Films

Le jour des Corneilles : Fable naturaliste…

Le jour des Corneilles. Un film de Jean-Christophe Dessaint. France. 2012. 1h36.

Histoire : Le fils Courge vit au cœur de la forêt, élevé par son père, un colosse tyrannique qui lui interdit d’en sortir. Ignorant tout de la société des hommes, le garçon grandit en sauvage, avec pour seuls compagnons les fantômes placides qui hantent la forêt. Jusqu’au jour où il sera obligé de se rendre au village le plus proche…

Le Jour des Corneilles, récit naturaliste réalisé par Jean-Christophe Dessaint dont c’est, à ce jour, l’unique long-métrage d’animation en tant que metteur en scène, s’inscrit dans la tradition des contes pour enfants avec son histoire d’ogre imaginaire élevant au cœur d’une forêt mystérieuse peuplée d’esprits à têtes d’animaux, un enfant sauvageon appelé fils.

© Finalement / Max Films Productions

Si le film reste classique dans sa facture, il demeure incontestablement réussi, celui-ci n’étant fort heureusement pas conçu uniquement pour les enfants. D’autant que le réalisateur a eu la bonne idée d’inverser les repères habituels des contes horrifiques pour faire du monde des hommes celui où le danger rôde, contrée inconnue et fascinante pour le jeune Courge, l’enfant des bois, qui craint ce monde extérieur. En effet, son père, un rustre colérique, lui interdit toute excursion en dehors de la forêt, au point d’affirmer qu’aller au-delà de la lisière, c’est mourir à coup sûr. Mais Courge est curieux, comme attiré par cette étendue ouverte sur le ciel. En bravant l’interdit pour sauver son père victime d’une chute assez grave, il passe de l’ombre à la lumière, change de monde mais pas forcément de regard. S’ensuit une quête identitaire rocambolesque, enlevée, drôle, émouvante. Même si sa conclusion dans son explication casse un peu le mystère d’une histoire féerique à bien des égards.

De fait, l’incursion par-delà la forêt ne sera pas sans conséquence. Pour le jeune Courge – qui rencontrera la pétillante Manon, jeune fille du docteur du village –, comme pour son père. Leur destin est lié. Lié à cette forêt et à ce village si longtemps caché par un père devenu insensible à la chaleur humaine. Fort de cette thématique filiale initiale, le film développe plusieurs sous-thématiques qui lui sont indissociables. Au point de rendre tangibles – dans sa mise en action – les sentiments qui assaillent de toute part le jeune Courge. S’il découvre de nouvelles sensations (s’habiller, manger avec des couverts, discuter au clair de lune avec la pétillante Manon, dormir dans des draps, ne pas tuer des animaux pour le plaisir, ressentir de l’affection, de l’amour, de la tendresse…), il se refuse à jouir de cette accession au bonheur simple tant que son père n’aura pas (re)trouvé l’amour et la paix intérieure. Ce lien puissant servira jusqu’au bout de trait d’union dynamique au moteur romanesque d’une histoire conçue sur un mode de représentation, certes binaire, mais très didactique (forêt-village ; ombre-lumière ; barbarie-civilisation ; rêve-réalité ; père-fils).

Au-delà de la lecture proposée par le cinéaste, Le Jour des Corneilles vaut également le détour par son approche graphique. Le film est de toute beauté. Il se compose, dans un savant mélange de dessins peints au fusain, d’effet de lumières saisissant, de paysages posés et d’animation fluide, coulée, et très réaliste avec les personnages représentés. L’immersion est immédiate, presque magique. Un peu à la façon d’un Miyazaki, la poésie demeure. Car sous ses aspects simplistes, le destin du jeune sauvageon Courge frappe par son côté implacable, la vie trouvant toujours des chemins nouveaux qu’il ne faut pas avoir peur d’emprunter.

Les questions d’identité résonnent alors comme une mise en garde ou le tragique d’une situation se dispute à la nécessité de trouver un équilibre affectif pérenne. Reste le casting vocal. Il frise le sans-faute. La voix rocailleuse et profonde d’un Jean Reno répond à celle, beaucoup plus candide, de Laurànt Deutsch. L’alchimie fait mouche. Tout comme l’idée, géniale, d’avoir engagé le regretté Claude Chabrol afin qu’il prête son timbre si particulier au bon docteur.

Geoffroy Blondeau

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *