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Welcome

Welcome. Un film de Philippe Lioret. France. 2009. Durée 1h50.

Histoire : Pour impressionner et reconquérir sa femme, Simon, maître nageur à la piscine de Calais, prend le risque d’aider en secret un jeune réfugié kurde qui veut traverser la Manche à la nage.

Comment filmer l’afflux de réfugiés, leur errance, leur condition de rétention et leur espoir déchu, sans tomber dans le misérabilisme de circonstance ou la caricature facile ? Opérer en deux temps.

© Nord-Ouest Films / Mrs Films

Premier temps, l’introduction. Brillante, elle plante le décor d’une ville (Calais) devenue un lieu de rétention et non de passage pour les réfugiés. Filmée comme un documentaire, cette partie marque les esprits en érigeant le principe de réalité des flux migratoires sur le terrain : entassement des clandestins, techniques de passage aussi dangereuses qu’improbables, traque policière, justice expéditive…L’entame, carrée et informative, permet au cinéaste de nous présenter la situation du jeune kurde Bilal, contraint de trouver une solution pour rejoindre de l’autre côté de la manche celle qu’il aime.

Second temps, le développement fictionnel. Philippe Lioret tisse un fil dramatique par la rencontre entre deux hommes que tout sépare mais qu’une détresse sentimentale rapprochera. Le réalisateur focalise son attention autour d’un cas particulier pour nous parler des ces aventures humaines qui finissent, hélas, souvent mal.

Afin de ne pas tomber dans le mauvais pathos ou les clichés simplistes, le cinéaste contrebalance chaque point de vue pour retranscrire, le plus fidèlement possible, une situation complexe aux multiples répercussions (bénévoles distribuant des repas / habitants hostiles et délateurs ; flics zélés / inspecteur de police cassé et démotivé à faire ce que l’administration lui ordonne ; réfugiés en perdition / réfugiés n’hésitant pas à voler pour payer les passeurs…). Autour de ce contexte oppressant, Welcome développe une histoire d’entraide puis d’amitié entre Simon, maître nageur magistralement interprété par Vincent Lindon, et Bilal venu apprendre à nager pour traverser la Manche. Si la relation est rendu possible par la situation personnelle de Simon (récemment séparée de sa femme), la démonstration de ce qui se passe « là-bas » ne dévie pas d’un millimètre.

L’imbrication de ces deux actes ne nuit ni à l’histoire particulière de Bilal, ni à celle, universelle, de tous ces réfugiés. Le réalisateur ne construit pas un film politique, mais un drame humain où chaque personnage estime devoir agir en conscience. Simon aidera Bilal à accomplir son destin et Bilal autorisera Simon à se dépasser lui-même. L’entraide est réciproque, le dénouement fatal. Malgré cela, chaque clandestin a ses raisons de partir de chez lui, raison qu’il ne faut surtout pas juger mais essayer de comprendre. Soit le message d’un Lioret qui signe ici son meilleur film.

Geoffroy Blondeau

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