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Auteur : Geoffroy Blondeau

Ça terrorise l’Amérique…

Ça terrorise l’Amérique…

CaEn cette fin d’été plus que morose, le salut des grands studios n’est pas venu d’un énième blockbuster ultra marketé jusqu’à l’overdose, mais d’un film horrifique à 35M$. Certes, le personnage du dit film n’est pas inconnu du grand public et n’a pas été laissé à l’abandon par son/ses studio(s) bien à l’œuvre lors d’une campagne promotionnelle intelligente et surfant sur le vide programmatique de la fin août (Warner Bros., New Line).

Ça, adapté du roman de Stephen King (il ne s’agit donc pas d’un remake mais bien d’une nouvelle adaptation), avait la voie libre pour cartonner lors de son premier week-end. Après la déconfiture d’un été déceptif au box-office US, le week-end du Labor Day, qui sonne la fin de la récréation estivale (2-4 septembre), fut le pire depuis 17 ans. Et, bien évidemment, cela n’a pas raté ! Le film d’Andres Muschietti a pris les commandes pour signer un démarrage historique pour un film rated-R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés) sortit au mois de septembre. Avec 123 millions de dollars Ça enterre le précédent record du meilleur premier week-end pour un film d’horreur (Paranormal Activity 3 et ses 52 millions de dollars en 2011) et se rapproche de celui de Deadpool (132M$), recordman pour cette catégorie.

Les 200 millions de dollars sur le sol US seront une évidence, les 250M$ une quasi-certitude et les 300M$ envisageables. Les critiques, plutôt bonnes, le buzz sur la toile et les réseaux sociaux, la pénurie de bons films et l’emprise populaire d’un personnage issu de la littérature de genre ont cristallisé l’attention autour d’un « produit » consommable pour l’effroi qu’il est censé assurer lors de la projection. Sans parler de raz-de-marée, il s’agit à coup sûr d’un énorme succès venant, en quelque sorte, valider la puissance d’attraction d’un cinéma de genre de plus en plus vaillant au box-office.

Après Guet Out (175M$), Split (138M$) et Annabelle 2 (97M$ et toujours en exploitation), Ça bouleverse l’ordre des choses pour ressusciter l’engouement d’un public venu en masse confronter ses propres peurs devant un divertissement horrifique surnaturel déclinant la figure protéiforme du monstre.

Get_OutS’il est inutile de revenir sur les nombreux échecs estivaux (Transformers, La Momie, Alien : Covenant, Baywatch, La Tour Sombre, Valerian, King Arthur) et autres amères déceptions (Pirates des Caraïbes, Cars 3, La planète des Singes), je voulais signaler que le troisième et très médiocre épisode de Moi, moche et méchant venait de dépasser le milliard de dollars dans le monde. Même malade, la bête n’est pas morte. Et il ne faut pas croire qu’elle se laissera crever comme ça. Lorsque l’on voit les succès incroyables des Jurassic World, Avengers et autres Star Wars, on se dit que l’industrie Hollywoodienne n’est pas encore sur le point d’imploser.

En 2013, Spielberg et Lucas avaient prédit, comme certains cabinets d’analyse financière, l’effondrement des superproductions au budget indécent. Or et pour des raisons de mise en production parfois très longue, le changement de « paradigme » voulu par Spielberg n’a pas encore été enclanché. Et cela malgré le succès à répétition de petits films au budget parfois rachitique. Car, il ne faut pas en douter, les véritables bénéfices se font sur ces films et non sur les blockbusters à 200 millions de dollars. Mais non, rien n’y fait et il est difficile de modifier une économie qui fait travailler des milliers de salariés et qui, surtout, paye ses stars, ses agents et les sociétés de marketing et de placement des marques.

Je disais que Ça avait trouvé son public en réponse aux désillusions d’un été morose. C’est en partie vrai. Mais seulement en partie car distribuer un film d’horreur de 35M$ sur 4103 écrans c’est reproduire la politique monopolistique des blockbusters. Le problème n’est donc pas uniquement lié au budget puisque la notion de distribution et donc de diversité reste primordiale. Ça est un film de studio au budget restreint. Soit un risque financier calculé riche en promesse de franchise (la suite a déjà été annoncée) qui procède des mêmes stratégies que la plupart des gros films distribués par les grands studios Hollywoodiens.

Est-ce donc l’arbre qui cache la forêt ? Oui, si l’on tient compte de cette emprise sur une offre qui n’arrive plus à exister au-delà d’un type de cinéma ultra calibré et de plus en plus mondialiste. Outre le marché US, il faut aujourd’hui plaire au reste du monde quitte à rentabiliser un film en dehors de son pays d’origine. Le cinéma transfrontière devient le nouvel Eldorado des studios de moins en moins préoccupés par la qualité voire l’originalité des films produits. Le cas de la nouvelle saga Star Wars est, ce point de vue, édifiant. Il ne faut rien proposer qui ne sorte d’un cahier des charges niant toute légitimité au cinéma de divertissement, au vrai.

Mais alors, quelle place de diffusion reste-il aux films indé ou d’auteur une fois que sont passés les blockbusters et les films de moindre coût mais issus du même ADN ? Peu ou pas de place du tout. Et c’est bien le drame du cinéma qui doit rester avant tout une expérience en salle et non devant son homme cinéma dans un service à la commande.

Geoffroy Blondeau

Comme des bêtes : et de trois!!!

Comme des bêtes : et de trois!!!

Comme-des-bêtes

Après Zootopie en début d’année et Le Monde de Dory plus récemment, voilà qu’un film d’animation vient à nouveau de réaliser un gros démarrage au box-office américain (je mets volontairement de côté Le Livre de la jungle de Jon Favreau). Avec 104M$ pour son premier week-end d’exploitation, le dernier long-métrage de Chris Renaud (Moi, moche et méchant 1 & 2) réalise le 6ème meilleur démarrage pour un film d’animation.

Brand Illumination, rattaché au studio Universal, est en passe de devenir plus lucratif que Dreamworks au point de concurrencer systématiquement la machine de guerre Disney/Pixar. Mise à part Hop !, mixte de prises réelles et de personnages animées à la sauce Alvin (2011), les quatre réalisations d’Illumination ont dépassé à chaque fois les 200 millions de dollars aux Etats-Unis.

Avec un tel démarrage, Comme des bêtes va sans doute faire beaucoup mieux pour terminer sa course entre 300-350M$. Dernier point qui a son importance. Les films produits par Universal ne dépassent jamais les 75M$, là où des films comme Zootopie ou Le Monde de Dory ont couté beaucoup plus cher (150M$ pour le premier et 200M$ pour le second). En effet, en termes de rentabilité, ces films sont pour ainsi dire imbattables…

De Nemo à Dory, une histoire de filiation…

Parlons, justement, du Monde de Dory. Avec 425M$, le film n’est plus qu’à quelques encablures du score, hors inflation, de Shrek 2, recordman US depuis 2004 pour un film d’animation. Il est donc certain qu’il fera mieux pour un final affolant compris entre 450M$ et 500M$. Ce succès, tout simplement incroyable, tient par la grâce d’une proposition narrative futée faisant du personnage secondaire du Monde de Nemo (Dory) le personnage principal et inversement (Marlin, le papa de Némo, devient donc le personnage secondaire). L’effet d’inversion fonctionne à bloc autour d’une histoire ou on reprend les mêmes pour valider, en quelque sorte, la raison même d’un périple marin haut en couleurs et en aventures.

Le film, sans être révolutionnaire, se délivre au détour d’un scénario plus introspectif que motivé par l’urgence de partir à la recherche de son enfant disparu malgré les dangers. L’immensité d’une mer infinie est au service du chemin à accomplir. Mais le périple change d’optique. Les différentes étapes à surmonter ne sont plus, en définitives, que les épreuves intimes d’un être à qui il manque une partie de soi. La recherche, beaucoup plus enclavée dans sa dimension géographique, peine à développer le même engouement dramatique que pour Némo.

En effet, les troubles de Dory déclencheurs de sa quête pour retrouver un lien filial brisé, ne peut tenir la comparaison face à un père héroïque mais imparfait lancé à toutes nageoires dans une course folle qui tient lieu de survie. Le canevas reste le même. Seul change la perspective d’une motivation. Malgré d’indéniables qualités, Le monde de Dory demeure plus faible dans sa capacité à lier le geste premier au moteur d’une action en forme de péripéties (retrouver Némo pour Marlin, retrouver ses parents disparus pour Dory).

Pixar garde néanmoins son âme dans ses promesses. Celles de formuler une histoire au-delà de sa dimension purement récréative et ludique.

Pour finir, je tenais à rappeler que Indépendance Day : Resurgence s’est planté. Au même titre que la suite des Tortues Ninja, la suite d’Alice au pays des merveilles ou Divergente 3. Les 100 millions seront atteints, certes, mais pour une suite dont le premier opus avait franchi les 300M$ en 1996, ça ressemble quand même à une belle pantalonnade.

Geoffroy Blondeau

Alice se gamelle, X-Men ne décolle pas…

Alice se gamelle, X-Men ne décolle pas…

Alice autre cote miroirLa séquelle de Disney, bien dispensable il est vrai, s’est pris une gamelle. Et une belle. Comme quoi tout arrive à l’image cette méga-production de l’écurie Disney qui ne performe pas aux States. Cela n’est pas pour me déplaire tant l’ultra domination des longs-métrages de la firme aux grandes oreilles vire à la position monopolistique financière.

Avec 26 millions de dollars pour son week-end d’ouverture, le dernier film de Johnny Depp risque de rencontrer de grosses difficultés pour aller taquiner les 100 millions de dollars. Il faudra attendre les résultats à l’international pour dire si le film perdra réellement de l’argent. Il s’agit, au passage, d’un énième échec pour l’acteur depuis le quatrième épisode de la franchise des Pirates.

Pour comprendre cette déception, nul besoin de se tourner vers le nouvel opus des X-Men. En effet, celui-ci, sans se vautrer au box-office, ne réalise pas non plus un grand démarrage. 65 millions en trois jours et 79M$ en 4. Pas de quoi défriser le box-office, même si cela reste honnête. Mais, comparé aux trois autres sorties super-héroïques de l’année, le dernier Bryan Singer ne fait pas le poids. Si la qualité n’est pas, a priori, au-rendez-vous, le film n’a surtout pas réussi à surfer sur le capital sympathie de l’opus précédent pour boxer le box-office.

Les 200 millions de dollars ne seront pas atteints. Les 180M$ tout au plus. Ce qui relativise le soi-disant plantage de Batman V Superman (330M$). Comme à son habitude, l’international fera le reste pour des « produits » filmiques de plus en plus universalisés.

Captain America : Civil War se rapproche des 400M$. Déjà ! Si la chute s’avère assez nette, le succès est là pour un final juste au-dessus d’Iron Man 3. Que dire de plus si l’on pense à son milliard doré…

Quant à Sony, le studio se démène comme il le peut avec son adaptation d’une application smartphone. Angry Birds, le film ira au-delà des 100 millions de dollars mais pas beaucoup plus. Aucune importance puisque le film sera rentable et sans doute décliné en suites approximatives et bien inutiles.X-Men-Apocalypse-launch-quad-poster-1200x903Faisons un peu de prospective…

Ce week-end sort la suite (encore une) des Tortues Ninjas. Fort du succès du premier épisode et de l’insuccès des deux films cités plus haut, l’espoir est de mise. La baisse sera au rendez-vous mais pourrait être plus mesurée que cela.  Je table donc sur un démarrage aux alentours des 35-40 millions de dollars pour un final proche des 120 M$.

X-Men Apocalypse va chuter. Et lourdement. -60 à 65% pour un week-end entre 23 et 26M$ ; cumul à 118-120M$.

Pour Alice de l’autre côté du miroir pas de miracle. -50% à 13M$ pour un tout petit cumul de 53-54 millions de dollars lorsque le Livre de la jungle s’approche des 350 millions de dollars.

Geoffroy Blondeau

Chute record pour Batman v Superman…

Chute record pour Batman v Superman…

batman-v-superman-l-aube-de-la-justiceJ’ai préféré attendre le second week-end pour en avoir le cœur net. En effet, et sans l’avoir vu, tout concordait pour que Batman v Superman se gamelle dès son second passage dans les salles obscures américaines. Sans concurrence, le film de Snyder ne séduit pas et, passé la frénésie des fans comme celle des plus curieux, point de réserve pour ce choc au sommet.

La conséquence est sans appel. Une chute de 68% pour passer de 166M$ à 52M$. Le cumul, déjà très respectable, est de 261M$ estimés. Les 300 seront atteints. Mais c’est un minimum lorsque l’on réunit les deux figures emblématiques de l’univers DC! Avec le cumul des scores à l’international, le film devrait terminer sa course entre 900 et 950 millions de dollars. Sa chute rapide partout dans le monde risque, en effet, de compromettre son accession au milliard de dollar. Assurément décevant même si rien n’est encore joué.

Non, l’humiliation, la seule qui vaille, vient de Deadpool. Avec un week-end à 3,5M$, le long-métrage estampillé Marvel accroche un remarquable 355 millions de dollars. Chiffre que ne fera donc pas Batman V Superman. Cet affront ne risque pas de disparaître de sitôt puisque les dernières projections des sites spécialisés prédisent au troisième opus de Captain America un véritable carton. Les 400 millions sont envisagés avec confiance, bien aidé en cela par l’arrivée d’un certain Iron-Man à l’affiche.

Un dernier mot pour mentionner l’incroyable longévité de Zootopie. Le film ne cesse d’étonner et, sans concurrence véritable, il peut envisager d’aller dépasser les 300 millions de dollars. Depuis Volt (2009), le studio ne connaît plus l’échec dans ses productions animées.

Au 4 avril 2016 :

Batman v Superman : 261M$ pour un final à 340M$

Deadpool : 355M$ pour un final à 362M$

Zootopie : 275M$ pour un final à 325M$

Geoffroy Blondeau

Rattrapage. Saint Amour: Le verre à moitié vide…

Rattrapage. Saint Amour: Le verre à moitié vide…

saintamourQue dire du dernier film du couple « grolandais » Benoît Delépine et Gustave Kerven ? Qu’il est parfois drôle, souvent impertinent pour ne pas dire outrancier, sociologiquement faible, par moment poétique, doux, vraiment barré, sans aucun doute bâclé ou encore je-m’en-foutiste…Oui, Saint Amour, sans trait d’union, c’est tout ça à la fois dans un essai qui traîne sa relation filiale sur fond de road-movie pittoresque bien en peine pour trouver son rythme de croisière ainsi que sa finalité intrinsèque.

Si le vin coule dans une frénésie Rabelaisienne niant au dit breuvage tout aspect qualitatif, celui-ci sert de ligne de fuite à un pauvre gars orphelin d’amour de plus en plus écœuré par le métier ingrat d’agriculteur laitier (joué par l’excellent mais ici excessif Benoît Poelvoorde). Alors pour éviter le clash de trop, son père (Depardieu en mode peinard mais touchant) décide, en plein salon de l’agriculture, de partir avec ce fils « borderline » sur la route des vins. La vraie. À bord d’un taxi qui, n’ayant rien de mieux à faire, accepte de les véhiculer dans leur délire d’âmes en peine.

Si les deux cinéastes restent fidèles à eux-mêmes en cassant les codes dans leur façon très rock’n’roll de confronter personnages et environnement, le périple vinicole sonne en creux par éparpillement des sentiments au gré de rencontres pour la plupart féminine (mention spéciale à Céline Sallette et Charia Mastroianni). Leur pérégrination territoriale qui tangue d’un côté vers le pathétique et de l’autre vers le foutage de gueule essaie, en vain, de rendre compte d’un état, d’une solitude, d’une détresse ou d’une envie via un décalage caustique parfois proche du mauvais goût.

Ainsi les parties, sortent de sketchs inégaux dans leur fonction drolatique, sont supérieures au long-métrage lui-même qui tient plus de l’irrévérence que du mélodramatique. D’où le sentiment d’assister à spectacle ultraléger, presque facile même si percutant sur quelques saillies alcoolisées. Or, et sans tomber dans le rose bonbon acidulé, il y avait de la place pour développer une aspiration émancipatrice représentative d’une époque en perte de repères comme en manque de projection vers l’avenir.

Oublions la thématique de la paysannerie puisqu’elle n’est que très partiellement soulevée alors même qu’elle glisse dangereusement du côté de « l’Amour est dans le pré » …

Non, ce qui intéresse nos deux acolytes de mise en scène navigue dans le creux d’une odyssée de la dernière chance, parcours nécessaire afin de retrouver les vraies valeurs de la vie. Si l’authenticité parle, elle le fait de façon biaisée puisqu’elle ne se trouve jamais authentifiée. Ce paradoxe nous offre quelques bons moments de rigolade potache qui, pour cause de vacuité narrative, se transforme en une comédie franchouillarde qui a du mal à humaniser ses protagonistes. Ici, la chair est triste. Les gueules cassées aussi.

La conclusion façon « Blier » ne sauve pas le film de son erreur fondamentale : Essayer de comprendre le mal être d’une partie de nos concitoyens par le biais d’un décalage caustique mais non dénué d’amour, de compréhension et d’affection.

Geoffroy Blondeau

Note: 2/5

Saint Amour. Un film de Benoît Delépine et Gustave Kerven. En salles depuis le 2 mars 2016.

Rattrapage. The Revenant : Voyage entre les morts…

Rattrapage. The Revenant : Voyage entre les morts…

revenant-1280a-1449188082920The Revenant, exercice de style plus proche du survival que du western, n’est qu’un seul et même geste filmique étiré jusqu’à l’overdose afin de claquemurer le spectateur ébloui par tant de virtuosité vaniteuse. C’est parfois fascinant, organique, tendu, nerveux, éprouvant. C’est également pompeux, démonstratif, terne, linéaire, attendu.

Le dernier Iňarritu est une litanie de la souffrance, une genèse de la sauvagerie humaine, un condensé de l’indistinct d’une nature primitive, étalée, immense, froide et implacable. Le geste, je le répète, n’est pas interrogatif. Ni scrutateur. Il s’évertue à porter une star au-delà de son jeu pour concrétiser une destinée. Double, elle demeure autant fictionnelle que réelle. Car ici, la fiction à valeur de vérité. Au détriment de l’émotion comme d’un besoin de compassion pour un être qui revient d’entre les morts.

Dès lors la souffrance de Glass sera celle de DiCaprio. Et inversement. Abruptement. Sans différenciation, ni portée symbolique. Le filtre utilisé pour faire passer la pilule est axé sur l’idée de « performance ». Rien de plus. Dans un étalage priapique où le tour de force est érigé en principe. Mais réussir à tenir 2h30 en ne racontant presque rien d’autre que cette histoire de vengeance tient de l’exploit. Si Iňarritu confirme sa grande maîtrise technique (le film, quoi qu’en dise ses détracteurs, est visuellement bluffant), il valide également son parti-pris narratif dénué de toute réflexion philosophique. Le film, virtuose mais insipide, est aussi froid que les neiges arpentées par Glass malgré quelques scènes percutantes comme l’attaque d’un grizzli furibond.

Car aucune thématique, fut-elle légitime, ne peut survivre à la cannibalisation d’un rôle à l’abstraction totale sur une intrigue incapable, en définitive, d’interagir avec le cours des événements. L’histoire d’un homme aveuglé par sa soif de vengeance se développe au détriment de celle des « hommes », ce qui amenuise la portée historique, sociale ou politique de cette période. On le voit, Iňarritu s’en moque car tel n’est pas le propos d’un film qui aurait pu tout aussi bien se passer dans le désert de Mongolie ou en pleine forêt d’Amazonie. Si bien que le cinéaste mexicain se trouve obligé de nous servir une imagerie de pacotille, rêverie suspendue d’un bonheur lointain avec femme et enfant.

the-revenant-photo-560aa03ad546cLe monde décrit semble alors attendre la fureur d’un homme qui ne peut échouer dans sa quête, lui le fantôme de la nuit prêt à abattre la vengeance divine sur le trappeur John Fitzgerald (Tom Hardy). Chaque séquence est une épreuve, un parcours immuable creusant, étape après étape, les sillons de la sauvagerie humaine. Nature et culture sont noyées dans cette nécessité d’atteindre un horizon a priori inatteignable. Elle donnera la raison vitale d’un homme mort cent fois. Elle donnera la justification cinématographique d’un film-somme gargantuesque obnubilé par sa propre grandeur. Le cheminement se veut tendu, sensible, organique, primaire. Il va s’embourber dans une linéarité niant toute tragédie d’un possible renoncement.

Ainsi l’acteur se rend capable de tout pour ressembler au plus près – vrai – du rôle qu’il incarne (il n’hésite pas à manger du poisson cru, du bison cru, dort dans les entrailles d’un cheval mort, traverse des fleuves gelés…). S’il lui manque assurément une part d’ambiguïté capable d’humaniser sa longue agonie, il est tout à fait raccord avec l’esprit du film dans sa volonté inaltérable d’aller jusqu’au bout de lui-même et du rôle qui s’y raccroche. Il habite le personnage. Refuse toute nuance, performe comme jamais. L’oscar ne pouvait lui échapper. Légitime pour l’ensemble de son œuvre, celui-ci sonne en creux comme ce long-métrage techniquement parfait mais dénué de tout affect.

Geoffroy Blondeau

Note : 2/5

TheReveant. Un film de Alejandro González Iñárritu. En salles depuis le 24 février 2016.

Durée. 2h36

Box-office USA 2016 : Super-Héros Vs Animation…

Box-office USA 2016 : Super-Héros Vs Animation…

Alors que DiCaprio prolonge son triomphe personnel post-oscars dans les salles avec son Revenant (encore 3 millions de dollars pour un cumul à 176M$), l’année 2016 affiche la couleur dans ce qui semble être un mano à mano entre deux types de production très prisés Outre-Atlantique : Le film de super-héros et celui d’animation.

Les hostilités ont déjà commencé avec la victoire écrasante de Deadpool sur Kung Fu Panda 3. Le premier a atomisé un panda bien en peine et qui devra son salut par les seules voix des spectateurs du reste du monde. Le film de Dreamworks patine et son final compris entre 138M$ et 142M$ sera en deçà du score chinois, marché où le personnage aura su s’implanter au fil des épisodes.

Pour Deadpool la trajectoire est inversée. Le film, pourtant jugé moyen, emporte les foules – 311 millions de dollars en 4 week-end. Il fera les 350M$. C’est énorme et un peu fou quand on y pense mais le ton, comme son approche décalée bien dans l’air du temps, ont su capter un public jeune, frondeur, en demande d’irrévérence (alors que le film ne l’est pas !!).

Enfin parlons de Zootopie. Le nouveau Disney sort ce week-end et les premières estimations sont remarquables avec 73M$ en trois jours. Soit le 4ème meilleur démarrage pour un film sorti au mois de mars. Les 200 millions sont presque assurés. Disney, depuis Raiponce, a retrouvé, sous l’impulsion de Lasseter, une dynamique de succès.

Et la suite dans tout cela ? Elle s’annonce très bankable à défaut d’être palpitante…

(Liste non exhaustive des films 2016 dans ces deux catégories)

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4 mars

1) Zootopie – animation Disney

220-250M$

 25 mars

2) Batman contre Superman : L’aube de la justice – super-héros DC/Warner

420-450M$

6 mai

3) Captain America : Civil War – super-héros Marvel/Disney

380-420M$

 20 mai

4) The Angry Birds movie – animation Sony

110-130M$

27 mai

5) X-Men Apocalypse – super-héros Marvel/Fox

250-280M$

3 juin

6) Teenage mutant Ninja Turtle 2 – super-héros/Paramount

130-150M$

17 juin

7) Le monde de Dory – animation/Disney

320-350M$

8 juillet

8) The secret life of Pets – animation/Universal

180-200M$

22 juillet

9) L’âge de glace 5 – animation/Fox

120-150M$

5 août

10) Suicide Squad – super-héros DC/Warner Bros

180-200M$

12 août

11) Sausage Party – animation/Sony

80-100M$

23 septembre

12) Storks – animation/Warner Bros

60-80M$

4 novembre

13) Docteur Strange – super-héros Marvel/Disney

160-180M$

14) Trolls – animation Dreamworks/Fox

140-170M$

23 novembre

15) Moana – animation/Disney

180-220M$

28 décembre

16) Sing – animation/Universal

120-150M$

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Geoffroy Blondeau

Peace to us in our dreams : Bouleversante balade…

Peace to us in our dreams : Bouleversante balade…

peace_to_us_in_our_dreams.jpg.pagespeed.ce.bVAVQRn_vKSharunas Bartas est un cinéaste rare et précieux. Rare car il filme peu. Précieux parce qu’il fait partie des derniers cinéastes à filmer l’effleurement du sensible d’une manière aussi radicale, triste, absolue.

Épure, silence et contemplation…

Le cinéaste lituanien a construit une œuvre intimiste, morcelée de fulgurances qui s’apaisent presque aussitôt. Entre ses premiers films quasi mutiques à la beauté confondante, Bartas filme la nature comme Tarkosky pouvait le faire en son temps. Indigène d’Eurasie, son avant-dernière œuvre glaçante et furieuse sur les frontières européennes et humaines, tisse une profonde méditation sur les mouvements intérieurs de l’être humain le faisant interagir avec ses semblables. C’est très souvent somptueux, continuellement tragique, profondément juste.

Peace to us in our dreams est une proposition de voyage, une espèce de transfert sensible sur l’amour et la perte. Il est important de savoir que sa compagne et muse, Katia Golubeva, s’est suicidée en 2011. Et que Bartas, qui joue le premier rôle, film aussi sa propre fille. Autant dire que la danse des spectres n’est pas loin.

Dans l’un de ses interviews, Bartas explique que tous ses films ne parlent que de lui-même. Parler de soi sans trop en dire, laisser l’image s’expliquer, faire confiance à la lumière pour s’exprimer, telle pourrait être sa méthode. Cette discipline, cette ascèse même, est encore plus prégnante dans son dernier film. Les regards, le mouvement des lèvres, les silences, telles sont les bases du langage du lituanien qui, à la fois, exorcise le mal être existentiel et embellie chaque parcelle du vivant.

Bouleversante, sa mélancolie en devient pardonnable. Et apaisante.

Denis Baron

Note : 4,5 / 5

Peace to us in our dreams. Un film de Sharunas Bartas. En salles depuis le 10 février 2016

Durée 1h47

Les premiers, les derniers : Road-movie dans le plat pays…

Les premiers, les derniers : Road-movie dans le plat pays…

les-premiers-les-derniersIl est de plus en plus rare de voir sur un écran des films où tout paraitrait gris mais qui, en fait, recèle une infinie douceur. Douceur de l’être pour lui-même ; pour l’autre.  Car sans elle la réalité n’en serait que plus insupportable.

Il y a chez Bouli Lanners du Capra, mais sans son optimisme légendaire. Du Ferreri ou du Scola pour ses portraits assez corrosifs de ses compatriotes et surtout, et là réside peut-être sa principale qualité, un peu de la vision des frères Dardenne sur l’être humain.

Sans tendre au réalisme des multi-primés frères belges, Bouli Lanners s’évertue à construire ses histoires en croquant ici ou là des tranches de vie mettant en avant les difficultés des marginaux ou des laissés pour compte à se faire entendre. Que ce soit le toxicomane repentant dans Eldorado, les deux enfants abandonnés dans Les Géants, ou bien encore cette femme « légèrement handicapée » souhaitant revoir sa fille, la fibre sociale est esquissée subtilement, comme peinte par un metteur en scène soucieux d’une nature humaine fragile, délicate. À l’image de ses deux personnages principaux, incarnés par Dupontel et Lanners himself.

Les premiers, les derniers ressemble à  s’y méprendre à un road-movie un peu policier, sorte de western grisâtre avec un petit quelque chose de lunaire et d’absurde. Puis tout semble se défiler et se construire dans des espaces a priori vides. Et les liens se tissent, les caractères se définissent et s’enrichissent de manière insoupçonnée. À ce titre le personnage de Lanners est bouleversant tout comme la séquence avec ses deux papis qui mérite à elle seule la vision du film.

À cette douceur répond toutefois un glauque réel et poisseux qui imprègne régulièrement les longs-métrages belges (Bullhead, La merditude des choses, les films de Lucas Belvaux). Non, tout n’est pas rose dans le plat pays, et il faut tout le talent d’un Bouli Lanners capable de développer avec l’humilité qu’on lui connaît sa vision de l’humain, pour éclairer la grisaille des petites gens. Et parvenir à les faire sourire, à leur faire à nouveau espérer.

« Vivre, ce n’est pas seulement respirer » dit le personnage de Michael Lonsdale à celui de Bouli Lanners. En effet, c’est trouver un chemin sur lequel l’homme accompagnera des copains, des pairs, se battra contre des tristes sirs ou aidera l’éclopé. En fait Lanner est un philosophe. Ni le premier, ni le dernier.

Denis Baron

Note : 4/5

Les premiers, les Derniers. Un film de Bouli Lanners. En salles depuis le 27 janvier 2016.

Durée 1h38

Les Huit Salopards : Boulevard en huis clos…

Les Huit Salopards : Boulevard en huis clos…

les huit salopards 2Dire de la France qu’elle aime Tarantino est un euphémisme puisque chacun de ses nouveaux films est attendu comme le Messie qui engueule ses ouailles pas assez avinées et trop politiquement corrects. Alors, quid de son dernier opus ?

Qu’il s’agit d’une somme en forme d’énormité filmique sans fioritures plus proche de la synthèse d’un cinéma référentiel à son propre cinéma, qu’à l’échappée novatrice dont on était en droit d’attendre. Néanmoins, Tarantino ne se cache pas uniquement derrière un ton ou un style reconnaissable entre mille et construit une parabole verbeuse – donc très longue –  selon un cadre précis – le huis clos –, en forme de lieu-spectacle de passage (une mercerie) où les tensions d’un pays tout entier (l’Amérique) se retrouvent claquemurées par sa représentation westernienne faite de gueules improbables dont le bad boy d’Hollywood a le secret.

Les Huit Salopards se savoure donc dans son étirement narratif par une pincée de western, par la présence de l’acteur fétiche Samuel L. Jackson en tête d’affiche et une durée de près de trois heures. Rien de bien neuf. Sauf que… Kurt Russell, Michael Madsen, Tim Roth et Jennifer Jason Leigh complètent le casting. Autant dire des putains d’acteurs tous plus ou moins disparus des écrans, et qui ont marqué, chacun à leur manière, le cinéma de genre ! Mention spéciale au grand Kurt, Plissken forever !, qui nous offre un rôle en or avec son personnage bourru et pas très finaud de chasseur de prime.

Ajoutez à cela un tournage en 70 mm (format rarissime prouvant une fois encore l’amour de Tarantino pour l’argentique et le cinéma) orchestré par une bande son tétanisant du grand Ennio Morricone et vous aurez probablement entre les mains le film le plus bandant de la rentrée.

Sans vouloir déflorer les quelques surprises du film, ce huitième long-métrage pourrait se résumer à une délicate réunion de famille dans un chalet perdu au milieu de nulle part, encerclé par un blizzard faisant office de menace extérieure (hommage non dissimulé envers The Thing de Carpenter). Le spectateur, presque impatient, attend un règlement de compte en bonne et due forme, la caméra ne cessant d’arpenter chaque recoin dudit chalet comme pour mieux nous faire languir. À ce petit jeu Tarantino est passé maître…

THE HATEFUL EIGHTLa post modernité des dialogues (mention toute particulière à la petite gâterie) entre en résonance avec le classicisme d’une mise en situation qui voit s’affronter des individus « triés sur le volet » que tout oppose. Le cynisme sert de moteur à l’explosion en germe, vacarme sanglant d’une impossible réconciliation que le réalisateur constate autant qu’il parodie. De toute façon Tarantino joue avec nos nerfs tant et si bien qu’au bout de deux heures de film il reste difficile de savoir ce que le réalisateur aura choisi de faire subir à ses personnages.

Bien sûr le film est bavard, très bavard même, d’autant plus quand les unités de temps et de lieu sont autant réduites. Du théâtre filmé en quelque sorte, sauf que le papa de Pulp Fiction insuffle son maniérisme à chaque seconde, sachant que son intrigue à la Dix petits nègres n’a pour but qu’une explosion filmique prévu dès son origine. Le reste ou l’essentiel, c’est selon, poindra le bout de son nez après moult artifices scénaristiques et autres histoires lancées ça et là pour faire éclore celle qui deviendra le déclencheur de cette si belle danse macabre.

Et s’il a été reproché régulièrement à Tarantino sa violence cynique comme gratuite, il parvient cette fois à dépasser ce constat pour toucher à un grand guignol jubilatoire qui risque d’en surprendre plus d’un.

Tarantino est un sale gosse, foutrement doué. Ne serait-il pas l’ultime salopard ?

Denis Baron et Geoffroy Blondeau

Note : 3,5/5

Les Huit Salopards. Un film de Quentin Tarantino. En salles depuis le 06 janvier 2016

Durée. 2h48