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Catégorie : Films

Comme des bêtes : et de trois!!!

Comme des bêtes : et de trois!!!

Comme-des-bêtes

Après Zootopie en début d’année et Le Monde de Dory plus récemment, voilà qu’un film d’animation vient à nouveau de réaliser un gros démarrage au box-office américain (je mets volontairement de côté Le Livre de la jungle de Jon Favreau). Avec 104M$ pour son premier week-end d’exploitation, le dernier long-métrage de Chris Renaud (Moi, moche et méchant 1 & 2) réalise le 6ème meilleur démarrage pour un film d’animation.

Brand Illumination, rattaché au studio Universal, est en passe de devenir plus lucratif que Dreamworks au point de concurrencer systématiquement la machine de guerre Disney/Pixar. Mise à part Hop !, mixte de prises réelles et de personnages animées à la sauce Alvin (2011), les quatre réalisations d’Illumination ont dépassé à chaque fois les 200 millions de dollars aux Etats-Unis.

Avec un tel démarrage, Comme des bêtes va sans doute faire beaucoup mieux pour terminer sa course entre 300-350M$. Dernier point qui a son importance. Les films produits par Universal ne dépassent jamais les 75M$, là où des films comme Zootopie ou Le Monde de Dory ont couté beaucoup plus cher (150M$ pour le premier et 200M$ pour le second). En effet, en termes de rentabilité, ces films sont pour ainsi dire imbattables…

De Nemo à Dory, une histoire de filiation…

Parlons, justement, du Monde de Dory. Avec 425M$, le film n’est plus qu’à quelques encablures du score, hors inflation, de Shrek 2, recordman US depuis 2004 pour un film d’animation. Il est donc certain qu’il fera mieux pour un final affolant compris entre 450M$ et 500M$. Ce succès, tout simplement incroyable, tient par la grâce d’une proposition narrative futée faisant du personnage secondaire du Monde de Nemo (Dory) le personnage principal et inversement (Marlin, le papa de Némo, devient donc le personnage secondaire). L’effet d’inversion fonctionne à bloc autour d’une histoire ou on reprend les mêmes pour valider, en quelque sorte, la raison même d’un périple marin haut en couleurs et en aventures.

Le film, sans être révolutionnaire, se délivre au détour d’un scénario plus introspectif que motivé par l’urgence de partir à la recherche de son enfant disparu malgré les dangers. L’immensité d’une mer infinie est au service du chemin à accomplir. Mais le périple change d’optique. Les différentes étapes à surmonter ne sont plus, en définitives, que les épreuves intimes d’un être à qui il manque une partie de soi. La recherche, beaucoup plus enclavée dans sa dimension géographique, peine à développer le même engouement dramatique que pour Némo.

En effet, les troubles de Dory déclencheurs de sa quête pour retrouver un lien filial brisé, ne peut tenir la comparaison face à un père héroïque mais imparfait lancé à toutes nageoires dans une course folle qui tient lieu de survie. Le canevas reste le même. Seul change la perspective d’une motivation. Malgré d’indéniables qualités, Le monde de Dory demeure plus faible dans sa capacité à lier le geste premier au moteur d’une action en forme de péripéties (retrouver Némo pour Marlin, retrouver ses parents disparus pour Dory).

Pixar garde néanmoins son âme dans ses promesses. Celles de formuler une histoire au-delà de sa dimension purement récréative et ludique.

Pour finir, je tenais à rappeler que Indépendance Day : Resurgence s’est planté. Au même titre que la suite des Tortues Ninja, la suite d’Alice au pays des merveilles ou Divergente 3. Les 100 millions seront atteints, certes, mais pour une suite dont le premier opus avait franchi les 300M$ en 1996, ça ressemble quand même à une belle pantalonnade.

Geoffroy Blondeau

Rattrapage. Saint Amour: Le verre à moitié vide…

Rattrapage. Saint Amour: Le verre à moitié vide…

saintamourQue dire du dernier film du couple « grolandais » Benoît Delépine et Gustave Kerven ? Qu’il est parfois drôle, souvent impertinent pour ne pas dire outrancier, sociologiquement faible, par moment poétique, doux, vraiment barré, sans aucun doute bâclé ou encore je-m’en-foutiste…Oui, Saint Amour, sans trait d’union, c’est tout ça à la fois dans un essai qui traîne sa relation filiale sur fond de road-movie pittoresque bien en peine pour trouver son rythme de croisière ainsi que sa finalité intrinsèque.

Si le vin coule dans une frénésie Rabelaisienne niant au dit breuvage tout aspect qualitatif, celui-ci sert de ligne de fuite à un pauvre gars orphelin d’amour de plus en plus écœuré par le métier ingrat d’agriculteur laitier (joué par l’excellent mais ici excessif Benoît Poelvoorde). Alors pour éviter le clash de trop, son père (Depardieu en mode peinard mais touchant) décide, en plein salon de l’agriculture, de partir avec ce fils « borderline » sur la route des vins. La vraie. À bord d’un taxi qui, n’ayant rien de mieux à faire, accepte de les véhiculer dans leur délire d’âmes en peine.

Si les deux cinéastes restent fidèles à eux-mêmes en cassant les codes dans leur façon très rock’n’roll de confronter personnages et environnement, le périple vinicole sonne en creux par éparpillement des sentiments au gré de rencontres pour la plupart féminine (mention spéciale à Céline Sallette et Charia Mastroianni). Leur pérégrination territoriale qui tangue d’un côté vers le pathétique et de l’autre vers le foutage de gueule essaie, en vain, de rendre compte d’un état, d’une solitude, d’une détresse ou d’une envie via un décalage caustique parfois proche du mauvais goût.

Ainsi les parties, sortent de sketchs inégaux dans leur fonction drolatique, sont supérieures au long-métrage lui-même qui tient plus de l’irrévérence que du mélodramatique. D’où le sentiment d’assister à spectacle ultraléger, presque facile même si percutant sur quelques saillies alcoolisées. Or, et sans tomber dans le rose bonbon acidulé, il y avait de la place pour développer une aspiration émancipatrice représentative d’une époque en perte de repères comme en manque de projection vers l’avenir.

Oublions la thématique de la paysannerie puisqu’elle n’est que très partiellement soulevée alors même qu’elle glisse dangereusement du côté de « l’Amour est dans le pré » …

Non, ce qui intéresse nos deux acolytes de mise en scène navigue dans le creux d’une odyssée de la dernière chance, parcours nécessaire afin de retrouver les vraies valeurs de la vie. Si l’authenticité parle, elle le fait de façon biaisée puisqu’elle ne se trouve jamais authentifiée. Ce paradoxe nous offre quelques bons moments de rigolade potache qui, pour cause de vacuité narrative, se transforme en une comédie franchouillarde qui a du mal à humaniser ses protagonistes. Ici, la chair est triste. Les gueules cassées aussi.

La conclusion façon « Blier » ne sauve pas le film de son erreur fondamentale : Essayer de comprendre le mal être d’une partie de nos concitoyens par le biais d’un décalage caustique mais non dénué d’amour, de compréhension et d’affection.

Geoffroy Blondeau

Note: 2/5

Saint Amour. Un film de Benoît Delépine et Gustave Kerven. En salles depuis le 2 mars 2016.

Rattrapage. The Revenant : Voyage entre les morts…

Rattrapage. The Revenant : Voyage entre les morts…

revenant-1280a-1449188082920The Revenant, exercice de style plus proche du survival que du western, n’est qu’un seul et même geste filmique étiré jusqu’à l’overdose afin de claquemurer le spectateur ébloui par tant de virtuosité vaniteuse. C’est parfois fascinant, organique, tendu, nerveux, éprouvant. C’est également pompeux, démonstratif, terne, linéaire, attendu.

Le dernier Iňarritu est une litanie de la souffrance, une genèse de la sauvagerie humaine, un condensé de l’indistinct d’une nature primitive, étalée, immense, froide et implacable. Le geste, je le répète, n’est pas interrogatif. Ni scrutateur. Il s’évertue à porter une star au-delà de son jeu pour concrétiser une destinée. Double, elle demeure autant fictionnelle que réelle. Car ici, la fiction à valeur de vérité. Au détriment de l’émotion comme d’un besoin de compassion pour un être qui revient d’entre les morts.

Dès lors la souffrance de Glass sera celle de DiCaprio. Et inversement. Abruptement. Sans différenciation, ni portée symbolique. Le filtre utilisé pour faire passer la pilule est axé sur l’idée de « performance ». Rien de plus. Dans un étalage priapique où le tour de force est érigé en principe. Mais réussir à tenir 2h30 en ne racontant presque rien d’autre que cette histoire de vengeance tient de l’exploit. Si Iňarritu confirme sa grande maîtrise technique (le film, quoi qu’en dise ses détracteurs, est visuellement bluffant), il valide également son parti-pris narratif dénué de toute réflexion philosophique. Le film, virtuose mais insipide, est aussi froid que les neiges arpentées par Glass malgré quelques scènes percutantes comme l’attaque d’un grizzli furibond.

Car aucune thématique, fut-elle légitime, ne peut survivre à la cannibalisation d’un rôle à l’abstraction totale sur une intrigue incapable, en définitive, d’interagir avec le cours des événements. L’histoire d’un homme aveuglé par sa soif de vengeance se développe au détriment de celle des « hommes », ce qui amenuise la portée historique, sociale ou politique de cette période. On le voit, Iňarritu s’en moque car tel n’est pas le propos d’un film qui aurait pu tout aussi bien se passer dans le désert de Mongolie ou en pleine forêt d’Amazonie. Si bien que le cinéaste mexicain se trouve obligé de nous servir une imagerie de pacotille, rêverie suspendue d’un bonheur lointain avec femme et enfant.

the-revenant-photo-560aa03ad546cLe monde décrit semble alors attendre la fureur d’un homme qui ne peut échouer dans sa quête, lui le fantôme de la nuit prêt à abattre la vengeance divine sur le trappeur John Fitzgerald (Tom Hardy). Chaque séquence est une épreuve, un parcours immuable creusant, étape après étape, les sillons de la sauvagerie humaine. Nature et culture sont noyées dans cette nécessité d’atteindre un horizon a priori inatteignable. Elle donnera la raison vitale d’un homme mort cent fois. Elle donnera la justification cinématographique d’un film-somme gargantuesque obnubilé par sa propre grandeur. Le cheminement se veut tendu, sensible, organique, primaire. Il va s’embourber dans une linéarité niant toute tragédie d’un possible renoncement.

Ainsi l’acteur se rend capable de tout pour ressembler au plus près – vrai – du rôle qu’il incarne (il n’hésite pas à manger du poisson cru, du bison cru, dort dans les entrailles d’un cheval mort, traverse des fleuves gelés…). S’il lui manque assurément une part d’ambiguïté capable d’humaniser sa longue agonie, il est tout à fait raccord avec l’esprit du film dans sa volonté inaltérable d’aller jusqu’au bout de lui-même et du rôle qui s’y raccroche. Il habite le personnage. Refuse toute nuance, performe comme jamais. L’oscar ne pouvait lui échapper. Légitime pour l’ensemble de son œuvre, celui-ci sonne en creux comme ce long-métrage techniquement parfait mais dénué de tout affect.

Geoffroy Blondeau

Note : 2/5

TheReveant. Un film de Alejandro González Iñárritu. En salles depuis le 24 février 2016.

Durée. 2h36

Peace to us in our dreams : Bouleversante balade…

Peace to us in our dreams : Bouleversante balade…

peace_to_us_in_our_dreams.jpg.pagespeed.ce.bVAVQRn_vKSharunas Bartas est un cinéaste rare et précieux. Rare car il filme peu. Précieux parce qu’il fait partie des derniers cinéastes à filmer l’effleurement du sensible d’une manière aussi radicale, triste, absolue.

Épure, silence et contemplation…

Le cinéaste lituanien a construit une œuvre intimiste, morcelée de fulgurances qui s’apaisent presque aussitôt. Entre ses premiers films quasi mutiques à la beauté confondante, Bartas filme la nature comme Tarkosky pouvait le faire en son temps. Indigène d’Eurasie, son avant-dernière œuvre glaçante et furieuse sur les frontières européennes et humaines, tisse une profonde méditation sur les mouvements intérieurs de l’être humain le faisant interagir avec ses semblables. C’est très souvent somptueux, continuellement tragique, profondément juste.

Peace to us in our dreams est une proposition de voyage, une espèce de transfert sensible sur l’amour et la perte. Il est important de savoir que sa compagne et muse, Katia Golubeva, s’est suicidée en 2011. Et que Bartas, qui joue le premier rôle, film aussi sa propre fille. Autant dire que la danse des spectres n’est pas loin.

Dans l’un de ses interviews, Bartas explique que tous ses films ne parlent que de lui-même. Parler de soi sans trop en dire, laisser l’image s’expliquer, faire confiance à la lumière pour s’exprimer, telle pourrait être sa méthode. Cette discipline, cette ascèse même, est encore plus prégnante dans son dernier film. Les regards, le mouvement des lèvres, les silences, telles sont les bases du langage du lituanien qui, à la fois, exorcise le mal être existentiel et embellie chaque parcelle du vivant.

Bouleversante, sa mélancolie en devient pardonnable. Et apaisante.

Denis Baron

Note : 4,5 / 5

Peace to us in our dreams. Un film de Sharunas Bartas. En salles depuis le 10 février 2016

Durée 1h47

Les premiers, les derniers : Road-movie dans le plat pays…

Les premiers, les derniers : Road-movie dans le plat pays…

les-premiers-les-derniersIl est de plus en plus rare de voir sur un écran des films où tout paraitrait gris mais qui, en fait, recèle une infinie douceur. Douceur de l’être pour lui-même ; pour l’autre.  Car sans elle la réalité n’en serait que plus insupportable.

Il y a chez Bouli Lanners du Capra, mais sans son optimisme légendaire. Du Ferreri ou du Scola pour ses portraits assez corrosifs de ses compatriotes et surtout, et là réside peut-être sa principale qualité, un peu de la vision des frères Dardenne sur l’être humain.

Sans tendre au réalisme des multi-primés frères belges, Bouli Lanners s’évertue à construire ses histoires en croquant ici ou là des tranches de vie mettant en avant les difficultés des marginaux ou des laissés pour compte à se faire entendre. Que ce soit le toxicomane repentant dans Eldorado, les deux enfants abandonnés dans Les Géants, ou bien encore cette femme « légèrement handicapée » souhaitant revoir sa fille, la fibre sociale est esquissée subtilement, comme peinte par un metteur en scène soucieux d’une nature humaine fragile, délicate. À l’image de ses deux personnages principaux, incarnés par Dupontel et Lanners himself.

Les premiers, les derniers ressemble à  s’y méprendre à un road-movie un peu policier, sorte de western grisâtre avec un petit quelque chose de lunaire et d’absurde. Puis tout semble se défiler et se construire dans des espaces a priori vides. Et les liens se tissent, les caractères se définissent et s’enrichissent de manière insoupçonnée. À ce titre le personnage de Lanners est bouleversant tout comme la séquence avec ses deux papis qui mérite à elle seule la vision du film.

À cette douceur répond toutefois un glauque réel et poisseux qui imprègne régulièrement les longs-métrages belges (Bullhead, La merditude des choses, les films de Lucas Belvaux). Non, tout n’est pas rose dans le plat pays, et il faut tout le talent d’un Bouli Lanners capable de développer avec l’humilité qu’on lui connaît sa vision de l’humain, pour éclairer la grisaille des petites gens. Et parvenir à les faire sourire, à leur faire à nouveau espérer.

« Vivre, ce n’est pas seulement respirer » dit le personnage de Michael Lonsdale à celui de Bouli Lanners. En effet, c’est trouver un chemin sur lequel l’homme accompagnera des copains, des pairs, se battra contre des tristes sirs ou aidera l’éclopé. En fait Lanner est un philosophe. Ni le premier, ni le dernier.

Denis Baron

Note : 4/5

Les premiers, les Derniers. Un film de Bouli Lanners. En salles depuis le 27 janvier 2016.

Durée 1h38

Les Huit Salopards : Boulevard en huis clos…

Les Huit Salopards : Boulevard en huis clos…

les huit salopards 2Dire de la France qu’elle aime Tarantino est un euphémisme puisque chacun de ses nouveaux films est attendu comme le Messie qui engueule ses ouailles pas assez avinées et trop politiquement corrects. Alors, quid de son dernier opus ?

Qu’il s’agit d’une somme en forme d’énormité filmique sans fioritures plus proche de la synthèse d’un cinéma référentiel à son propre cinéma, qu’à l’échappée novatrice dont on était en droit d’attendre. Néanmoins, Tarantino ne se cache pas uniquement derrière un ton ou un style reconnaissable entre mille et construit une parabole verbeuse – donc très longue –  selon un cadre précis – le huis clos –, en forme de lieu-spectacle de passage (une mercerie) où les tensions d’un pays tout entier (l’Amérique) se retrouvent claquemurées par sa représentation westernienne faite de gueules improbables dont le bad boy d’Hollywood a le secret.

Les Huit Salopards se savoure donc dans son étirement narratif par une pincée de western, par la présence de l’acteur fétiche Samuel L. Jackson en tête d’affiche et une durée de près de trois heures. Rien de bien neuf. Sauf que… Kurt Russell, Michael Madsen, Tim Roth et Jennifer Jason Leigh complètent le casting. Autant dire des putains d’acteurs tous plus ou moins disparus des écrans, et qui ont marqué, chacun à leur manière, le cinéma de genre ! Mention spéciale au grand Kurt, Plissken forever !, qui nous offre un rôle en or avec son personnage bourru et pas très finaud de chasseur de prime.

Ajoutez à cela un tournage en 70 mm (format rarissime prouvant une fois encore l’amour de Tarantino pour l’argentique et le cinéma) orchestré par une bande son tétanisant du grand Ennio Morricone et vous aurez probablement entre les mains le film le plus bandant de la rentrée.

Sans vouloir déflorer les quelques surprises du film, ce huitième long-métrage pourrait se résumer à une délicate réunion de famille dans un chalet perdu au milieu de nulle part, encerclé par un blizzard faisant office de menace extérieure (hommage non dissimulé envers The Thing de Carpenter). Le spectateur, presque impatient, attend un règlement de compte en bonne et due forme, la caméra ne cessant d’arpenter chaque recoin dudit chalet comme pour mieux nous faire languir. À ce petit jeu Tarantino est passé maître…

THE HATEFUL EIGHTLa post modernité des dialogues (mention toute particulière à la petite gâterie) entre en résonance avec le classicisme d’une mise en situation qui voit s’affronter des individus « triés sur le volet » que tout oppose. Le cynisme sert de moteur à l’explosion en germe, vacarme sanglant d’une impossible réconciliation que le réalisateur constate autant qu’il parodie. De toute façon Tarantino joue avec nos nerfs tant et si bien qu’au bout de deux heures de film il reste difficile de savoir ce que le réalisateur aura choisi de faire subir à ses personnages.

Bien sûr le film est bavard, très bavard même, d’autant plus quand les unités de temps et de lieu sont autant réduites. Du théâtre filmé en quelque sorte, sauf que le papa de Pulp Fiction insuffle son maniérisme à chaque seconde, sachant que son intrigue à la Dix petits nègres n’a pour but qu’une explosion filmique prévu dès son origine. Le reste ou l’essentiel, c’est selon, poindra le bout de son nez après moult artifices scénaristiques et autres histoires lancées ça et là pour faire éclore celle qui deviendra le déclencheur de cette si belle danse macabre.

Et s’il a été reproché régulièrement à Tarantino sa violence cynique comme gratuite, il parvient cette fois à dépasser ce constat pour toucher à un grand guignol jubilatoire qui risque d’en surprendre plus d’un.

Tarantino est un sale gosse, foutrement doué. Ne serait-il pas l’ultime salopard ?

Denis Baron et Geoffroy Blondeau

Note : 3,5/5

Les Huit Salopards. Un film de Quentin Tarantino. En salles depuis le 06 janvier 2016

Durée. 2h48

Le garçon et la bête: apprentissage forcée…

Le garçon et la bête: apprentissage forcée…

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Mamoru Hosoda continue d’explorer la part d’animalité qui existe en chacun de nous. Film sur la dualité dans un monde connexe, le Garçon et la bête reflète également le nécessaire chemin – cheminement – de la découverte de soi, c’est-à-dire de sa véritable nature, forgée par l’apprentissage dans la confrontation aux autres via un rapport dialectique sur l’existence. Beaucoup plus qu’une quête initiatique d’un enfant en fugue suite au décès de sa mère, le dernier opus d’Hosoda est un conte fantastique familial capable de reformuler le réel par la seule force d’un imaginaire contextualisé pour l’occasion.

Il y a de toute évidence chez Hosoda une forme de persévérance salutaire à vouloir dépeindre la société japonaise dans ses entrelacs intergénérationnels avec, comme pierre d’achoppement, le rapport à l’autorité. En effet, si Kyuta fuit, c’est pour échapper à ses grands-parents maternels. Sa rencontre avec Kumatetsu – le guerrier venu du monde des bêtes – et son passage dans l’autre monde démontre l’absolue volonté de casser l’ordre établi pour se construire une identité en dehors des codes et des conventions habituelles. Si la mise en danger existe pour le jeune humain fanfaron et insolent, elle n’est pas de tout repos pour Kumatetsu, mentor par obligation aussi colérique qu’immature. Ainsi, la relation qui s’installe devient le cœur battant d’un film souvent drôle établissant une double dialectique, entre rapport d’autorité et affirmation individuelle propice à la réversibilité.

Pour faire simple, alors que le film ne l’est pas, affirmons que le maître dans son comportement est parfois, souvent, l’enfant et que l’enfant dans son attitude est parfois, souvent, la bête. Le duo ainsi formé est irrésistible, chacun se refusant d’admettre qu’il aurait besoin de l’autre pour progresser. Tout se fait alors par chamailleries interposées comme pour nous dire qu’il faut parfois s’obliger à vivre des expériences douloureuses dans le tumulte de la vie pour avancer. Le monde des bêtes, en tout point anthropomorphique, sert donc de laboratoire symbolique à cette histoire d’initiation loin de tout manichéisme. Si le film ne trace aucune ligne qui verrait, sans heurts, le petit Kyuta s’affirmer suite à l’enseignement de Kumatetsu, l’originalité du Garçon et la bête réside précisément dans la relecture des clichés de tout voyage identitaire par le biais d’une fable allégorique à la richesse visuelle étourdissante.

L’intime, trituré de façon ludique, est convoqué dans le brouhaha d’un monde fourmillant sa paranoïa. L’arrière-scène n’est jamais de façade. Elle stimule nos deux compères dans leur quête d’apaisement entre les combats et autres allers-retours incessants entre les deux mondes. Les enjeux de chacun sont ainsi définis : devenir le seigneur du royaume des bêtes pour Kumatetsu et se réaliser en tant qu’homme pour Kyuta. Le cinéaste brille par sa mise en scène foisonnante capable en quelques plans de modeler une parabole complexe toujours entrainante sur l’identité, le passage à l’âge adulte, la gestion des frustrations comme des absences (celle d’une mère par exemple).

Si Hosoda ne résiste pas à nous proposer un climax très « animation japonaise » mais en tout point spectaculaire, il évite soigneusement l’écueil de la moralisation outrancière où les bons auraient triomphé des méchants. Car de méchants il n’y en n’a pas. Le mal qui gronde et peut ronger le cœur de celui qui se retrouve perdu est un mal universel propre à toute société humaine. Il faut le combattre par l’éducation, l’apprentissage, la confiance mutuelle, le don de soi. Ainsi le sacrifice « paternel » renforce de façon admirable le discours d’un film humaniste qui tend à légitimer la démarche d’un très grand cinéaste.

Geoffroy Blondeau

Note 4/5

Le garçon et la bête. un film de Mamoru Hosoda. En salles depuis le 13 janvier 2016.

Durée 1h59

Avril ou le monde truqué: Pour un monde meilleur…

Avril ou le monde truqué: Pour un monde meilleur…

avrilLa première qualité d’Avril ou le monde truqué tient dans sa proposition artistique (le film a obtenu le cristal au festival d’animation d’Annecy 2015). En effet, celle-ci, qui procède d’une mutualisation de compétence réussie, convoque, sans jamais dénaturer l’univers si singulier du dessinateur Jacques Tardi (Les aventures d’Adèle Blanc-Sec adapté au cinéma par Luc Besson en 2010), une histoire inédite à l’esthétique « steampunk » en parfaite cohérence avec son traitement uchronique. Cette disposition narrative, loin d’être évidente, permet aux deux réalisateurs de façonner en toute liberté leur monde rétro-futuriste bloqué à l’ère du charbon ou la mécanique des machines à vapeur domine tout progrès technologique et scientifique. Ainsi, nous nous retrouvons happés par la démesure d’un univers parallèle exubérant un temps des catastrophes perpétuel ou la ferraille parsème chaque décor vierge de toute végétation. Que dire, alors, de ce Paris transformé en une véritable bulle de pollution avec deux tours Eiffel aménagées en station téléphérique reliant Paris à Berlin.

Si l’histoire avec un grand H ne peut se soustraire à sa propre temporalité, les modifications événementielles décidées par les auteurs perturbent sa trajectoire, comme en atteste le règne de Napoléon V sur la France. Les années 40 s’inscrivent alors dans un autre temps, sans guerre mondiale, entre l’épopée historique et le conte fantastique. Conscients qu’il ne faut jamais brasser du vide quand on a de la matière, les cinéastes s’attachent à reconstituer avec brio, et minutie, un environnement visuel très graphique – merci Tardi – crédibilisant pour le coup cette réappropriation historique où se meuvent les différents protagonistes sur un air de fin du monde. Les ombres tutélaires de Jules Verne, Edgar P. Jacobs (Black & Mortimer), Miyazaki ou encore Katsuhiro Ôtomo (Steamboy) planent sur ce long-métrage d’animation absolument réjouissant.

Avril, comme une touche de couleur éclatante sur un film en noir et blanc, éveille, puis anime, toutes les curiosités d’une histoire mi-policière, mi-fantastique dont les grandes manœuvres politico-complotiste alimentent le concept d’immortalité, lui-même indissociable à l’équilibre de la planète. Le destin tragique de cette jeune fille devenue orpheline va faire écho à l’inanité d’une civilisation qui n’arrive plus à se réinventer. Pour cause. Une organisation traque les meilleurs savants pour les faire disparaître. L’intime d’une situation – les parents d’Avril, eux-mêmes savants, se font enlever sous ses yeux – dépasse alors la sphère privée pour englober des enjeux en résonance aux actions d’une héroïne malgré elle. Avril ou le monde truqué se construit comme un récit d’aventures, tout à la fois folklorique, futuriste, merveilleux, pessimiste, sombre mais toujours porté par un cœur tenace qui n’accepte pas la façon dont le monde tourne.

Avril-et-le-monde-truque-adapte-de-l-univers-de-Tardi-sacre-a-Annecy_article_popinElle, la rebelle un brin garçonne, ne baisse jamais les bras malgré un monde industriel agonisant, gris et technologiquement éteint. L’heure n’est plus à la prophétie de pacotille ni à la fascination aveugle d’une science soumise à la loi du plus fort. Non, le nœud narratif qui s’inscrit autour d’une critique des dangers d’une science sans contrôle – un peu naïvement il faut l’admettre –, se double d’une satire sociale et écologique. Mais le film ne perd pas son temps. Sa réussite ? Produire une dynamique vitale orchestrée via une folle course contre la montre à l’imagerie débridée. Le divertissement à la « Hergé », c’est-à-dire contextualisé, domine un long-métrage entretenant l’idée d’urgence. Urgence d’une fille dans la poursuite des travaux de ses parents. Urgence pour la domination du monde par un pouvoir impérial. Urgence d’en modifier la trajectoire. Urgence, enfin, dans la confrontation d’un monde ambivalent à la fois privé de science mais obnubilé par les inventions, la recherche, le progrès.

Au-delà des nombreux rebondissements pour le moins rocambolesques des péripéties d’Avril, elle-même accompagnée de son chat parlant Darwin (Philippe Katerine, épatant), de son grand-père Pops (Jean Rochefort, tout aussi épatant), du bon gars Julius et du très collant inspecteur Pizoni (Ah, Bouli Lanners…), les deux réalisateurs Christian Desmares et Franck Ekinci nous mettent en garde. Ils soulignent, à demi-mot seulement puisque le divertissement domine, l’importance du principe de responsabilité de toute recherche scientifique qui se doit d’être éthique, maîtrisée, écologiquement partagée. Rien n’est perdu d’avance et l’humanité doit devenir l’instrument de sa propre continuité. Le monde d’Avril est une invitation pour petits et grands à croire aux lendemains.

Le film, dans sa conclusion, n’est pas très éloigné de la philosophie de Hans Jonas qui estime que la science, aussi importante soit-elle, ne doit jamais mettre en danger les générations futures ainsi que l’équilibre naturel sur terre. Le long-métrage ne dit pas autre chose et prend, comme source d’espoir, Avril, cette jeune femme libre, aventureuse, acharnée, pleine de vie et surtout d’avenir.

Geoffroy Blondeau

Note 4/5

Avril ou le monde truqué. Un film de Christian Desmare et Franck Ekinci. En salles le 04 novembre 2015.

Durée 1h45

Rattrapage : Crimsom Peak: Demeure gothique…

Rattrapage : Crimsom Peak: Demeure gothique…

crimson-peak-chastainCarpenter profitant de sa semi retraite, Romero essayant vainement de trouver un second souffle et Raimi étant un peu trop happé par la machinerie hollywoodienne, il est de notoriété publique qu’aujourd’hui les plus grands artisans du fantastique populaire tel qu’on l’aime se résument en deux noms : Peter Jackson et Guillermo Del Toro. D’autant plus que ces derniers bénéficient de moyens à la (dé) mesure de leur imaginaire.

Après de multiples déboires, la non réalisation du Hobbit, l’échec de l’adaptation fantasmatique des Montagnes hallucinées de Lovecraft, Del Toro nous revient en très grande forme avec un conte gothique tout droit hérité de la Hammer. Et nous rappelle à quel point le mexicain est un esthète doublé d’un formaliste dont l’image n’est là que pour appuyer sa soif de créativité.

Crimson Peak donc. Une romance tragique, une décadence victorienne, une banale histoire de fantômes sublimée par des décors d’une beauté digne d’un Visconti. Si, initialement, voir Del Toro s’attaquer aux films de maison hantée laissait présager d’un grand huit étourdissant, avec moult frayeurs, Crimson Peak préfère les doux relents de l’atmosphère gothique, dont la mise en scène s’attachera à en dévoiler les innombrables détails.

Il est difficile de créer de nos jours un film de maison hanté totalement innovant et novateur. C’est pourquoi Del Toro ne s’affranchit jamais de ses ainés, bien au contraire il rend à chaque instant un hommage bouleversant à toutes les Maison Usher, Maison du diable, les films de Bava, ceux avec Christopher Lee et Peter Cushing. Comme un abécédaire il récite toutes ses leçons sans pour autant oublier d’y insérer ses obsessions : de Cronos au Labyrinthe de Pan tout son cinéma se retrouve dans Crimson Peak. Et que dire de la fameuse maison, personnage à part entière, vibrante, suffocante, impériale dans sa décrépitude dominant les vastes landes l’entourant, angoissante à travers ses salles de bains et autres chambres fleurant bon les traumas du passé. Nul doute que Del Toro atteint la perfection dans la minutie de sa reconstitution, chaque objet transpirant d’une attention maniaque, la mise en scène ajoutant un degré d’immersion qui nous promène tels des pantins dans chaque recoin de la demeure.

Évidemment on pourrait regretter que ce terrain là est bien connu et a été déjà maintes fois abordé. Le cinéma italien, anglais, américain ont tous, à leur manière, décrits les turpitudes d’individus coincés dans une demeure infernale où, selon le style et l’époque, la dominante s’axait sur les décors, la photo et le travail du clair obscur. Mais bouder Crimson Peak pour cette raison consisterait à passer à côté de son gothisme échevelé et de ce doux sentiment de se promener dans une propriété privée où tout nous semble à la fois familier et merveilleux. Del Toro en possède les clés, alors n’hésitez pas à les lui demander.

Denis Baron

Note 4 / 5

Crimsom Peak. Un film de Guillermo Del Toro. En salles depuis le 14 octobre 2015.

Durée 1h59

The Visit : une rencontre extraterrestre : Qui sommes-nous vraiment?

The Visit : une rencontre extraterrestre : Qui sommes-nous vraiment?

the visitÀ la différence de Into Eternity, the Visit : une rencontre extraterrestre ne se construit pas sur une réalité tangible – mise en place d’un programme d’enfouissement des déchets nucléaires financé par la Finlande –, mais prend la forme d’une hypothèse maintes fois abordée au cinéma : La rencontre de l’Homme avec une intelligence extraterrestre. Néanmoins, dans ce cadre précis, nous sommes loin du divertissement Hollywoodien puisque Michael Madsen cherche à poser les conditions documentaires capables d’aborder le plus sérieusement du monde les questions qui ne manquent pas d’alimenter un tel scénario. Tout y passe pour anticiper l’accueil de ces visiteurs. Quel comportement à aborder, quelles actions à mener, par qui (gouvernements ou ONU), comment et, le plus important peut être, à partir de quel medium délivrer l’information. The Visit fascine par sa rhétorique d’emboitement visant à anticiper l’inconnu, le possible, le probable, l’attendu.

Au réalisateur, alors, d’imaginer une trame narrative capable de nous proposer une lecture intelligible sur les conditions de ce contact inédit. Pour étayer son propos, le cinéaste s’appuie sur les nombreuses réflexions de spécialistes dans ce domaine, qu’ils soient militaire, sociologue, politique, avocat ou encore ingénieur spatial. Aucun sensationnalisme ne vient entrecouper ce voyage aux confins de notre conscience. Michael Madsen va, au contraire,  parsemer sa démonstration d’images de fiction, sorte d’errance flottant au-dessus de paysages urbains ou ruraux indistincts. La caméra s’affranchit de l’esthétisme froid et balisé du documentaire scientifique pour se mettre à la place des « autres ».  Ce que nous découvrons ressemble alors à un patchwork au ralenti d’images neutres de lieux remplis d’humains. Est-ce la retranscription visuelle de nos hôtes tétanisés par ce qu’ils découvrent ou bien l’agrégat en technicolor de ce que nous sommes, au cœur de notre monde, de notre temps, de notre spiritualité ? Le flou artistique qui accompagne ces différentes séquences affaibli la fascination autour de ces supputations. Nous sommes alors pendus aux lèvres des spécialistes. Et la part dit « classique » du documentaire prend le dessus.

Néanmoins, par ce montage spécifique – alternance d’interviews d’experts et d’images subjectives composées pour l’occasion –, Michael Madsen dépasse l’aspect factuel, technique ou pragmatique d’une mise en relation pensée au plus haut niveau d’un point de vue protocolaire et communicationnelle.  En effet, en créant les conditions d’une évidence (la rencontre), il place l’Homme en face de sa propre condition. Comment, en effet, ne pas être bouleversé devant un tel impact anthropologique qui nous questionne directement sur la place de la civilisation humaine dans l’univers. À travers cette interrogation grandit l’espérance, presque rassurante, de n’être pas les seuls dans le cosmos. Car, au-delà des scénarios proposés en cas de prise de contact, la tragédie serait de croire qu’il n’y a rien ou, pire encore, qu’aucune forme intelligente ne désire entrer en communication avec nous.

Si l’aspect fictionnel du documentaire n’apporte aucune plus-value à la démonstration de Michael Madsen, il nous plonge dans un voyage fantastique aux multiples interrogations.

Geoffroy Blondeau

Note : 2,5 / 5

The Visit : une rencontre extraterrestre. Un film de Michael Madsen. En salles le 04 novembre 2015.

Durée 1h23