmonie par le collectif. Et encore, Boorman brouille les pistes puisque la communauté dominante refuse toute émancipation ou pensée dissidente, pour qui la dysharmonie d’un seul pourrait remettre en cause une société basée, de fait, dans un rapport de domination ou l’esprit prend le dessus sur la chair, la science sur la nature, la civilisation sur la barbarie. Mais de façon factice, illusoire, sans consistance ni passion.

© 20th Century Fox / Solaris Distribution

Cette société qui est loin d’être parfaite, enferme l’être humain dans une négation de sa propre nature et demeure d’autant plus insupportable que les immortels sont devenus apathiques, sans passion ni sexe. Zed va le comprendre, s’élever intellectuellement et émotionnellement pour « casser » de l’intérieur un système à l’agonie puisque figé par son immortalité paradoxalement mortifère.

La dernière séquence, brillante au demeurant, et qui a lieu dans une sorte de musée répertoriant les œuvres des civilisations des siècles passés mettra l’exterminateur en position de domination. L’humanité reprend ses droits par le refus de l’inutile, du mensonge, de la condescendance et, finalement, de la barbarie qu’il suscite envers tous ceux qui sont réduits à l’état de brutes.

John Boorman signe sans doute un film imparfait qui a certes vieilli visuellement, mais qui nous donne une raison de croire un cette humanité ou le rapport à l’autre, même dans sa violence ou ses discriminations sur lesquelles il faut lutter sans relâche, vaut sans doute mieux qu’une société soi-disant égalisatrice, mais excluante puisqu’au final totalitaire.

L’inversion des valeurs prédomine un film malin, intelligent, à la mise en scène racée qui, lors de son plan final prend tout son sens et nous rappel qui nous sommes et ce à quoi John Boorman n’aura cessé de s’interroger.

Geoffroy Blondeau

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Zardoz

Un film de John Boorman. Britannique. 1974. 1h45. 

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