Dallas Buyers Club : pulsions de vie…

© Voltage Pictures / Evolution Independent / UGC Distribution

Il y a des films imparfaits qui respirent l’authenticité. Dallas Buyers Club en fait partie. Magnifiquement même. Porté par son sujet grave – les ravages du Sida au milieu des années 80 –, le long-métrage du Québécois Jean-Marc Vallée possède l’émotion vraie, juste serais-je tenté de dire, qui façonne des instants de crédibilité, sorte de morceaux d’histoire contemporaine arrachés au courant incertain de la vie. Car le film parle uniquement du combat d’un homme (Ron Woodroof) contre la mort, celle programmée du Sida.

Ce combat, qui est d’abord personnel – égoïste –, deviendra au fil des mois une lutte ouverte, visible (il ne s’est jamais caché) et acharnée contre le corps médical, le système de santé américain de mèche avec l’industrie pharmaceutique, les préjugés (envers la communauté homosexuelle), la misère. Tout n’est qu’une question d’énergie, d’implication, de candeur voire d’évidence. Car le terrain domine. Pas la dramatisation d’une situation facilement lacrymale. Raison pour laquelle, sans doute, J.M Vallée adopte un style neutre, presque effacé question mise en scène. Ce qui compte ? Le regard. Celui d’un réalisateur scrutant les gestes de Ron dans sa détresse, sa colère, son abnégation, sa liberté. La représentation est délicate pour une fiction. Casse-gueule pour un simili biopic.

Mais il ne faudrait pas se tromper sur le sens à donner autour de cette histoire singulière. Nous sommes en présence d’une affirmation, celui d’un vécu, exemple parmi tant d’autres, d’un monde « portraitisé ». En faisant cela, le réalisateur ne se place pas forcément d’un point de vue politique, moral ou même sociétal (l’approche sociologique existe puisqu’elle est inhérente au contexte développé dans le film). L’affleurement demeure, évidemment, mais selon un rapport lié à l’époque, reconstitution exemplaire qui fait force de loi d’un point de vue narratif.

La plongée opère parce que l’errance solitaire – et communautaire – d’un homme en réaction est rendue possible par le contexte. Aujourd’hui, il serait presque impossible de figurer un « Ron » tel que nous le montre J.M Vallée. Ce drame, car drame il y a, est plus celui d’une époque, date charnière plombée par l’émergence pandémique du Sida. D’où l’aspect étriqué, volontairement autocentré d’un récit en forme d’insoumission terriblement humain. Or, la retenue réelle de Dallas Buyers Club le sauve du mauvais « trip » fier d’étaler sa crudité voyeuriste.

Heureusement, le principe d’urgence dans l’accomplissement d’une trajectoire de vie ordinaire mais bouleversée par un événement traumatisant prend le dessus. Et encore plus par l’entremise de Matthew McConaughey, incroyable en Ron Woodroof. Sa performance est épatante. Il irradie l’écran, n’en fait jamais de trop, au point d’en oublier l’acteur qu’il a été. L’ambiguïté d’une interprétation étalée dans le temps crée des points de rupture nécessaire à la dynamisation d’une narration, par ailleurs, assez linéaire.

Matthew et Ron sont indissociables. Physiquement comme émotionnellement. De fait, il relate par ce corps affaibli par la maladie une dramaturgie à part entière aussi introspective que persuasive.

Geoffroy Blondeau

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Dallas Buyers Club.

Un film de Jean-Marc Vallée. USA.  2014. Durée 1h57

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