Films

Dark Touch : traumas des sens…

Dark Touch. Un film de Marina de Van. France. 2014. Durée 1h28.

Histoire : Une nuit, dans la campagne profonde, une maison isolée prend vie. Meubles et objets se rebellent contre les occupants, laissant Neve, une fillette de 11 ans, seule rescapée du massacre sanglant qui a décimé sa famille. Des proches la recueillent et s’efforcent de lui faire surmonter cette épreuve traumatique en l’entourant d’amour. Mais la violence continue de se manifester et Neve ne retrouve pas la paix…

Le cinéma de genre français a depuis bien longtemps mauvaise réputation.

Il y a De Weltz, réalisateur de Calvaire, mais il est belge.

Maurillo et Bustillo, responsables d’À l’intérieur et de Livide, mais leurs œuvres n’ont pas cette odeur de soufre dont on est en droit d’exiger face à de tels sujets.

Concernant Gaspard Noé il continue de tripatouiller son style jusqu’à la nausée, tandis que Kounen a depuis quelque temps troqué la tenue du Doberman pour celle de Coco Chanel.

Triste constat. Sauf que…

© Agat Films & Cie

En 2002 sortait sur les écrans Dans ma peau. Premier film scotchant sur la dérive d’une jeune femme en proie à un délire de scarification. Visuellement et émotionnellement le coup d’essai de Marina de Van est un coup de maître. Radical sans tomber dans la violence gratuite, réfléchi sans être plombant, Dans ma peau est un éprouvant voyage dans la psyché destructrice d’un être humain.

Le cinéma français se sentirait-il bousculé ?

Quelques années plus tard Marina de Van récidive avec un film a priori plus lisse, Ne te retourne pas, d’autant plus quand les actrices sont Monica Bellucci et Sophie Marceau. Peine perdue, cette histoire de quête identitaire est tout aussi troublante et sensitive que ne l’était celle de la scarifiée (même si sa dernière partie fut ratée).

Marina de Van semble donc, comme aucun autre réalisateur français, savoir instiller ce petit trouble qui gêne aux entournures, celui qui gratte jusqu’à s’en écorcher.

Pour son troisième long la réalisatrice a dû s’exiler en Irlande pour d’obscurs droits d’enfants acteurs. Un mal pour un bien, tant les paysages désolés et gris de l’île siéent à ravir au climat mystérieux et trouble de l’intrigue.

Sans rien dévoiler du sujet, Dark touch pourrait s’envisager comme un film d’horreur écrit par Jung ou bien par une Dolto qui veut faire son film de maison hantée. Le principe de la métaphore fonctionne ici jusqu’au malaise, et si de Van recourt à des procédés maintes fois vus dans le cinéma d’horreur, ce n’est que pour mieux décortiquer une autre horreur dont la réalisatrice a le secret. Horreur appuyée par une bande-son délicieusement dissonante et une photographie bleutée digne de Darius Khondji.

Dark touch donne froid dans le dos, dérange, surprend. Et si son final peut sembler absurde, il n’est que le reflet d’une absurdité bien plus grande encore, et qui ne peut faire l’objet d’aucune explication.

Marina de Van continue donc d’explorer un univers très personnel, fait de chocs et de traumas, un cinéma sensitif, difficile, renvoyant en miroir cruauté de l’existence et recherche de soi. Un jusqu’au-boutisme salvateur, sincère.

Denis Baron

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