Barbara : Double jeu…

Barbara : Double jeu…

BarbaraÀ n’en pas douter, Amalric aime Barbara. Non en raison du film qu’il lui consacre, mais par la façon dont celui-ci a construit son portrait. En effet, cet anti biopic excelle à revendiquer l’ineffable d’une artiste suffisamment mystérieuse pour ne pas être faussement recopiée dans l’illustration de tranches de vie imposées.

L’objectif de Barbara s’extirpe alors des sentiers battus pour se hisser au-delà de l’admiration béate proche du mauvais panégyrique. Amalric préfère nous embarquer dans un quotidien essentialisé afin d’en saisir les nuances par fragmentation, le temps du réel reconstitué n’ayant de cesse de chercher la figure de l’artiste. Le tâtonnement prend forme dans l’évocation et non dans le luxe d’un mimétisme froid.  De fait, le regard domine, comme les silences, pour narrer par le jeu qui se cherche une artiste qui se doit d’être fascinante, complexe, sensuelle, imprévisible. Ce kaléidoscope est rythmé par une narration volute portée idéalement par une actrice à qui l’on demande pour les besoins d’un film de se fondre dans le personnage (Barbara est jouée par Brigitte, elle-même interprétée par la fabuleuse Jeanne Balibar).

C’est par ce biais scénaristique que l’intime se dévoile. Il est bien sûr celui d’Amalric – celui-ci interprète le réalisateur du film, à la fois réservé, admiratif, obsessionnel – qui pousse le procédé au point de nous confondre totalement dans la stupeur de nombreuses séquences où l’on ne sait plus très bien qui est qui. Ici la reconstitution s’imbrique au réel pour créer l’illusion parfaite dans cette quête poétique proche des âmes. Labyrinthe féminin, Barbara est un long-métrage allusif parsemés d’attitudes non retenues, de désirs consommés, de colères sèches, de solitudes à peine feintes, de rires spontanés, de spleens créatifs.

Le film dans le film n’est pas un mauvais prétexte à l’évitement ; encore moins un caprice de stylisation exacerbé par manque d’inspiration. Au contraire, il s’agit de nous livrer par cet essai libre de toute contrainte chronologique, l’essence même de l’artiste Barbara dans sa mise en représentation. Si le fantasme est là, gourmand mais discret, la construction de l’être « portraitisé » s’intellectualise à mesure qu’il tourbillonne.

L’intromission atteint une forme de paroxysme cinématographique lorsque des images d’archives de la vraie Barbara se superposent avec celles du film. La sensation est étrange, aussi belle que  factice, au point que l’on ne sait plus trop quoi penser de cette imbrication Barbara-Balibar proche de la métempsychose. Si l’effet est osé, voir stupéfiant, il mérite des louanges puisqu’il use et abuse du discours d’un cinéaste qui préfère proposer un chemin, même sinueux, plutôt qu’une destination.

Sans la connaître, nous avons l’impression de côtoyer Barbara depuis longtemps, de la découvrir aussi, de l’aimer sans doute et de s’autoriser, enfin, à l’observer par la grâce d’un projet de cinéma ambitieux dont le charme presque désuet nous envoûte pour ce qu’il est : une déclaration d’amour !

Geoffroy Blondeau

Barbara. Un film de Mathieu Amalric. Actuellement en salles.

 

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