Films

Love & Mercy : pop, rock et dépression…

Love & Mercy. Un film de Bill Polhand. USA. 2015. Durée 2h12.

Histoire : Derrière les mélodies irrésistibles des Beach Boys, il y a Brian Wilson, qu’une enfance compliquée a rendu schizophrène. Paul Dano ressuscite son génie musical, John Cusack ses années noires, et l’histoire d’amour qui le sauvera.

À l’instar de J. Edgar de Clint Eastwood (2012) ou de I’m not there de Todd Haynes (2007), Love & Mercy, du producteur-réalisateur Bill Pohland, est tout sauf un « simple » biopic à la gloire d’une icône narré en mode chronologique. De fait, Love & Mercy n’est pas un long-métrage sur les Beach Boys mais une étude centrée sur un artiste, véritable génie musical totalement incapable de se contenter d’aligner des hits à la gloire de la surf music.

© John Wells Productions / River Road Entertainment

La reconstitution s’émancipe alors de toute introduction inutile pour planter un décor anti-glamour, puisque concentré sur la seule figure digne d’intérêt, à savoir Brian Wilson, le leader des Beach Boys. Le film, tout en restant très musical, se parcours par l’exclusive d’un portrait, et adopte un ton aussi intrusif (scènes d’enregistrement) qu’introspectif en forme de plongée assez troublante dans la psyché d’un homme.

Pour essayer d’affronter avec pertinence la psychologie du personnage, le réalisateur va découper son film selon deux périodes distinctes espacées de vingt ans, dont le challenge aura consisté à trouver un point de jonction capable de faire émerger, via l’influence majeure de Brian Wilson, le « vrai son » des Beach Boys. Ainsi, le déséquilibre mental progressif d’un fils prodige ayant été battu par son père, ne peut se dissocier de la part créative de ce même fils perturbé par des voix intérieures. L’apogée musical des Beach Boys correspond à la fuite en avant d’un homme de plus en plus isolé, incompris, exclusif (il arrête les tournées, passe des journées entières à enregistrer, se dispute avec son cousin Mike Love, co-fondateur du groupe…).

Le décalage temporel entre les années 60, date à laquelle les albums Pet Sounds et Smile sont enregistrés – avec la fabuleuse partition Good Vibrations –, et les années 80, date à laquelle Brian Wilson traverse l’enfer sous l’emprise psychologique du docteur Landy, permet de mettre en exergue le sacrifice mortifère d’un Wilson mû uniquement par son désir de musique. Plus qu’une sensibilité à fleur de peau, il souffrira de se voir consumé au point de se perdre dans un abîme de néant, d’incapacité sociale, de terreur schizophrène.

Prise isolément, la partie des années 80 avec John Cusak, n’est pas des plus stimulantes. Discret, Bill Pohland refuse de filmer la déchéance absolue d’une icône. Logique. Alors il esquisse une détresse, certes touchante, mais peu abrasive. Dès lors, et même si tout semble véridique, le cinéaste à tendance à forcer le trait à coup de pathos, d’amour transi, de postures caricaturales puisque survolant une période compliquée qui aura duré des années. Pourtant, en y regardant de plus près, nous nous rendons compte de l’incroyable prééminence de la musique, seule vérité absolue sur laquelle tout le film se rattache.

La dichotomie est temporelle. Elle n’est pas spirituelle. L’âme de Brian Wilson, même endormie, scintille d’une lumière qui ne demande qu’à être rallumée. Par cette liaison dans la perte de contrôle, comme de repères, le réalisateur transfigure l’essentiel de tout bon biopic musical : l’exploration du processus créatif. À ce titre, comment ne pas mentionner les différentes et nombreuses sessions d’enregistrement du film. Celles-ci sont bluffantes de maîtrise, imprégnées de cette musicalité si particulière, reconnaissable entre mille. La retranscription par l’image frôle la perfection, de l’élaboration des morceaux aux essais en studio en passant par l’interprétation magistrale de Paul Dano en Brian Wilson. Cette partie, même si elle reste fragmentée pour correspondre au choix narratif de Pohland, constitue la pièce maîtresse du film.

Malgré une fin heureuse un peu rose bonbon (à l’image de celle de Sailor et Lula dans son éclatement de lumière faisant suite à des périodes plus sombres), Love & Mercy invite à redécouvrir la musique d’un groupe fondateur du rock moderne grâce au talent incomparable d’un homme torturé qui aura su vaincre ses démons.

 Geoffroy Blondeau

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