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Bad Lieutenant escale à la Nouvelle-Orléans : Herzog au top…

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans. Un film de Werner Herzog. USA. 2010. Durée 2h02.

Histoire : Terence McDonagh est inspecteur dans la police criminelle de la Nouvelle-Orléans. En sauvant un détenu de la noyade pendant l’ouragan Katrina, il s’est blessé au dos. Désormais, pour ne pas trop souffrir, il prend des médicaments puissants bien trop souvent… Déterminé à faire son travail du mieux qu’il peut, il doit faire face à une criminalité qui envahit toutes les vies, même la sienne.

Il paraît que Werner Herzog, avant d’aller tourner un remake qui n’en porte que le nom, n’avait pas vu le Bad Lieutenant de Ferrara, chef-d’œuvre de film noir subversif et crépusculaire.

Ce constat, à l’aune de la filmographie du cinéaste allemand, n’est pas surprenant. Le résultat de Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans est sans surprise, éloigné de l’original dans le ton mais pour le moins fascinant d’exubérance mortifère, bien aidé par sa temporalité indistincte et son luxe pour la perdition de l’âme.

© Millenium Films / Saturn Films

L’histoire se déroule à la Nouvelle-Orléans post Katrina (2005). Un flic, limite, fantomatique et sniffant de la coke à longueur de journée pour soulager un dos en bouillis, se voit confier une enquête sur le meurtre d’une famille d’immigrants africains. Du bayou à la ville et du centre-ville aux quartiers sinistrés, Terence McDonagh (Nicolas Cage qui en fait des tonnes) déambule son humeur vagabonde à la recherche des coupables et de toutes substances illicites capables de le faire tenir. Le personnage, prisonnier d’une narration aux ficelles tordues, aux scènes loufoques et autres évènements grossiers, nous entraîne dans sa déchéance quotidienne aux allures de chimères dans laquelle les gangsters dansent sur du Hip Hop et les iguanes vous fixent sur fond de Blues rageur. Sans se départir de son sens de la mise en scène à la beauté simple, la réponse du réalisateur face au décor ravagé d’une ville fantôme encore sous le choc, passe par une bonne dose d’absurde, de décalage, de langueur excessive, voire de grotesque.

Ce parti-pris n’est pas innocent. Il permet à Herzog de délaisser le thème de la rédemption christique invoquée dans le film de Ferrara pour celui, plus malin, de la satire. Le contrepoint est évident et Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans déroule son second degré parfois morne pour dézinguer sans complexe les codes du polar hollywoodien. C’est par moment jouissif, souvent facile, toujours personnel. De toute façon, il est difficile de croire que Werner Herzog n’ait pas voulu caricaturer une Amérique rongée par des démons qu’elle ne contrôle plus. De fait, l’histoire, a priori convenue, est constamment dynamitée par ce duo improbable (Werner Herzog derrière la caméra / Nicolas Cage devant celle-ci) faisant du cynisme une vertu, seule alternative capable de supporter l’angoisse d’un monde détruit, vaste dans sa décrépitude, circonscrit dans son devenir. Tout y passe – flics, voyous, petite amie, père, enquête, emmerdes de McDonagh et leurs résolutions « miraculeuses » –, et Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans devient une épopée intérieure aussi irréelle que vide.

Conséquence : les pérégrinations de McDonagh restent otages de sa folie, de son détachement, de sa quête personnelle, sans doute illusoire, forcément improbable. Peu importe alors l’enchaînement des évènements extérieurs puisque Werner Herzog utilise Nicolas Cage dans ce qu’il sait faire de mieux. L’exagération du je/jeu, l’agitation du corps, le roulement des yeux. Cage caricature Nicolas avec une délectation coupable qui fait plaisir à voir. L’acteur « performe » à chaque plan et répond ainsi à la volonté première de son réalisateur. Sabrer le métrage en explosant de l’intérieur une narration ou bien et mal se confondent en un espace flou car de prétexte, entre spectacle furibond et délire halluciné.

À ce titre, cet essai cinématographique mérite notre bénédiction. Si Werner Herzog ne réalise pas son meilleur film, il n’oublie pas sa patte. Il a su rythmer son film tout en lui donnant un ton, une saveur et une cohérence narrative autour de la vacuité de l’existence.

Geoffroy Blondeau

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