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L’Épouvantail: une oeuvre magistrale…

L’Épouvantail: une oeuvre magistrale…

L’Épouvantail, itinérance fragile infiniment poétique de deux individus paumés au cœur d’une Amérique de la marginalité, porte un regard lucide mais désabusé sur un monde qui broie, exclut et conditionne. Incapables de se poser, nos deux protagonistes errent par-delà les obstacles, refusent toute abdication, espèrent farouchement. Un peu comme s’ils marchaient vers un destin de fortune afin de rattraper un temps qu’ils ne semblent plus avoir. Portée par une esthétique proche du réalisme social d’après-guerre, l’individualisation de ces deux destins en un projet commun offre une palette psychologique rare qui aura su propulser le film bien au-delà du simple Road Movie arpenteur de paysages.

Leur amitié de circonstance n’est en rien factice puisqu’elle devient celle de l’entraide comme de la camaraderie, unique condition pour effectuer un bout de chemin fait de démerdes et d’épreuves, entre joies éphémères et retour à la case départ (centre disciplinaire). Au fur et à mesure de cette réappropriation de soi – estime de soi ? –, s’installe une relation qui s’élève au-dessus de ses propres sentiments au point ou Max ne peut plus se passer de Lion et réciproquement. Clowns tristes inscrits dans un monde qui leur refuse toute socialisation, l’Épouvantail est une parabole des trains de marchandise qui passent en transportant de ville en ville tous les paumés d’un pays pourtant prospère. Triste modernité ; nous sommes en 1973 !

Regard poétique avons-nous dit ? Sans doute. Mais ne s’agit-il pas, là-aussi, de l’Amérique de la pauvreté, des bras cassés, des désillusions. Schatzberg y appose sans fard son regard de peintre, lui qui fut d’abord photographe, pour inscrire deux figures en mal-être condamnées à  cultiver l’exutoire. À la rudesse d’une mise en scène proche des corps, le réalisateur ne déroule aucun poncif. Il sublime un jeu de présence, jamais caricatural car authentique et, de fait, (re)place l’Épouvantail dans la lignée de ce cinéma d’auteur capable de tracer au crayon noir les méandres intérieurs de ceux qui souffrent. Dans l’âpreté d’un décor qui fixe l’environnement dans sa monotonie écrasante, nous observons leur errance, de trains de marchandises en bars glauques, de banlieues paupérisées à l’armée du salut où s’habille Lion.epouvantail-01-g

Ce regard, c’est le visage blafard d’une Amérique qui fait directement écho au film de Kazan sorti quatre ans plus tôt avec son Arrangement.

En prônant sans vergogne sa dictature libertaire par l’argent et le matriarcat, le rêve américain érige deux valeurs discutables en symbole de réussite. Refusant celle-ci par étouffement, Kirk Douglas mettra le feu à la maison familiale pour achever sa quête identitaire. Cet acte symbolise alors le renoncement d’un rêve absurde qui conditionne la vie de millions de citoyens modèles. Opposés directs, mais qui s’inscrivent également dans le marbre d’une réalité déstructurante, les personnages de l’Épouvantail ne se plaignent jamais et ne veulent qu’une seule chose : appartenir à ces gens-là en intégrant le train de la normalité. C’est la beauté du film et sa plus grande qualité.

Dans une mise en scène de l’humain, la violence illusoire de l’un répond à la bouffonnerie de l’autre. Atypiques et marginaux, ils sont aimés pour cela et incompris à cause de cela. Chaque scène fait la démonstration d’un emprisonnement, autant social que psychologique. L’échappatoire n’a donc plus de sens, et si les poings fermés de Max s’adoucissent aux pitreries de Lion, tout semble désormais trop tard pour empêcher Lion de perdre pied.

Œuvre majeure des années 70, l’Épouvantail reste un aiguillon sensible des maux qui auront traversé une Amérique incapable de comprendre – et d’assumer – ses propres exclus. La mise est scène est, de ce point de vue, exemplaire puisqu’elle trace un sillon essentiel dans son apport pictural au sens cinématographique du terme. Continuateurs de cette approche filmique qui marqua de son empreinte le pouvoir du regard, Gus Van Sant & Co ont su réinventer la démarche d’un cinéaste poète attaché à la portée humaine d’une tragédie moderne.

Geoffroy Blondeau

Ted: peluche animée…

Ted: peluche animée…

Ted-movie-posterSeth MacFarlane, le wonder boy de la télévision US avec les séries animées à succès que sont les Griffin (1999), American Dad (2005) et the Cleveland show (2009), prend la tangente de la petite lucarne pour nous livrer son premier long qu’il a écrit, réalisé, produit et doublé. En devenant cet été le 7ème plus gros succès (hors inflation) sur le sol américain pour un film classé R, on peut dire que MacFarlane a fait mouche avec son histoire d’ours en peluche aussi vivant qu’irrévérencieux. Pour autant, il semblerait que le passage vers le grand écran ait quelque peu altéré la charge caustique d’un auteur brillant contraint de ménager la chèvre et le chou pour trouver un point d’équilibre propre à la comédie de masse made in USA. Si le film est régressif, incorrect et souvent drôle, il s’avère désespérément bancal avec sa surdose de bons sentiments et d’happy end de conte de fée.

De fait, la satire, un temps espéré à la lecture du pitch, fait flop ! L’écriture, ultra-référentielle, évite soigneusement toute ambiguïté pour s’en donner à cœur joie dans l’avalanche de bons mots (souvent gras) lancés par Ted, peluche borderline plutôt réjouissante dans son registre de  copain de déconnade ultime. L’originalité du film est là. Son intérêt aussi. A dire vrai, l’opération transgressive consistant à dénaturer le comportement d’un ours en peluche devenu réel pour en faire un hédoniste à poils ras happé par la médiocrité d’une existence consumériste, est à moitié-réussie. Car s’il représente l’alpha et l’oméga du trentenaire immature fan de Flash Gordon (pourquoi pas ?), des shoots sur canapé et du sexe tarifé, il ne dépasse jamais la somme de ses outrances trash même si celles-ci sont plutôt bien rendues par quelques séquences vraiment poilantes (baston entre Ted et un canard lors de la rencontre avec l’acteur de Flash Gordon Sam J. Jones, mime d’une levrette avec éjaculation faciale devant une caissière médusée…). Les pics sont savoureux (appeler un ado grassouillet « Susan Boyle » est plutôt bien trouvé), les références nombreuses et les frasques sexuelles de Ted au diapason. C’est gratuit, revigorant, plus proche de l’humour scato que du brulot politique version comédie de mœurs pour adulte.

Il faut dire que le film est écrasé par Ted. À tel point qu’il peine à se sortir des saillies drolatiques de l’ours en peluche. Et ce n’est pas l’indigence d’une romance à l’eau de rose qui change la donne. Le contrepoint est si faiblard qu’il semble de raison, un peu comme si MacFarlane avait eu peur de surajouter à l’exubérance du personnage son regard sur les travers de toute une société. D’un point de vue strictement narratif la déception domine, car à quoi bon développer une figure aussi irrévérencieuse si ce n’est pour la diluer sans ménagement dans une soupe façon Il était une fois… On se dit que la construction du personnage dans sa psychologie de rebelle je-m’en-foutiste aurait mérité une meilleure – une autre – interaction avec le monde extérieur. Quitte à sacrifier son compagnon d’enfance pour aller voler de ses propres ailes. Allez, se sera pour Ted 2 !

Geoffroy Blondeau

Note: 2/5

Ted. Un film de Seth MacFarlane. Sortie le 10 octobre 2012.

Durée 1h47

Avis publié sur ecrannoir.fr

James Bond fête ses 50 ans de présence au cinéma aujourd’hui…

James Bond fête ses 50 ans de présence au cinéma aujourd’hui…

James Bond, alias 007, célèbre agent secret au service de sa Majesté créé par l’écrivain Ian Fleming, voit officiellement le jour en 1953 suite à la publication du roman Espions, faites vos jeux (Casino Royal). Neuf ans plus tard, le cinéma s’empare du personnage et sort sur les écrans du monde entier James Bond contre Dr No avec Sean Connery dans le rôle-titre. Nous sommes le 5 octobre 1962. Le succès, immédiat, scelle le destin du personnage en l’inscrivant dans le cadre d’une franchise aussi lucrative qu’indémodable avec pas moins de 23 longs-métrages produits en 50 ans (en prenant en compte le dernier opus à sortir, Skyfall). Un record de longévité.

Afin de célébrer comme il se doit la date anniversaire des 50 ans d’une saga mythique qui aura vu se succéder au fil des ans six acteurs différents (Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan et Daniel Craig), des James Bond Girls aux charmes redoutables, des génériques inventifs et des méchants plus mégalos les uns que les autres, les producteurs, dont les studios historiques EON Production et MGM, ont proclamé le vendredi 5 octobre 2012 « Journée Mondiale de James Bond ».

Outre la sortie en France depuis le 26 septembre d’un coffret collector baptisé Bond 50 réunissant pour la première fois les 22 longs-métrages de la saga sur support Blu-ray avec près de 130h de bonus, une enquête est en cours pour déterminer le film de James Bond préféré dans chaque pays. Alors que la maison anglaise Christie’s organise du 28 septembre au 8 octobre 2012 une vente aux enchères en ligne d’objets issus de la saga (les bénéfices de cette vente seront reversés à 12 organisations de bienfaisances), une exposition d’objets cultes « Designing 007, 50 years of James Bond Style » ouvrira à la fin du mois à Toronto après être passée à Londres au centre Barbican.

Enfin, un documentaire, réalisé par Steven Riley, « Everything or Nothing : the Untold Story of 007 », sera diffusé lors de cette journée et racontera les coulisses de la franchise depuis 1962 jusqu’à nos jours à travers le pari de trois hommes (les producteurs Albert R. Broccoli et Harry Saltzman, l’écrivain Ian Fleming).

Au centre de maints événements depuis le début de l’année, cette date anniversaire servira, à n’en pas douter, de rampe de lancement au 23ème opus de la franchise, Skyfall, réalisé par Sam Mendès et incarné par le toujours fringuant Daniel Craig. Porté par la chanson éponyme Skyfall interprétée par l’anglaise Adele, le film sortira chez nous le 26 octobre et un peu partout dans le monde jusqu’au 9 novembre, date de sortie aux USA.

Pour l’écoute du morceau c’est par ici que cela se passe

Geoffroy

Les mouvements du bassin: le swing cathartique…

Les mouvements du bassin: le swing cathartique…

les mouvements du bassinTout ne serait qu’une question d’accouchement (des idées). Ou de transformation. La mue est parfois difficile à opérer quand elle ne peut se suffire à elle-même. Ainsi, le regard de l’autre dans sa reconnaissance éternelle prend une importance démesurée. Et pour HPG, dit Hervé-Pierre Gustave, célèbre « hardeur » français initiateur du « Gonzo » made in France, il faut beaucoup plus qu’une programmation à la Cinémathèque française pour s’endormir peinard sur cet acquis. La crédibilité se conquiert par l’action, contre les a priori les plus tenaces. Auréolé d’un statut de porno-star aussi provoc qu’intello, HPG enchaîne les essais filmiques « auteurisants » à la recherche de sa propre vérité. La mise à nue s’affiche, sincère, authentique, viscérale, un brin goguenard tout de même. Lui, le gouailleur du X, porte désormais sur ses épaules la lourde charge de se plier aux exigences du cinéma traditionnel.

Mais peut-on vraiment se départir d’une partie de soi dans le reniement objectif de ce qui constitue, justement, sa personnalité ? Sans doute que non. Ou difficilement. Point de salut, alors, pour un HPG en forme mais condamné à se piéger lui-même en invoquant une mise en scène cathartique d’un Moi prêt à opérer une métempsychose. Le nouveau HPG est arrivé, bite rentrée, mais sens aux aguets. Après le documentaire On ne devrait pas exister (2005) présents au festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs et le doc making-off sur sa personne dans le très bon Il n’y a pas de rapport sexuel de Rapahaël Siboni (2011), HPG saute le pas de la fiction pure et s’entoure d’un casting éclectique réunissant Eric Cantona, Rachida Brakni, le champion de kick-boxing Jérôme le Banner et Joanna Preiss.

Entre un paumé rejeté de tous (interprété par HPG), une trentenaire obnubilée par son désir d’enfant et un couple composé d’un mac et d’une prostituée, la condition humaine s’affiche dans l’aridité de désirs contrariés. Il est question, dans ce désordre froid parsemé de moments vraiment hilarants, de transmission, d’enfantement, d’amour perturbé, de marginalisation, de prostitution, de maladie (pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit du SIDA). Tout s’imbrique, parfois maladroitement, dans un rapport homme / femme redéfinit pour l’occasion. Le regard est multiple, brouillon, presque fataliste. HPG nous parle de ses obsessions et des meurtrissures d’une société discriminante à plus d’un titre.

Si, en effet, nous sommes loin du porno, tout l’univers d’HPG y est embringué. Le film, malgré des thématiques sérieuses, est étonnamment drôle car rythmé par un ton décalé proche du burlesque. Les personnages parlent avec le corps. Ils s’entrechoquent, dansent, hésitent, fuient, osent, titubent, reprennent espoir. La vie est une danse entre la vie et la mort. Un équilibre précaire qu’il convient d’ajuster à chaque instant. Le ballet offert par HPG est improbable, filmé avec les moyens du bord, sorte de réunion étrange des univers de Bukoswki et de Gaspard Noé. La réussite de ce premier long-métrage n’est pas du au hasard, mais à l’autodérision intacte d’un réalisateur s’interdisant de sanctuariser une démarche qui aurait pu tendre vers la masturbation vaine ou la provocation trash.

Geoffroy Blondeau

Note: 3/5

Les Mouvements du Bassin. Un film de HPG. Sortie le 26 septembre 2012

Durée. 1h30

Avis publié sur ecrannoir.fr

La Cité du Cinéma a ouvert ses portes à Saint-Denis

La Cité du Cinéma a ouvert ses portes à Saint-Denis

Luc Besson, célèbre scénariste, réalisateur et producteur français, a enfin inauguré, vendredi 21 septembre 2012, sa Cité du Cinéma à Saint-Denis. Si je peux, à loisir hélas, critiquer le cinéaste-producteur, je salue sans défaut l’incroyable défi qu’il aura su relever pour permettre à la production cinématographique française de rester chez elle plutôt que d’aller tourner des films chez nos voisins allemands (Babelsberg) ou anglais (Pinewood). Au-delà de la renationalisation de notre outil de production, il s’agit également d’attirer les investisseurs étrangers afin qu’ils tournent leurs films chez nous. Très proche de Paris et offrant des infrastructures les plus modernes du monde, la Cité du Cinéma à tout devenir le plus grand pôle de tournage en Europe.

En tout cas c’est l’avis de Costa-Gavras, invité à l’inauguration de la Cité : « C’est l’équipement qu’il manquait à la France, assure le réalisateur. Il rivalise avec les grands studios américains, par leur taille et leur qualité. J’ai malheureusement vu beaucoup de studios disparaître, mais ceux-là, dans cent ans, ils seront toujours là. Et je viendrai y tourner. »

Pour Christophe Lambert, directeur général d’EuropaCorp (société de production créée et dirigé par Luc Besson), c’est la fin d’une incohérence puisque la France qui « a le premier cinéma d’Europe » était aussi « le seul pays européen où il n’y avait pas d’infrastructures pour accueillir la production de films ». Cette incongruité est désormais résolue. L’ancienne centrale thermique EDF intégralement transformée pour le 7ème art abrite 23 000 m2 de bureaux (dont 19 000 m2 pour EuropaCorp), 11 000 m2 d’activités de production réparties sur neuf plateaux. Sans compter la présence, outre les 8 000 m2 dédiés à l’École nationale supérieure Louis Lumière, d’une école de cinéma gratuite ouverte à 60 élèves sur deux ans proposant deux filières : auteur-scénariste ; réalisateur.

Après la création d’EuropaCorp en 2000, Besson offre à la France douze plus tard, les infrastructures dont elle avait besoin. Des tournages ont déjà commencé dont Malavita de Luc Besson avec Robert de Niro et Tommy Lee Jones et la suite des Schtrompfs de  l’américain Raja Gosnell.

Geoffroy Blondeau

Un été en pente douce…

Un été en pente douce…

L’été US s’est achevé et avec lui la valse des sorties estivales commencées depuis le mois de mai. L’exercice 2012 a déçu, accusant une baisse de 2,6% par rapport au total de l’an dernier à la même période.

–          6 mai / 4 septembre 2011 : 4,4 milliards de $

–          4 mai / 3 septembre 2012 : 4,3 milliards de $

Troisième meilleure période en chiffres bruts derrière les sessions 2009 et 2011, la situation n’est plus la même si l’on prend en compte le nombre de billets vendus. En effet, avec 530 millions de spectateurs, l’été 2012 obtient le plus mauvais score depuis 15 ans. Malgré son démarrage tonitruant à mettre à l’actif des Avengers, le box-office estival aura terminé sur les rotules, comme asphyxié par un trop plein de longs-métrages interchangeables (218 films sur la période mai-août) malgré quelques bonnes surprises. De quoi faire grimacer les pontes des grands studios…

Pas surprenant, dès lors, de constater que les cinq premiers films de l’été (The Avengers, The Dark knight rises, Amazing Spiderman, Rebelle et Ted) représentent 41% du total des entrées. Soit le pourcentage le plus élevé depuis 20 ans. À titre de comparaison les cinq premiers films de l’été 2011 ne représentaient que 32%. Néanmoins, et grâce à un remarquable premier trimestre (merci Hunger games), la tendance à mi-saison s’inverse pour un gain de 3,6% par rapport à 2011. À ce titre, la fin de l’année risque d’être intéressante avec les sorties du dernier Twilight, du 23ème James Bond Skyfall, du Bilbo de Peter Jackson, du Lincoln de Spielberg et des films d’animation Les Mondes de Ralph (Disney), Rises of Guardians (Dreamworks) et Monsters, Inc. (3D) (Pixar).

 

Voici mon classement des principaux films l’été 2012 répartis en 3 catégories :

 

Les succès

The Avengers

Personne ne s’attendait à un tel succès. Le film de Joss Wedhon jouait au quitte ou double avec son budget à 220 millions de $ et sa réunion de super-héros estampillés Marvel. La stratégie de la Marvel (parler des Avengers et du SHIELD dans Thor, Iron-Man ou Captain America) aura été payante. La qualité du film a fait le reste. Après son incroyable démarrage (meilleur week-end de tous les temps avec 207 millions de $), le film s’est remarquablement bien maintenu pour aller côtoyer les cimes du box-office (622 millions de $). La suite est déjà sur les rails avec une date de sortie prévue au 1er mai 2015.

The Dark knight rises

Le 3ème opus de la saga Nolan termine donc à la deuxième place du classement. Terrassé par les Avengers, le super-héros DC Comics ne démérite pas pour autant puisqu’il va terminer sa course vers les 440-450 millions de $. Sa très nette progression à l’international (plus de 600 millions de $), lui permet de dépasser le milliard dans le monde. Il devient, par la même occasion, le deuxième film de l’année à se hisser à cette marque derrière l’intouchable Avengers et son 1,5 milliard. Il devrait finir à la septième place devant Pirates des Caraïbes 2 (1,066 milliard de $) et derrière le Retour du Roi (1,119 milliard de $).

Ted

Il s’agit du succès surprise de l’été. Il en faut toujours un et c’est lui, le nounours en peluche animé trash, grossier, buveur de bières. Avec 217 millions de dollars aux Etats-Unis pour un budget de 50 millions, ce film R-rated avec Mark Whalberg prouve que l’originalité paye. Classé 7ème film R-rated de tous les temps sur le sol américain, le film a dépassé les 400 millions de dollars à travers le monde et sortira chez nous le 10 octobre prochain. À signaler qu’il s’agit du plus gros succès de l’été pour Universal devant Blanche-neige et le Chasseur et le très décevant Battleship.

Madagascar 3

La franchise Madagascar reprend du poil de la bête après un deuxième épisode légèrement décevant au box-office US. La progression n’est pas anodine puisque l’on passe de 180M$ à plus de 215M$. Le ton bariolé et psychédélique de cet épisode a séduit bambins et ados du monde entier. Le film est certain de dépasser son prédécesseur à l’international pour un cumul qui devrait approcher les 700 millions de $ dans le monde. De fait, un quatrième opus est presque sûr de voir le jour. Sans être forcément une mauvaise nouvelle, il serait de bon ton que la qualité du prochain film sur Alex et ses amis suive la même courbe que celle des billets verts.

L’Age de glace : la dérive des continents

Situation paradoxale pour ce quatrième opus des aventures de Scrat et de ses amis. Car avec 158M$, le film est le moins lucratif de la franchise. Et de loin. Néanmoins on ne peut raisonnablement pas parler de déception puisque le film, doté d’un budget raisonnable (95M$ là ou Rebelle en a coûté 185M$), s’est envolé à l’international avec 676M$. On ne sait pas si une suite est d’actualité mais, à l’instar d’une franchise comme Madagascar, le succès à l’étranger suffit presque à rentabiliser la production du film.

Magic Mike

Deuxième surprise de l’été, le film de Soderbergh a affolé les compteurs. Rendez-vous compte : 7M$ de budget, 113M$ de recettes. Un tel pactole a dû rassurer Sony sans doute un peu déçu des résultats de son MIB 3. Autre gagnant. Channing Tatum. Cette année, l’acteur de G.I : Joe place trois films au-delà des 100 millions de dollars. Magic Mike, donc, the Vow (125M$) et 21 Jump Street (138M$).

The Best Exotic Marigold Hotel

Cette programmation décalée par rapport à la saison estivale a conquis son public. Le film anglais avec Judi Dench, Maggie Smith et Tom Wilkinson a presque quintuplé son budget (10M$) pour atteindre les 46 millions de dollars. Pas mal du tout. Et comme le film n’a pas été un manchot à l’étranger (85M$), il fait partie de ces films à la rentabilité folle.

 

Avant de parler des déceptions, arrêtons-nous sur les films Amazing Spiderman et Rebelle.

Amazing Spiderman

Pourquoi ne pas l’avoir mis dans la catégorie des succès ? Justement parce qu’il s’agit d’un Spiderman. De fait, réaliser moins de 300M$ sur le sol américain (261M$ pour être exact) malgré l’apport de la 3D, ressemble à une vraie déception. Comme si l’effet marketing l’avait emporté, une fois n’est pas coutume, sur l’aspect artistique d’une relecture aussi précoce. Néanmoins il ne faut pas se leurrer et totaliser 750 millions de $ dans le monde est plus que suffisant pour mettre en chantier une suite.

Rebelle

Là encore nous aurions pu mettre le dernier Pixar dans la catégorie des succès. Totaliser 233 millions de dollars US en fin de carrière, c’est mieux que Madagascar 3, The Lorax ou encore l’Age de glace 4. Mais à l’instar de Cars 2 ou de Wall E, Rebelle n’arrive pas réellement à percer à l’international. Pour le moment le film émarge à 266M$. C’est bien mais très loin des 676M$ de l’Age de glace 4 et des 404M$ de Madagascar 3. Le succès monde reste bon mais certainement en deçà des espérances.

 

Les déceptions

MIB3

Il aura fallu attendre dix ans pour voir sur nos écrans la suite des aventures des hommes en noir. Dix ans et une 3D en plus. Malgré l’inflation et l’apport de cette lucrative technologie, MIB3 n’a pas atteint les 200M$. Il devient même l’opus le moins rentable de la franchise avec 179M$. La déception est grande surtout que le film, sans être d’une innovation folle, n’est pas déplaisant à regarder. L’international sauve cette production à 225M$. MIB3 peut dire merci aux MIB et à Will Smith, toujours aussi populaire à travers le monde.

Blanche-neige et le Chasseur

Adaptation assez libre à l’inscription merveilleuse plutôt créative, ce Blanche-neige un brin guerrier s’en sort avec les honneurs. Mais il a coûté cher (175M$) et n’a pas beaucoup rapporté à l’international. Les 400 millions de dollars n’ont pas été franchis mais s’en rapprochent (396M$). Il se murmure à Hollywood un spin-off avec le chasseur et la star de Thor, Chris Hemsworth.

Prometheus

La préquel de Ridley Scott, rondement marketé jusque dans ses campagnes virales, a réalisé un excellent démarrage. Puis le film s’est effondré pour clore sa carrière à 126M$. Pas si mal pour un film de SF classé R-rated, même si le bouche à oreille n’aura pas permis au film d’atteindre les cimes du box-office. Il sera sauvé, lui aussi, par sa carrière mondiale. 260M$ et un cumul à 385 millions de dollars pour un budget estimé à 130M$. Déception, donc, mais aucunement un échec.

The Bourne Legacy

Spin-off ou reboot, telle est la question. En tout cas le film de Tony Gilroy ne rééditera pas les résultats de la trilogie originale. Le film avec Jeremy Renner aura bien du mal à dépasser les 121M$ du premier Bourne. Un final à 115 millions nous semble raisonnable. Son parcours à l’international devrait le rendre rentable et pourrait, là encore, anticiper un nouveau chapitre.

 

 

 

 

 

 

Expendables 2

Le deuxième opus des bad guys fait moins bien que l’original. Alors que le premier film avait fini sa carrière au-delà des 100 millions de dollars, cette suite devrait terminer sa course vers les 85-90M$. Allez, ce n’est pas si mal ! Surtout que les vieux cartonnent un peu partout dans le monde. Les 300 millions de dollars sont réalisables, prouvant qu’un actionner à la sauce 80’s peut fonctionner.

Les échecs

Dark Shadows

Le dernier Burton marque la 8ème collaboration du cinéaste avec Johnny Deep. Alors qu’Alice au pays des merveilles a rapporté plus d’un milliard de dollars dans le monde, Dark Shadow se contente d’un score anodin, indubitablement décevant. Le film n’est pourtant pas mauvais, retrouve par bribes la classe créative de Burton en nous contant cette histoire de vampire à travers les âges. Totaliser moins de 250M$ dans le monde pour un coût de production évalué à 150 millions de dollars est une véritable sanction pour un film qui ne le méritait pas. Dommage.

Battleship

Peter Berg, auréolé de son succès avec Hancock, a essayé de nous proposer une variation improbable du jeu « Touché-Coulé » en mode Transformers. Le public n’a pas suivi. 65 millions de dollars engrangés pour un coût de production estimé à plus de 200M$, c’est l’un des plus gros échecs de l’année. Taylor Kitsch, l’acteur principal, se remarque au même titre que Channing Tatum mais comme le looser de l’année. A son actif ; Battleship et le désormais tristement célèbre John Carter.

Total Recall

Mais pourquoi diable avoir pris la décision de proposer le remake du film de Paul Verhoeven sortit en 1990 ? Un peu comme le Conan de Nispel, le film de Len Wiseman s’est pris les pieds dans le tapis. Les 58M$ de recettes restent bien insuffisants pour un tel potentiel scénaristique, fut-il un remake hasardeux porté un Colin Farrell devenu bien fade. Le manque d’ambition de ce type de production flingue l’esprit créatif d’un Hollywood de plus en plus craintif à proposer de l’exclusif, de l’originalité, de jamais vu.

Abraham Lincoln : chasseur de vampires

L’originalité ne paye pas toujours. C’est le cas pour le film de Timor Bekmambetov, indigeste variation d’une histoire revisitée à l’emporte pièce. 37 millions de dollars plus tard, même les geeks en demande de nouveauté sont restés sur leur faim. L’international n’a pu sauver un film ou peu de chose l’est.

Rock of Ages, Crazy Dad, The Watch

Trois films d’un trio de stars historiques et trois échecs retentissants. Tom Cruise (même s’il n’est pas la star du film), Adam Sandler et Ben Stiller se sont fait écrabouiller par le film de Soderbergh. Est-ce la fin d’une époque pour ces trois stars ? Surement pas même s’il faut avouer qu’ils n’arrivent plus à rencontrer le succès à chaque film. Quant un film est médiocre une star ne peut pas tout. Ce qui est le cas avec ces trois films.

Geoffroy Blondeau

Killer Joe: La diabolique Amérique…

Killer Joe: La diabolique Amérique…

William Friedkin nous revient cinq ans après l’inespéré « Bug », vision paranoïaque d’une intensité maladive. Après un tel monument « claustrophobique », le réalisateur repart à la charge,  retrouve pour l’occasion le scénariste de « Bug », Tracy  Letts, afin de nous offrir un polar crasseux d’une amoralité confondante en forme de jeu macabre où le malin s’immisce à la moindre tentation. Killer Joe est violent, trash, sordide, virtuose, sorte de tragi-comique au suspense coupable. Ce qui n’empêche pas le film de virer, surtout dans sa partie finale, dans le grand-guinolesque. On lui pardonnera cette légère outrance visuelle – mais, au demeurant, assez jubilatoire –, l’intensité narrative ne faisant presque jamais défaut.

De fait, la force de Killer Joe va bien au-delà du pacte signé en lettres de sang entre Chris, le fils, et Ansel, le père, et Killer Joe Cooper, flic ripoux tueur à gages à ses heures. Si le réalisateur de French Connection n’y va pas avec le dos de la cuillère (scènes de nudité explicite, violence hardcore, perversions psychologiques, physiques ou sexuelles), il arrive à créer en continu des interstices d’ambiguïtés entre chaque situation, chaque personnage, chaque rebondissement. D’où la sensation d’assister à une farce diabolique ou l’exubérance des caractères convoqués nous renvoie à l’image d’une Amérique profonde incapable de voir le mal qui la ronge, la nécrose, la tue. L’aspect cru du film – que certains trouveront caricatural, stéréotypé, gratuit dans sa violence conclusive – flingue la moindre humanité au profit d’un jeu de dupe où les faiblesses de chacun deviennent les arguments implacables d’un cinéaste qui sait manier comme personne l’art de l’ironie.

Friedkin se délecte de ces figures tristes, malchanceuses car paumées, contraintes de subir et de faire subir une violence au quotidien, inscription fataliste d’une société télévisuelle avilissante remplit de mobile-homes vétustes où se scellent les drames humains. La farce est macabre, le happy end proscrit, le refuge impossible. De cette démence viendra le mal, incarné par un Matthew McConaughey transfiguré. L’acteur semble opérer un changement de trajectoire et prête son physique de play-boy au service de cet ange exterminateur. Electrisant en diable, parfait en Lucifer manipulateur, jouisseur, froid et implacable, il tient ici le rôle de sa vie (deux scènes risquent de devenir culte. Celle avec la fille Dottie (Juno Temple) et celle avec la belle-mère (Gina Gershon)). Le reste du casting est au diapason avec une mention spéciale à Gina Gershon (Bound des frères Wachowski , Showgirls de Paul Verhoeven) en femme humiliée lors d’une séquence tout bonnement incroyable.

Killer Joe distille une vivacité étonnante de la part d’un homme de 77 ans (un peu comme Clint Eastwood dans Gran Torino, 2009). Cette danse avec le diable ne peut laisser indifférent. C’est un pied de nez brillant, aussi gratuit qu’effroyable, sur les dérèglements des valeurs quelles qu’elles soient. La raison ? C’est qu’il n’y a plus de valeurs, juste des hommes et des femmes soumis à leurs propres regards. L’impertinence de Friedkin nous offre, à défaut d’un grand polar noir métaphysique sur le concept du bien et du mal, un drame familial virtuose sur la décadence de notre civilisation.

Geoffroy Blondeau

Note 4/5

Killer Joe. Un film de Williams Friedkin. Sortie le 5 septembre 2012

Durée. 1h42

L’Étrange Festival: la majorité pour hurler de plaisir…

L’Étrange Festival: la majorité pour hurler de plaisir…

L’Étrange Festival, créé en 1993, fête ses 18 ans. Son credo n’a pas changé : proposer un cinéma différent, alternatif, 100% jouissif, fait de découvertes et d’avant-garde ou les pépites ciné oubliées côtoient les talents de demain.

Du 6 au 16 septembre, le Paris des cinéphiles de tout poil va se retrouver au Forum des Image (Forum des Halles au 2, rue du Cinéma à Paris dans le 1er arrondissement) pour suivre une programmation extrême, toujours aussi diversifiée puisque composée d’une multitude d’expressions cinématographiques décalées. Rien n’est laissé au hasard et surtout pas la notion de plaisir pour un festival attirant à plus d’un titre.

Pour cette édition « anniversaire », ça va bousculer fort !  21 longs-métrages de la compétition officielle seront en lice pour le prix Nouveau genre et le Prix du public. Si j’attends Antiviral de Brandon Cronenberg (fils de David Cronenberg), Insensibles de Juan Carlos Medina, IronSky de Timo Vuorensola ou A Fantastic Fear of Everything, avec Simon Pegg, le sont tout autant.

Le reste se compose d’avant-premières (une trentaine de films dont le Dredd avec Karl Urban), de focus sur des cinéastes singuliers, des cartes blanches de Kenneth Anger et Jean Kounen, de concerts, d’une exposition, d’une nuit Zombies particulièrement affriolante, et des fameuses Pépites de l’étrange dans une sélection d’anciens chefs-d’œuvre à redécouvrir au plus vite (dont Les vies de Loulou de Bigas Luna).

Pour plus d’informations : www.etrangefestival.com

Geoffroy Blondeau

Expendables 2: les héros ne meurent jamais…

Expendables 2: les héros ne meurent jamais…

 

Oyez, oyez braves spectateurs – masculins de préférence – pour qui l’été 2012 manquait cruellement de testostérone comme de gros bras musclés aux vilains tatouages, les bad guys de l’équipe des Expendables sont de retour dans la chaleur d’un opus bis bien décidé à vous en mettre plein les mirettes. Car la recette est la même, sans aucune variation. Si ce n’est d’appuyer un peu plus sur l’accélérateur du film bourrin à souhait, sorte d’apothéose indépassable de l’ « actioner » made in 80s. Pour tous ceux qui trépignaient d’impatience à l’idée de retrouver Stallone, Statham, Li, Lundgren, Couture, Crews et les guests Willis et Schwarzenegger, n’ayez crainte, ils vont vous donner du plaisir coupable, entre bons mots et « dégommage » de méchants dans les règles de l’art estampillé série B. Mais une telle suite ne serait rien sans un petit plus marketing. La présence de Chuck Norris et de Jean-Claude Van Damme nous l’apporte comme sur un plateau, ressort scénaristique à l’appui, puisque notre karatéka belge endosse pour l’occasion le rôle du méchant de service.

Expendables 2, réalisé par Simon West et non Stallone (il a préféré retrouver ses petits copains comme simple acteur), envoie du lourd dans un joyeux bordel autoréférentiel, limite parodique, pour mieux se moquer d’un scénario d’une pauvreté abyssale. L’engagement scénaristique ne s’embarrasse d’aucune pudeur pourvu que le moteur de l’action, la vengeance dans ce cas précis, parvienne à stimuler l’implication héroïque de notre troupe de vieux briscards spécialistes des missions commando. Mais l’action qui s’y déploie est en retrait vis-à-vis du premier opus un peu comme si l’âge de nos chers mercenaires les aurait enfin rattrapés. La frustration pointe alors le bout de son nez sans crier gare malgré une introduction en mode destruction massive de PlayStation. Si le climax ne déçoit pas, l’affrontement final si. D’ailleurs il revendique à lui seul ce qu’est le film : une réunion de stars sur le déclin, icônes remarquables d’un cinéma lui aussi sur le déclin – s’il n’est pas déjà mort – et dont Stallone en est la figure de proue.

Chacune des stars en question sera servie au détriment de la logique interne du film qui devient, par la même occasion, une vitrine à héros. De là, aussi, le sentiment d’assister au chant du cygne d’un film choral à la structure bordélique car je-m’en-foutiste, moins carré que le premier, moins bien filmé, comme si l’implication de Sly dans l’hommage rendu aux « actioners » des années 80 avait de toute façon déjà été réalisée en 2010. L’engagement est autre. Du côté des gueules, des physiques marqués par l’épreuve du temps, comme figés dans l’ère d’un Reaganisme ringard assumé jusque dans son rapport iconique par l’inénarrable Chuck Norris. Mais le second degré n’est pas totalement absent, au contraire, comme le prouve l’intervention d’un Schwarzenegger prompt à piquer la plus belle réplique de John McLane/ Bruce Willis. Tout n’est donc pas à jeter pourvu que l’on comprenne les intentions forcément roublardes d’un Stallone s’amusant comme un petit fou avec sa brochette de copains.

Et Stallone dans tout cela ? Il sait qu’il n’est pas immortel. Du moins physiquement. Alors il en profite, joue des postures, en abuse, se crée le beau rôle en pourvoyeur d’icônes toujours debout malgré l’adversité. Il se moque de la mort en quelque sorte. Et de son film qui n’est pas très bon. Mais là n’est pas l’essentiel puisqu’il aura réussi son pari fou contre ses contempteurs historiques sur la foi d’un film indigent dont la vaillance obsolète aura su rencontrer le public. Le roi est mort, vive le roi !

Geoffroy Blondeau

Note 2/5

Expendables 2. Un film de Simon West. Sortie le 22 août 2012.

Durée. 1h42

Abraham Lincoln chasseur de vampires: esbroufe de russe…

Abraham Lincoln chasseur de vampires: esbroufe de russe…

Toucher à la figure tutélaire du 16ème président des Etats-Unis, l’abolitionniste Abraham Lincoln, pour en faire un super-justicier chasseur de vampires, il fallait oser. Surtout dans le cadre d’un blockbuster estival à l’esthétique discutable tant sur le plan visuel que sur l’expression de sa revisitation historique. Résultat : le film de Timor Bekmambetov (Nightwatch, Wanted) a connu une exploitation US calamiteuse, le public ayant fui le plat servi pour cause d’indigestion.

À dire vrai, Abraham Lincoln Chasseur de vampires se moque des vraisemblances, joue ostensiblement la carte de l’action dans l’épate gratuite, convoque un fantastique creux et se prend un peu, beaucoup en fait, les pieds dans le tapis de sa relecture kitch d’une guerre de Sécession pourtant omniprésente. Néanmoins le film brouille volontairement les cartes de part son scénario. En effet, au lieu de construire une pure fantaisie fantastico-gore faisant de ce Lincoln un personnage d’opérette, illusoire car improbable, prêt à en découdre (et à découper à la hache) avec la menace vampire, le film ose le révisionnisme historique en réécrivant les raisons de cette guerre (si l’abolition de l’esclavage n’est pas occultée, elle passe un peu au second plan). Le principe de réalité s’imbrique alors bizarrement autour de cette histoire de vengeance qui se transforme, dès la deuxième moitié du film, en une lutte acharnée entre deux camps, le chasseur devenant l’homme politique des livres d’histoire. La métaphore se dessine ici à coups de hachage grossiers, le climax se révélant par ailleurs très décevant suite aux enjeux soulevés.

Reste le spectacle. De ce point de vue le réalisateur russe n’est pas un manchot. Si l’on occulte tics visuels et scènes héroïques improbables dont il a le secret. La 3D est bien sûre convoquée dans une optique de pur divertissement. La vraisemblance des situations importe peu le cinéaste, pourvu que ça gicle, saute, virevolte, découpe. La séquence opposant Abraham et le vampire assassin de sa mère, en forme de course-poursuite au milieu de centaines de chevaux au galop, est tellement excessive, qu’elle en devient risible. Soit le maître mot d’une aventure bancale frisant la bonne vieille série B.

Geoffroy Blondeau

Note: 1/5

Abraham Lincoln chasseur de vampires. Un film de Timor Bekmambetov. Sortie le 08 août 2012

Durée. 1h45