Le Garçon et la bête : rencontre entre deux mondes…

Mamoru Hosoda continue d’explorer la part d’animalité qui existe en chacun de nous. Film sur la dualité dans un monde connexe, le Garçon et la bête reflète également le nécessaire chemin – cheminement – de la découverte de soi, c’est-à-dire de sa véritable nature, forgée par l’apprentissage dans la confrontation aux autres via un rapport dialectique sur l’existence. Bien plus qu’une quête initiatique d’un enfant en fugue à la suite du décès de sa mère, le long-métrage d’Hosoda est un conte fantastique familial capable de reformuler le réel par la seule force d’un imaginaire contextualisé pour l’occasion.

© Kadokawa Pictures / NTV

De toute évidence nous retrouvons chez Hosoda une persévérance salutaire à vouloir dépeindre la société japonaise dans ses entrelacs intergénérationnels avec, comme pierre d’achoppement, le rapport à l’autorité. En effet, si Kyuta fuit, c’est pour échapper à ses grands-parents maternels. Sa rencontre avec Kumatetsu – le guerrier venu du monde des bêtes – et son passage dans l’autre monde démontre l’absolue volonté de casser l’ordre établi pour se construire une identité en dehors des codes et des conventions habituelles. Si la mise en danger existe pour le jeune humain fanfaron et insolent, elle n’est pas de tout repos pour Kumatetsu, mentor par obligation aussi colérique qu’immature. Ainsi, la relation qui s’installe devient le cœur battant d’un film souvent drôle établissant une double dialectique, entre rapport d’autorité et affirmation individuelle propice à la réversibilité.

Pour faire simple, alors que le film ne l’est pas, affirmons que le maître dans son comportement est parfois, souvent, l’enfant et que l’enfant dans son attitude est parfois, souvent, la bête. Le duo ainsi formé est irrésistible, chacun se refusant d’admettre qu’il aurait besoin de l’autre pour progresser. Tout se fait alors par chamailleries interposées comme pour nous dire qu’il faut parfois s’obliger à vivre des expériences douloureuses dans le tumulte de la vie pour avancer. Le monde des bêtes, en tout point anthropomorphique, sert donc de laboratoire symbolique à cette histoire d’initiation loin de tout manichéisme. Si le film ne trace aucune ligne qui verrait, sans heurts, le petit Kyuta s’affirmer par l’enseignement de Kumatetsu, l’originalité du Garçon et la bête réside précisément dans la relecture des clichés de tout voyage identitaire par le biais d’une fable allégorique à la richesse visuelle étourdissante.

© Kadokawa Pictures / NTV

L’intime, trituré de façon ludique, est convoqué dans le brouhaha d’un monde fourmillant sa paranoïa. L’arrière-scène n’est jamais de façade. Elle stimule nos deux compères dans leur quête d’apaisement entre les combats et autres allers-retours incessants entre les deux mondes. Les enjeux de chacun sont ainsi définis : devenir le seigneur du royaume des bêtes pour Kumatetsu et se réaliser en tant qu’homme pour Kyuta. Le cinéaste brille par sa mise en scène foisonnante capable en quelques plans de modeler une parabole complexe et toujours entraînante sur l’identité, le passage à l’âge adulte, la gestion des frustrations comme des absences (celle d’une mère par exemple).

Si Hosoda ne résiste pas à nous proposer un climax très « animation japonaise » mais en tout point spectaculaire, il évite soigneusement l’écueil de la moralisation outrancière où les bons auraient triomphé des méchants. Car de méchants il n’y en a pas. Le mal qui gronde et qui peut ronger le cœur de celui qui se retrouve perdu, est un mal universel propre à toute société humaine. Il faut la combattre par l’éducation, l’apprentissage, la confiance mutuelle, le don de soi. Ainsi le sacrifice « paternel » renforce de façon admirable le discours d’un film humaniste qui tend à légitimer la démarche d’un très grand cinéaste.

 Geoffroy Blondeau

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Le garçon et la bête

Un film de Mamoru Hosoda. Japon. 2015. 1h58.

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